Affaire Théo : "Tant qu'ils sont condamnés, tout me convient", réagit la victime

Publié le 18 janvier 2024 à 19h29, mis à jour le 19 janvier 2024 à 10h53

Source : TF1 Info

Trois policiers sont jugés devant les assises de Seine-Saint-Denis pour violences volontaires commises le 2 février 2017 sur Théodore Luhaka à Aulnay-sous-Bois.
Ce jeudi, l’avocat général a requis des peines allant de trois mois à trois ans d’emprisonnement avec sursis contre les accusés.
Le verdict est attendu vendredi

Son réquisitoire était très à charge et les peines qu'il a demandées à l’égard d’accusés ont semblé en décalage avec celui-ci. Ce jeudi, après huit jours d’audience, l’avocat général Loïc Pageot a requis des condamnations allant de trois mois à trois ans de prison avec sursis contre trois policiers jugés aux assises de Seine-Saint-Denis pour l’interpellation violente en 2017 de Théodore Luhaka, grièvement blessé au rectum avec un bâton télescopique de défense.

La peine la plus lourde de trois ans de prison avec sursis, cinq ans d'interdiction d'exercer sur la voie publique, et cinq ans d'interdiction de port d'arme a été requise à l’encontre du gardien de la paix Marc-Antoine C., auteur du coup de matraque, jugé pour des violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente. "La peine requise pourra paraître dérisoire mais ça ne doit pas être une vengeance", a expliqué le représentant du ministère public après avoir rappelé que les policiers n'avaient pas d'antécédent judiciaire et qu'il s'était passé sept années depuis les faits.

Pour les deux autres accusés, Jérémie D.et Tony H., poursuivis pour des violences volontaires ayant entraîné une ITT de quinze jours, Loïc Pageot a demandé respectivement des peines de six mois de prison avec sursis et 2 ans d'interdiction de port d'arme et trois mois de prison avec sursis. 

"Il n'y a pas de légitime défense"

Pour l’avocat général, aucun doute, "Théodore Luhaka est une victime". "On ne peut pas le contester. Il y a des vidéos, des expertises médicales...", a-t-il lancé au début de son réquisitoire qui a duré près de deux heures. Puis, il a précisé qu’en aucun cas il s’agissait de "stigmatiser la police". "Nous avons tous besoin de la police, de la sécurité qu'elle nous apporte. Elle doit avoir tout notre soutien à conditions que les policiers respectent la loi, les personnes, sur lesquelles ils sont amenés à intervenir. L'immense majorité des policiers exercent un travail remarquable mais il existe des cas particuliers qui ne vont pas dans ce sens-là et, là, ces comportements doivent être condamnés", a-t-il martelé. 

Loïc Pageot en est certain : les trois policiers aujourd’hui jugés, en tant qu’auteurs des coups portés à Théodore Luhaka au cours de la violente interpellation qu’ils ont menée il y a sept ans et qui ont entraîné des "mutilations" et une "infirmité permanente", sont "coupables" des faits qui leur sont reprochés.

"Il n’y a pas de légitime défense de Marc-Antoine C. quand il donne le coup d'estoc" avec sa matraque qui a causé des blessures au niveau du rectum du jeune homme aujourd’hui âgé de 29 ans. L’accusé avait soutenu à l’audience vouloir défendre son collègue Jérémie D. qui se faisait piétiner par Théodore Luhaka. "Le risque de pénétration annale existe. Un tel risque doit-il être pris face à quelqu'un qui ne présente pas un danger immédiat ? Ce geste (le coup de matraque) n'a pas lieu d'intervenir à ce stade-là", a estimé le représentant du ministère public. 

Concernant ses deux anciens collègues, l’avocat général a considéré qu’ils avaient commis des "violences policières", "des violences gratuites", en frappant Théodore Luhaka de coups de poing ou de pied alors qu’il était au sol et pour l’un des deux coups menottés alors qu’il n’y avait aucun danger et qu’ils n’étaient donc pas en état, là encore, de "légitime défense". 

Sur les bancs des accusés, les policiers fixent le sol, ou regardent dans le vide sans vraiment réagir. Seul Marc-Antoine C. a parfois fait des mouvements de la tête pour indiquer qu'il n'était pas d'accord avec l'avocat général.

"Tant qu'ils sont condamnés..."

Interrogée après ce réquisitoire, la partie civile a fait une brève déclaration. "Je tiens à remercier l’avocat général et mes avocats qui ont rétabli la vérité, ce qui est pour moi le plus important (…) Concernant les peines requises : je ne suis pas dans la justice. Tant qu'ils sont condamnés pour ce qu'ils ont fait, tout me convient. C'est tout ce qui compte en vrai de vrai", a réagi Théodore Luhaka devant la salle d'audience.

Les accusés encourent jusqu'à 7 ans pour Tony H., 10 ans pour Jérémie D. et 15 ans pour Marc-Antoine C. Les trois pourront prendre la parole une dernière fois s’ils le souhaitent vendredi matin à 9h30 à la reprise de l’audience avant que la cour ne se retire pour délibérer.

Le verdict est attendu vendredi dans la journée.


Aurélie SARROT

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