Procès de l’affaire Théo : "En aucun cas, je n'ai voulu avoir un geste qui aurait pu le blesser", assure l'un des policiers

Publié le 16 janvier 2024 à 21h14, mis à jour le 17 janvier 2024 à 20h05

Source : Sujet JT LCI

Trois policiers sont jugés depuis le 9 janvier pour "violences volontaires" sur Théodore Luhaka, le 2 février 2017 à Aulnay-sous-Bois.
Mardi, la cour a procédé à l’interrogatoire de deux d’entre eux, Jérémie D. 42 ans, et Tony H., 31 ans.
Le troisième policier, Marc-Antoine C., principal accusé, sera interrogé mercredi.

Jérémie D. a été le premier, mardi 16 janvier, à être interrogé sur les faits. Cet homme originaire du Sud-Ouest, âgé de 42 ans, est l’un des trois policiers jugés devant les assises de Seine-Saint-Denis pour des "violences volontaires" commises le 2 février 2017 à l’encontre de Théodore Luhaka à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).  S’il n’est pas à l’origine des séquelles irréversibles de la victime occasionnées par une matraque télescopique au niveau du rectum, il lui est reproché d’avoir occasionné 15 jours d’ITT au jeune homme âgé de 22 ans à l’époque en le bousculant d’un coup de genou, en le projetant violemment contre un muret et en l’aspergeant de gaz lacrymogène alors qu'il était menotté et maintenu au sol. 

À l’audience de mardi, l’accusé, ancien de la marine qui a intégré la police en 2010 avant de rejoindre la brigade d’Aulnay-sous-Bois en 2013, s’est défendu, pendant plus de cinq heures. Il a nié toute intention néfaste à l'encontre du jeune homme. "En aucun cas, je n'ai voulu avoir un geste qui aurait pu le blesser, c'était dû à une interpellation difficile", a assuré le fonctionnaire.

 "Ce sont des gestes que je regrette, car ils m'amènent aujourd'hui ici devant vous et ils ne sont pas révélateurs du policier que je suis. J'estime que j'ai mordu la ligne blanche, mais je ne l'ai jamais franchie", a-t-il assuré avant de poursuivre, voix basse, agrippé à la barre : "Je savais en plus que j'étais filmé. Je sais, c'est pas bien ce que j'ai fait. Ces gestes ne sont ni adéquats, ni justifiés, ni légitimes. J'en ai bien conscience. Mais ils ne sont jamais réalisés dans l'optique de blesser ou de faire du mal. Ça intervient aussi dans un contexte extraordinaire".

"Cette blessure ? Je trouvais ça désolant pour lui"

Devant la cour, Jérémie D. a expliqué que ce 2 février 2017, lui et ses collègues voulaient au départ procéder à un "contrôle de routine" après avoir entendu des guetteurs alerter des dealers de leur présence. Très vite, selon lui, le ton est monté et Théodore Luhaka s'en est mêlé. "L'équipage essaie de maîtriser cet individu, mais la sauce est en train de mal tourner. Il se débat, c'est un grand gaillard, il est balaise, athlétique. Je décide de prêter main forte à mes collègues en effectuant une amenée au sol. Je la rate. Je tombe au sol, je me retrouve sous Théodore Luhaka puis je me sens piétiné", a raconté le policier qui dit avoir fait usage par trois fois de gaz lacrymogène "involontairement" au cours de l'intervention.

Selon lui, quand il se relève, Théodore Luhaka, qui a pris entre-temps des coups dont plusieurs à l’aide d’une matraque télescopique, est menotté. Les policiers le conduisent alors derrière un mur où ils le forcent à s’asseoir. C’est là, à l’abri des caméras, que la victime soutient avoir été à nouveau frappée et gazée par les policiers, ce que ces derniers contestent. 

Comme ses collègues aujourd’hui poursuivis, Jérémie D. affirme ne pas avoir vu la grave blessure de Théodore Luhaka au niveau du rectum avant que la cheffe de poste ne la signale au commissariat et qu’elle n’appelle les pompiers. Pourtant, en atteste une photo prise par l’un des policiers au poste, Théodore Luhaka, à son arrivée au commissariat, a les yeux boursouflés, le nez en sang, le t-shirt et le caleçon couvert d’hémoglobine. "J'ai essayé de comprendre comment il avait pu avoir une blessure à cet endroit. Je trouvais ça désolant pour lui", a commenté le policier, rejetant toute intention volontaire de son collègue Marc-Antoine C. d’avoir placé le bâton de défense dans les fesses du jeune homme. 

"Le coup est proportionné et légitime"

Juste après l’interrogatoire de Jérémie D., la cour d’assises a débuté celui de son ancien collègue, Tony H. Ce policier venu du nord était depuis quatre mois à la Brigade spécialisée de terrain (BST) d’Aulnay-sous-Bois quand cette affaire s'est déroulée. Il avait 23 ans et était alors sous les ordres des deux accusés qui l’entourent aujourd’hui.

Poursuivi pour avoir donné un coup de poing à l’abdomen de Théodore Luhaka alors que ce dernier était au sol, Tony H. aujourd’hui âgé de 31 ans, a, lui aussi, décrit une intervention compliquée, avec un individu qui avait refusé le contrôle puis le menottage et qui avait eu des gestes brusques à l’égard des policiers.  "À aucun moment Théodore Luhaka n'était pacifique", a soutenu le fonctionnaire qui assure avoir vu Théodore Luhaka asséner un coup de poing à son supérieur Marc-Antoine C. au cours de l'interpellation.

Concernant le coup qu’il a porté au jeune homme au sol, la réponse de Tony H. est sans ambages : "Je pense que le coup est proportionné et légitime dans le sens où Théodore Luhaka est toujours sur Jérémie D. (son collègue) et qu'il faut faciliter le menottage. Pour moi, c'était nécessaire", a-t-il insisté avant que l'audience ne soit suspendue. Son interrogatoire doit reprendre mercredi matin à 9h30, avant celui de Marc-Antoine C., principal accusé.


Aurélie SARROT

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