Procès de l'affaire Théo : "Je compatis à votre douleur, même si vous me détestez", dit le principal accusé à la victime

Publié le 17 janvier 2024 à 20h52, mis à jour le 17 janvier 2024 à 21h39

Source : TF1 Info

Trois policiers sont jugés depuis le 9 janvier pour "violences volontaires" sur Théodore Luhaka, en 2017 à Aulnay-sous-Bois.
Marc-Antoine C., principal accusé, qui a blessé la victime avec sa matraque télescopique au niveau de l’anus, a été interrogé mercredi pendant plusieurs heures.
Il a une nouvelle fois reconnu "une blessure désolante", assurant ne jamais avoir voulu engendrer de telles conséquences.

Son interrogatoire était le plus attendu. C’est à lui que l’on reproche un coup de poing et surtout un coup d’estoc porté à Théodore Luhaka, le 2 février 2017 à Aulnay-sous-Bois, coup qui a engendré des séquelles irréversibles au niveau du rectum de ce jeune homme aujourd’hui âgé de 29 ans. 

Mercredi 17 janvier, après ses deux collègues Jérémie D., 43 ans et Tony H.31 ans, aussi poursuivis pour violences volontaires, Marc-Antoine C. est revenu longuement sur les circonstances de cette interpellation devenue l’affaire Théo. "Je sais pourquoi je suis renvoyé devant la cour d'assises, j'ai commis une blessure désastreuse, désolante, mais je n'ai jamais eu l'intention de provoquer ça, vraiment pas", assure l’accusé de 34 ans à la barre, cheveux clairsemés, lunettes sur le nez, mains croisées devant lui et costume sombre. 

"Ma volonté n'était pas de lui faire mal"

Devant le tribunal, il a raconté sa version sur les faits survenus il y a 7 ans. Ce 2 février 2017, Marc-Antoine C. est avec trois de ses collègues de la BST (Brigade spécialisée de Terrain) d’Aulnay-sous-Bois (seine-Saint-Denis) quand il se rend dans le secteur du Cap, centre culturel mais aussi, dit-il, "point de deal" surnommé "killer de flics". Cette brigade, il l’a intégrée quatre ans plus tôt, après avoir décroché un BAC S. et être sorti troisième de sa promotion au concours national de police et 20e du concours national. 

Comme ses deux collègues accusés, Marc-Antoine C. soutient que ce jour-là, Théodore Luhaka s’est interposé au cours d’un contrôle d’identité qui ne le "regarde pas", qu’il "refuse le contrôle et le menottage", qu’il se débat et qu'il est "agressif". Face à cette "situation difficile", Jérémie D. propulse "involontairement" trois jets de gaz lacrymogène, Tony H. donne un coup de poing à l'abdomen du jeune homme et Marc-Antoine C. lui porte un coup de poing, au moins sept coups fouettés et un coup d’estoc à l’aide de son bâton télescopique de défense. "J'ai eu ce geste de la main au niveau du visage. C'est un geste qui n'est pas déontologique, je le regrette. Ma volonté n'était pas de lui faire mal. Je tiens à vous le dire. Je le regrette et ça je m'en excuse" admet Marc-Antoine C. à l’audience au sujet du coup.

"Il aurait pu mourir"

Concernant les coups de matraque, l'accusé répète que ces gestes lui ont été enseignés à l’école, qu’ils sont "légitimes", "proportionnés face à une situation difficile" et "règlementaires". Il certifie n’avoir pas "utilisé une force démesurée" pour le coup d'estoc et n'avoir jamais voulu engendrer des conséquences d'une telle ampleur. Il soutient d'ailleurs, comme son équipage de l'époque, n’avoir constaté la blessure au niveau du rectum de l'interpellé qu’une fois Théodore Luhaka conduit au commissariat.

L’avocat de la partie civile, Me Vey, comme l’avocat général, Loïc Pageot, ont remis en doute cette version. À l’audience, à plusieurs reprises, deux vidéos de la violente interpellation ont été projetées, ainsi que plusieurs photos : des clichés montrant les sièges de la voiture et le caleçon de la victime ensanglantés d'abord, ainsi qu’une photo montrant Théodore Luhaka allongé sur le sol du commissariat, les yeux boursouflés, le nez et le t-shirt couvert d’hémoglobine. C’est la cheffe de poste qui, en voyant le jeune homme dans cet état, a appelé les pompiers. "Un expert médecin a dit que sans intervention, il aurait pu mourir", a souligné Me Vey à l'adresse des accusés.

"Quand j'ai appris la blessure grave de M. Théodore Luhaka, je me suis refait le fil de l'histoire. Je me suis posé la question de savoir si on n'avait pas pu le faire asseoir sur un objet, sachant que moi je l'ai toujours frappé au niveau des jambes", réagit le principal accusé, précisant que pour le dernier coup, il a visé "le haut des cuisses". Marc-Antoine C. avait même soufflé à ses collègues au début de l'affaire que Théodore Luhaka "avait pu glisser sur la matraque". "À vous écouter, on pourrait presque croire que c'est M. Luhaka qui se l'est introduit  ! J'ai toujours pas compris comment on peut glisser sur un bâton télescopique de défense", a lâché l'avocat général après ces explications.

"J'ai toujours essayé de faire preuve d'empathie"

Sept ans après les faits, quel est le regard de l'agent, qui travaille aujourd’hui dans l’administration de la police dans l'informatique, sur cette affaire ? D'une voix basse, il déclare penser "tous les jours à la blessure de la victime".  "Moi, vraiment, j'ai prié pour qu'il se remette. J'ai créé une blessure désolante, sans intention de le faire". 

"Je sais que M. Luhaka et sa famille sont en colère contre moi. J'en ai bien conscience, mais vraiment, je n'ai jamais voulu cette blessure. J'ai toujours essayé de faire preuve d'empathie. Tous les jours, j'ai réfléchi à comment on pourrait la soigner. Je compatis à votre douleur même si vous me détestez" conclut-il à quelques mètres des parties civiles, impassibles. Marc-Antoine C. encourt jusqu'à 15 ans de prison. Le verdict est attendu vendredi.


Aurélie SARROT

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