Deux policiers étaient jugés ce mercredi pour des propos racistes sur Facebook.
Seul l'un d'eux était présent.
La procureure a requis trois mois d'emprisonnement avec sursis pour l'un d'eux et une amende de 9000 euros à payer sous 90 jours pour l'autre.

"TN Rabiot police officiel", un groupe privé Facebook créé en 2015, près de 8000 abonnés censés tous appartenir aux forces de l'ordre et des centaines de messages postés chaque année et des centaines de pages récupérées par les enquêteurs. "Pour les avoir lues, j'y ai vu des propos injurieux, des propos moralement répréhensibles, des propos anodins, des propos acerbes à l'égard de la justice et il y a bien sûr ces expressions violentes", fait savoir la représentante du parquet au sujet des posts sur groupe Facebook. 

Ce mercredi, celle-ci a requis trois mois d'emprisonnement avec sursis à l'encontre du brigadier Patrick C., 44 ans, et une amende de 9.000 euros à payer sous 90 jours à l'encontre de Fabrice D-P, gardien de la paix, 51 ans, "une sanction plus sévère" selon elle. 

Les deux policiers, membres du groupe parmi les rares à avoir été identifiés dans cette affaire, été jugés pour avoir y publié, en 2020, des propos racistes. Seul Patrick C. était présent aujourd'hui à l'audience. Son collègue, en Thaïlande après avoir pris plusieurs années sabbatiques, "n'a pu être contacté" selon la présidente. 

"La France laisse rentrer trop de gens sans contrôle"

Patrick C., avait posté sous le pseudonyme "Pat Apon" sur la page Facebook "TN Rabiot Police officiel " une réaction suite au placement en garde à vue de trois Soudanais après l'attaque au couteau de Romans-sur-Isère, qui avait fait deux morts en mars 2020. "Ce pays est vraiment devenu la poubelle du monde... Plein le cul vraiment, et on se demande pourquoi les Français ne supportent plus l'immigration. Ça continue par rentrer par tous les trous", écrivait-il, évoquant une "immigration ni choisie, ni qualifiée, ni rien du tout".

À la barre, le brigadier, crâne rasé, lunettes de vue posées sur le front, blouson foncé et pantalon gris, explique avoir intégré le groupe "TN Rabiot police officiel" il y a un peu plus d'une dizaine d'années, avant qu'il ne s'appelle comme ça. "Sur plus de dix ans que j'ai passé sur le groupe c'est arrivé une ou deux fois qu'il y ait eu un commentaire plus que limites. Les débordements étaient très rares" assure le prévenu qui souligne que "Facebook a des contrôles assez costauds" et que "si on déborde, on se fait recadrer".

Son message sur Facebook, il le place sous le coup de la "colère". "J'ai été touché par cette affaire. J'ai fortement réagi par rapport à ça. Ce monsieur (l'une des victimes de Romans-sur-Isère) avait le même âge que moi et il se trouve que j'ai des enfants aussi. Ça n'est pas passé par les filtres du cerveau."

"Ce que j'appelle 'poubelle', c'est pas les gens qui viennent, c'est la France, il n'y a pas de filtres. C'est ça que j'ai voulu dire. On offre l'accueil, l'éducation, le futur à des gens qui finissent pas sortir les couteaux et assassiner des Français", poursuit-il.

Le prévenu dénonce ensuite "l'immigration incontrôlée". "La France laisse rentrer trop de gens sans contrôle, sans suivi. Les mailles du filet sont trop larges et c'est pour ça qu'on finit dans de telles situations. L'État français aurait vocation à protéger ses citoyens et là on voit bien qu'il ne fait pas le job", estime-t-il avant de lancer "Le Soudan c'est la Charia et Roman-sur-Isère c'est la Dolce vita". Pour autant, pour lui, ses propos sur Twitter, "c'est pas de la haine"

"Toujours la même merde qui brave tous les interdits"

Absent à l'audience, l'autre prévenu, Fabrice D-P apparaît sur Instagram comme travaillant dans un club sur une île du golfe de Thaïlande. Il aurait dû comparaître pour avoir écrit "Toujours la même merde qui brave tous les interdits dans ce pays. Les 'gauchiasses' puants et les immigrés qui ne fer(ont) même pas 1/10e du quart de ça chez eux. Comme Trump ! Il a dit du plomb ! ". Des propos "orduriers et inacceptables", s'est désolidarisé son collègue Patrick C.

Sans avocat, seul à l'audience, le seul prévenu face au tribunal finit par déclarer : "J'ai quand même la désagréable impression que je vais prendre pour tout le monde". Il redoute en effet une condamnation "pour l'exemple" dans un procès où la Licra, Sos racisme et La maison des potes se sont constitués parties civiles.

Le tribunal correctionnel de Paris rendra sa décision le 22 juin.


Aurélie SARROT

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