Procès de Rédoine Faïd : "Je prendrai mes responsabilités des dégâts dans cette affaire-là"

Publié le 8 septembre 2023 à 15h49, mis à jour le 8 septembre 2023 à 19h30

Source : JT 20h Semaine

La cour d’assises a procédé ce vendredi à l’interrogatoire de Rédoine Faïd, jugé pour son évasion de la prison de Réau (Seine-et-Marne) en 2018.
Reconnaissant ses "conneries" mais contestant certains faits qui lui sont reprochés, il a expliqué être tombé tôt dans un "engrenage" et être aujourd’hui un "drogué de la liberté".

"Je voulais demander pardon pour les dégâts que j'ai faits. Je voudrais dire aux membres de ma famille que je les aime. (...) Je suis un drogué de la liberté, c'est une addiction que j'assume, qui me consume, dont je n'arrive pas à guérir et qui crée des dégâts dans mon entourage. Les gens en souffrent. Je prendrai mes responsabilités des dégâts dans cette affaire-là", a déclaré ce vendredi 8 septembre Rédoine Faïd, très ému. Au quatrième jour de son procès où il est jugé pour son évasion de la prison de Réau en juillet 2018 et alors que la cour procédait à son interrogatoire de personnalité, l'accusé, pull vert, crâne rasé, tenait à tout prix à faire cette déclaration en préambule.

Car pour cette évasion spectaculaire, Rédoine Faïd a bénéficié de soutien, notamment au sein de sa famille. Deux de ses frères, Rachid et Brahim, et trois de ses neveux, comparaissent à ses côtés, libres ou détenus. Tous pourtant ont des casiers vierges ou avec très peu de mentions. Comment, alors Rédoine Faïd, 51 ans, s’est-il retrouvé dans ce parcours délinquant ? 

Football, cinéma, marchés puis braquages

Né en 1972 à Creil (Oise), issu d’une famille algérienne de 11 enfants, Rédoine Faïd a grandi dans un environnement familial aimant et solidaire. À 13 ans, il choisit de travailler les mercredis et vendredis sur les marchés. Côté scolarité, il redouble sa 4e et sa 1ere. Après avoir raté son bac, il met terme à ses études. Passionné de foot et de cinéma, notamment de Michael Mann, qu'il rencontrera en 2009 à Paris, celui qui n'est pas encore un criminel fait ensuite de l’intérim puis devient notamment agent d'escale dans un aéroport. 

Mais très vite, il bascule dans l'illégalité. Son entraîneur de foot, Jean-Claude Bisel (délinquant bien connu, condamné notamment pour le meurtre de son gendre en 2018) y est-il pour quelque chose ? "Il a eu une influence, il était plus grand que moi, il avait 14 ou 15 ans de plus. Mais après je me suis fait tout seul", assume l'accusé.

"Je ne suis pas un assassin !"

La bascule, selon lui, est surtout liée aux drames successifs survenus dans sa famille. Sa mère, malade du cancer, décède en 1990 quand il a 18 ans. Son père, parti en Algérie en 1988, meurt quelques années plus tard. Son meilleur ami est, lui aussi, parti quand il avait 15 ans. Rebeh et Rachid Faïd, les aînés de la fratrie, prennent le relais pour l’éducation des petits. "Le rôle, il est pas facile. Je me suis substitué au père et à la mère. Rédoine, il n'avait pas le choix. Il y a eu un raté. Peut-être que si j'avais fait mon travail correctement...", a regretté Rachid Faïd devant la cour, jeudi.

Rédoine Faïd jure, lui, que son frère n’a aucune responsabilité dans son parcours de braqueur. À 18 ans, il se met au hold-up, munis d'armes de poing, de masques (de Raymond Barre, de François Mitterrand...) ou déguisés en père Noël. L’équipe s’en prend successivement aux banques, bijouterie, supermarché puis au fourgon blindé. "Au début, j'y suis allé par faiblesse, par besoin. Après, est-ce que je le faisais pour l'argent ou parce que j'étais aspiré par ça ?", se demande l'accusé, parlant d'un "engrenage" et reconnaissant une certaine "addiction" à "l'adrénaline" que lui procurent ces actes.

Arrêté en 1998 dans un train, il parvient à s’enfuir. Interpellé après trois mois de cavale, il est condamné à 18 ans de prison pour vol à main armée. En 2009, il bénéficie d’une libération conditionnelle pour bonne conduite et sort alors son livre Braqueur. Puis en 2010 et 2011, Rédoine Faïd se retrouve dans deux autres affaires : le braquage à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne) au cours duquel Aurélie Fouquet, policière municipale de 26 ans, a perdu la vie, et l’attaque à l’explosif d’un fourgon de transports de fonds à Arras (Pas-de-Calais) où deux millions sont dérobés. 

De retour en prison, il se fait la belle en 2013 de Lille-Loos-Sequedin. Rattrapé et de nouveau et placé en détention, il sera jugé pour les affaires de Villiers-sur-Marne et d’Arras et condamné respectivement à 25 et 28 ans de prison. Le 1er juillet 2018, malgré des conditions de détention hors normes, il parvient de nouveau à s’évader après s’être "inspiré", dit-il, de l'évasion de Pascal Payet, figure du grand banditisme, en 2007 à l’aide d’un hélicoptère et d’une disqueuse thermique.

Alors qu'il est libérable en 2046, la présidente demande à Redoine Faïd "Quelle autre solution pour éviter tout risque d'évasion ?". "L'alternative? elle est simple, l'ennui provoque l'évasion. L'ennui vous ronge. La prison est une sanction privative de liberté", répond l'accusé. Et d'oser : "Vous savez, j'ai mis des baskets ce matin, je les ai là.  Parfois, j'ai remarqué que parfois la lumière s'éteignait (dans la salle d'audience NDLR)... On ne sait jamais".Puis s'adressant à son voisin de box Jacques Mariani (figure du grand banditisme corse jugé à ses côtés pour un autre projet d'évasion présumé ) :"T'as ramené des baskets Jacques ?".

" M. Faïd, on n'est pas là pour rigoler !", le reprend la présidente agacée. 

Redoine Faïd assume toutefois ce désir de s'enfuir et reconnaît en dix ans au moins "40.000 conversations sur des projets d'évasion", qu'il justifie notamment du fait de ses conditions, pires, selon lui, que celles que l’on a pu infliger à "Youssouf Fofana""Guy Georges" ou "Klaus Barbie". "Je suis emmuré vivant dans un sarcophage en béton H24. J'ai rien à faire. Ici, tu respires et tu fermes ta gueule. Tu vois même pas le soleil. Je n'ai aucune interactivité, cognitivement, sensoriellement. C'est un désastre, le contact, c'est un élément vital", souligne l’accusé. Et d’ajouter : "Un violeur, un tueur de gosse, vous ne leur faites pas ça ! Vous ne le mettez pas à l'isolement ! 

Rédoine Faïd le répète : il n'a pas mérité un tel traitement, il n’a pas de sang sur les mains. A-t-il déjà tiré ou sur quelqu’un ? "J'ai jamais fait ça et jamais je ne ferai ça. Je suis pas fou, je ne suis pas un assassin, je ne suis pas un meurtrier. Moi, je suis un voleur et un mec qui se barre. Je me suis fait la malle, voilà."

Le procès doit durer jusqu'au 20 octobre.


Aurélie SARROT

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