Le procès de l'attentat de Nice

Procès de l'attentat de Nice : les parents du terroriste décrivent un enfant "un peu brutal"

par Aurélie SARROT
Publié le 26 octobre 2022 à 16h03
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Les parents de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel ont témoigné ce mercredi devant la cour d'assises.
Ils ont évoqué la violence de leur fils enfant.
Mais ont affirmé ne rien savoir de son projet, ni de sa radicalisation.

Ils se sont succédé à la barre. Ce mercredi matin, Mohamed Mondher et Chérifa, les parents de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, auteur de l'attentat de Nice le 14 juillet 2016, ont témoigné devant la cour d'assises de Paris pour évoquer le parcours de leur fils et donner leur sentiment sur son acte meurtrier qui a fait 86 morts. 

"On a appris seulement le jour du drame que c'était lui. Toute la famille a été bouleversée. Nous présentons nos condoléances à toutes les victimes et nous demandons pardon. Il ne faut pas croire que nous sommes contents. Ce n'est pas un bilan minime, c'est un bilan de guerre", a déclaré le père du terroriste. Comment leur fils en est-il arrivé là ? Les parents affirment l'ignorer. 

"Un jour, il a tout cassé dans la maison"

Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, aîné d'une fratrie de dix enfants, a grandi en Tunisie et a été inscrit dans une école coranique de ses 3 à 6 ans "pour apprendre les chiffres, à écrire" et aussi découvrir les préceptes du Coran, explique sa mère à la barre. Par la suite, il suit un parcours scolaire classique. "Ses comportements sont un peu étranges. Il n'écoute pas ce qu'on lui dit. Il est peu obéissant. Il a un comportement un peu brutal avec ses copains", décrit de son côté son père qui avoue des violences à la maison. "Je le frappais quand il faisait des erreurs", admet-il. "Un coup de pied, une gifle, quand il arrivait en retard par exemple. Tout le monde frappe ses enfants".

Selon lui, les vrais problèmes sont apparus quand Mohamed Lahouaiej-Bouhlel avait "16-17 ans". "Il commençait à avoir des comportements assez durs", explique le père de famille avant de décrire ce jour où son fils a "tout cassé dans la maison (...) les portes, les fenêtres". Il raconte un autre épisode au cours duquel Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a enfermé sa famille à son domicile "avec un cadenas". L'adolescent est alors contraint de vivre seul dans une maison à côté de celle de ses proches.

À ses 19 ans, son père l'emmène voir un psychiatre qui lui prescrit des tranquillisants. Mais le jeune homme arrête rapidement le traitement tandis que les médicaments l'endorment. Face à cette situation, Mohamed Mondher propose à son fils de retourner voir le professionnel de santé, ce qu'il refuse.

"Il n'a jamais été un bon musulman"

Côté religion, les parents sont musulmans pratiquants. "Je ne suis pas un fanatique" et "je ne suis pas pour l'application de la charia", assure le père, incarcéré à deux reprises pour ses "idées islamistes" sous le régime de Ben Ali. Mais Mohamed Mondher et Chérifa assurent tout ignorer de la radicalisation de leur fils, qui a quitté la Tunisie pour la France en 2007 - à l'âge de 22 ans - et n'est revenu les voir qu'une fois en 2012. "Il n'a jamais été pratiquant. Il n'a jamais été un bon musulman" souligne le père qui rappelle que son fils, qui faisait beaucoup de musculation, sortait aussi beaucoup et buvait de l'alcool. 

Me Mouhou, avocat de parties civiles, lui pose alors une question qu'il a posée au frère de Mohamed Merah, Abdelkader. "Comme vous êtes croyant, selon vous, votre fils est en enfer ou au paradis ? ", interroge-t-il. "Comment voulez-vous que je vous réponde. Je sais pas moi s'il est en enfer ou au paradis", rétorque le père de famille. 

"S'il a fait exprès, il mérite d'être abattu"

Me François Jacquemin, avocat de la défense, cite ensuite ce que le père du terroriste a déclaré en audition aux enquêteurs : "S’il était conscient de ce qu’il faisait, il sera jugé devant Dieu. C’est bien qu’il ait été abattu. S’il n’était pas conscient de ce qu’il faisait, il n’était pas responsable de ses actes. Notre famille est très triste de ce qui s'est produit. Nous sommes tristes pour les familles en France. Aucune religion n’accepte le meurtre. Je condamne ce qu’il a fait". "Vous êtes toujours d'accord avec ça ?" demande l'avocat. "Oui, s'il a fait ça exprès, il mérite d'être abattu", acquiesce Mohamed Monder.

Chérifa, mère du terroriste, séparée de son mari, mais qui vit toujours avec lui et son autre femme, a plus de mal avec cette affirmation. "Votre fils a tué 86 personnes au cours d'un attentat terroriste. Quel regard portez-vous sur ces faits ?", demande l'assesseure à la femme qui porte un voile rose en face d'elle. "Je n'en crois toujours pas mes oreilles, je ne sais pas quoi vous dire" répond-elle. "Pourquoi avez-vous voulu venir à la barre pour répondre aux questions de la cour ?", poursuit l'assesseure. "Parce que je veux que la vérité apparaisse", avance la maman. 

"Vous pensez que ce n'est pas lui qui a commis cet attentat ?", renchérit Me Soussi, avocat de partie civile. "Cette idée n'arrive pas à rentrer dans ma tête, je n'arrive pas", répond Chérifa qui ne parvient pas à retenir ses larmes. La mère de famille confirme avoir "un doute" sur le fait que son fils ait commis cet acte.


Aurélie SARROT

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