Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

Procès du 13-Novembre : Salah Abdeslam dit avoir "renoncé" à se faire exploser dans un café parisien par "humanité"

Aurélie Sarrot
Publié le 13 avril 2022 à 22h57, mis à jour le 14 avril 2022 à 0h45
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Le dernier interrogatoire de Salah Abdeslam a débuté ce mercredi et se terminera jeudi.
Le seul survivant du commando du 13 novembre 2015 a livré des éléments inédits, notamment sur sa "mission" le jour J.

Des trois accusés interrogés ce mercredi, il a été le dernier et il aura fallu attendre 18h30 pour que les premières questions ne lui soient posées. Alors que beaucoup redoutaient qu'il ne parle pas, le seul survivant du commando du 13 novembre 2015 a été particulièrement prolixe. 

"Si j'ai fait usage à mon droit au silence, c'est que je ne me suis pas senti écouté. J'ai parlé plusieurs fois pendant plusieurs heures et j'ai senti que l'on ne m'écoutait pas", explique Salah Abdeslam qui avait fait usage de ce droit lors de son précédent interrogatoire. "Aujourd'hui, je vais m'exprimer car c'est peut-être la dernière fois que je peux le faire. Je vais m'exprimer du mieux que je peux".

"Abaaoud m'a dit : 'Tu vas te faire exploser'"

Dans le box, le Français de 32 ans, polo bleu marine et blanc rayé, gilet noir, barbe et moustache, cheveux courts plaqués vers l'arrière, indique qu'il devait partir en Syrie, mais que les combats "faisaient rage là-bas" selon son frère Brahim qui lui demande donc "de l'aide" ici notamment pour "louer des voitures" et "rapatrier" des gens. 

Puis Brahim Abdeslam aurait dit à son cadet que qu'Abdelhamid Abaaoud voulait le "rencontrer". "Abaaoud m'a dit qu'il y avait des projets d'attaques en France, il ne me donne pas les cibles, il me donne un gilet, il me dit : 'Tu vas te faire exploser'. C'était un choc pour moi, j'ai montré que j'étais pas prêt pour ça. J'étais dans une impasse, je peux pas partir (en Syrie), il va finir par me convaincre, et j'ai dit ok ça va je vais y aller", continue l'accusé calmement et distinctement à la cour. 

"Je vais me rendre dans un café du 18e arrondissement"

Salah Abdeslam a pour "mission" de viser un café où il "fait des repérages" avec son frère Brahim avant les attaques.

Le 13 novembre au soir, au volant de sa Clio, il dépose les trois kamikazes du Stade de France. Il quitte les lieux avant les explosions de Saint-Denis. "Puis, je vais me rendre dans un café dans le 18e arrondissement, je vais commander une boisson, je vais regarder les gens autour de moi. Et je vais pas le faire, dit-il. Je vais renoncer. J'ai pris la voiture. J'étais dans un état (...) La voiture s'est arrêtée, j'ai essayé de la redémarrer. J'ai eu peur, j'ai vu la police. Je suis descendu de la voiture, et j'ai marché". 

Salah Abdeslam prend un taxi, file direction Montrouge pour jeter sa ceinture explosive. Il détache avant le bouton poussoir, la pile, le détonateur, et jette la ceinture dans une poubelle où elle sera retrouvée par des éboueurs.

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Entre temps, il achète un téléphone, appelle deux autres accusés, Mohammed Amri puis Hamza Attou, en Belgique, pour qu'ils viennent le chercher. Il va s'acheter "un Mac Do", puis passe la nuit dans une cage d'escalier squattée avec deux jeunes qu'il ne connait pas et qui n'imaginent pas une seule seconde qui se trouve en face d'eux. 

Le lendemain, ses compagnons belges le raccompagnent en Belgique. Sur la route, il y aura trois contrôles du véhicule, mais le trio parvient à passer. Ali Oulkadi, autre accusé, récupère Salah Abdeslam en Belgique, puis le conduit à sa demande dans une rue de Schaerbeek, commune de Bruxelles. De là, Salah Abdeslam rejoindra la planque de la rue Henri  Bergé où se trouvent plusieurs membres de la cellule, parmi lesquels les futurs kamikazes de Bruxelles. Il ira ensuite de planque en planque avant d'être finalement interpellé le 18 mars 2016 à Forest, quatre jours avant les attentats dans la capitale belge.

"C'est un mensonge dont je n'arrivais pas à me défaire"

Le président écoute attentivement les révélations de l'accusé. Puis, il lit l'extrait texte retrouvé dans un ordinateur rue Max Roos à Schaerbeek et attribué à  Salah Abdeslam. Dans ce texte est notamment écrit "Je suis Abou Abderrahman celui qui a participé a la première attaque. Bien que j'aurais voulu être parmi les chahid (celui que l'on considère comme un martyr), Allah en a décidé autrement. Al Hamdoulillah Allah m'a sauvé de ces kouffars et j'ai réussi à rejoindre le reste des frères car il y avait un défaut dans ma ceinture". 

Invité à commenter cet extrait, dans lequel il n'est pas question de renoncement mais de matériel explosif défectueux, Salah Abdeslam lâche :"Quand j'arrive dans la cellule, je ne peux pas leur dire que j'ai renoncé. Je n'ose pas leur dire ça, j'ai un peu honte de leur dire ça". Puis il ajoute : "C'est un mensonge dont je n'arrivais pas à me défaire tout au long de ma cavale du coup je l'ai pris comme une réalité à ce moment-là".

Une assesseure cherche à en savoir plus sur les raisons qui auraient poussé Salah Abdeslam à renoncer, alors qu'il avait prêté allégeance. "Il y avait des jeunes dans ce café-là, et des très jeunes aussi. J'ai vu ces gens en train de danser, rigoler dans ce café-là. J'ai renoncé par humanité, pas par peur", ose l'accusé. 

De quel café s'agissait-il ? La réponse n'a pas été donnée ce mercredi. "C'était un bar pas très grand. Et moi quand je suis rentré dans ce bar, il y avait beaucoup de personnes. Il était sur un coin, un angle de rue". Le trentenaire précise qu'il ne se souvient pas de l'adresse.

Son interrogatoire doit se poursuivre jeudi.


Aurélie Sarrot

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