Une membre du Congrès américain a dénoncé la différence de traitement des procès de Johnny Depp et de Ghislaine Maxwell.
Selon elle, celui de l’ancienne proche de Jeffrey Epstein n’a pas été filmé pour "protéger les pédophiles".
Or, les caméras ne sont pas autorisées dans un tribunal fédéral américain, où s’est déroulée l’audience de Ghislaine Maxwell.

Dans la sphère complotiste, le procès de Ghislaine Maxwell de décembre dernier a fait couler beaucoup d’encre sur Internet. Et le fait que celui-ci n’ait pas été filmé et retransmis en direct jette à nouveau le soupçon, à l’occasion d’une autre affaire judiciaire. 

Une tentative de dissimulation

"Deux audiences du tribunal ont été diffusées en direct dans tous les médias et Hollywood en profite. Vous savez quel procès n’a pas été montré en direct à la télévision ? Le procès de Ghislaine Maxwell, la partenaire sexuelle dégoutante de Jeffrey Epstein. Ils protègent toujours les pédophiles", s’est indignée Marjorie Taylor Greene, membre républicaine et pro-Trump de la Chambre des représentants aux États-Unis et connue pour avoir adhéré à des théories QAnon. Des doutes qui ont été repris par d’autres citoyens, sur le réseau Twitter : "Pourquoi est-il accepté que le journal télévisé diffuse le procès de Johnny Depp, mais pas celui de Ghislaine Maxwell ?" Ou encore : "Les médias diffusent en direct le procès de Johnny Depp et pas celui de Ghislaine Maxwell parce qu’ils pensent que nous sommes stupides." 

Les propos sont différents mais le message envoyé est le même : l’affaire a été dissimulée volontairement. Mais la réalité est ailleurs. Elle a été rappelée par un ancien procureur fédéral, Shanlon Wu, en réponse à Marjorie Taylor Greene : "Saviez-vous que les tribunaux fédéraux n’autorisent pas les caméras dans la salle d’audience ? Le procès de Ghislaine Maxwell était une affaire pénale fédérale portée devant un tribunal fédéral…"

De fait, la loi est claire. Et plus précisément la règle fédérale de procédure pénale : "sauf disposition contraire d'une loi ou des présentes règles, le tribunal ne doit pas autoriser la prise de photographies dans la salle d'audience pendant les procédures judiciaires ou la diffusion des procédures judiciaires depuis la salle d'audience". La loi, valable dans tout le pays, s’appliquait alors à l’audience de Ghislaine Maxwell, qui s’est déroulée devant le tribunal fédéral de Manhattan. À l’issue de celle-ci, l’ancienne proche de Jeffrey Epstein, mort en prison, a été reconnue coupable de crimes sexuels et encourt désormais des dizaines d’années de réclusion. Sa peine sera connue fin juin.

Par ailleurs, l’affaire a été largement médiatisée, et notamment grâce à la présence de nombreux journalistes dans la salle d’audience. Ces thèses complotistes au sujet du procès de Ghislaine Maxwell ne sont pas nouvelles. En 2021, l’agence de presse Reuters avait déjà eu l’occasion de rappeler que les caméras étaient strictement interdites dans la salle d’audience.

Une jurisprudence de 1981

Mais cela ne dit pas pourquoi le procès de Johnny Depp, qui attaque son ancienne épouse Amber Heard en diffamation, bénéficie d’un traitement différent. En effet, l’affaire est énormément suivie aux États-Unis et dans le monde via sa retransmission en direct sur Youtube, mais aussi à la télévision américaine. Concrètement, cela se décide au cas par cas dans les affaires qui ne se tiennent pas devant un tribunal fédéral mais devant un tribunal d’État. Depuis que la Cour suprême a autorisé en 1981, dans sa décision Chandler C./ Floride, 33 États à faire entrer des caméras dans leurs salles d’audience, la législation s’est assouplie. Chaque État a donc ses propres règles, qui sont aussi laissées à la discrétion du juge en charge de l’affaire. 

Le dixième jour du procès de Johnny Depp retransmis en direct sur Youtube
Le dixième jour du procès de Johnny Depp retransmis en direct sur Youtube - Youtube

En l’espèce, le litige entre Johnny Depp et Amber Heard se déroule au tribunal de Fairfax, dans le comté de Virginie. Et le juge en charge du dossier a rendu une ordonnance le 29 mars dernier, autorisant sa retransmission. Celle-ci indique qu’"un système groupé de caméras sera utilisé et tous les médias demandant l'accès doivent se coordonner avec le représentant désigné de la caméra et doivent signer la demande d'accréditation des médias".

En résumé, le procès de Ghislaine Maxwell n’a pas été volontairement caché au public, mais n'a fait qu'appliquer la loi fédérale interdisant la captation des audiences devant les tribunaux fédéraux. À l’inverse, celui de Johnny Depp contre Amber Heard a bénéficié d’une autorisation du juge, rendant possible sa retransmission en direct.

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Caroline QUEVRAIN

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