Le procès de l'attentat de Nice

Procès de l'attentat de Nice : les images "extrêmement violentes" projetées à l'audience

Aurélie Sarrot
Publié le 14 septembre 2022 à 19h01
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

La vidéo de l'attentat qui a fait 86 morts et près de 500 blessés sera projetée jeudi matin à l'audience.
Le président a averti que ces images, captées par les caméras de vidéosurveillance, sont "extrêmement violentes."
Des mesures ont été prises, notamment pour éviter toute captation.

La question avait été posée dès le début de ce procès. Ce mercredi 13 septembre, la cour a tranché : la "vidéo camion 14 Juillet 2016"  qui montre l'attaque de 4 minutes et 17 secondes commise sur la promenade des Anglais, et qui a fait 86 morts - dont 15 enfants - et près de 500 blessés, sera projetée jeudi matin sur le grand écran de la salle des grands procès, au Palais de justice de Paris. 

"Le visionnage du scellé est de nature à éclairer la cour" sur l'acte criminel commis par le terroriste Mohamed Lahouaiej-Bouhlel au volant de son 19 tonnes, et sur "le nombre de victimes touchées par ces faits", a expliqué le président Laurent Raviot. Et si aucun des accusés au procès n'est jugé pour complicité, l'attentat présente bien "un lien de connexité avec l'association de malfaiteurs terroriste" pour laquelle trois des huit accusés sont jugés, a détaillé le magistrat.

"Ce visionnage peut aussi contribuer à la compréhension de l'événement pour les parties civiles et à leur reconstruction" a-t-il précisé, avant d'ajouter : "Il peut aussi aider la cour à apprécier la notion de proximité et de périmètre de l'attentat".

Des mesures prises pour l'occasion

Une demande de huis clos avait été formulée par une avocate de la partie civile mais a été rejetée par la cour. "Le seul risque d'une diffusion ne suffit pas à porter atteinte à la publicité de l'audience. Un service d'ordre adapté sera mis en place pendant le visionnage dans la salle d'audience. Aucune captation d'images ne doit intervenir. Chacun devra garder son téléphone dans sa poche", a prévenu le président.

Le magistrat a rappelé qu'il n'y avait "aucune obligation à regarder ces images extrêmement violentes". "Les personnes qui hésitent à le voir, je leur conseille vivement de ne pas le faire", a averti Laurent Raviot, qui a vu la vidéo mardi soir, en présence des avocats et du ministère public.

Des mesures exceptionnelles seront prises pour l'occasion : les mineurs ne seront pas acceptés dans les salles d'audience ou de retransmission, les personnes fragiles devront être accompagnées, les personnes qui ne supporteraient pas ces images pourront quitter la salle d'audience, et la salle de retransmission pour les parties civiles à Paris sera fermée pour permettre aux forces de l'ordre de surveiller la salle des grands procès.

Avis partagés sur les bancs des avocats

Avant que la cour ne rende sa décision, le ministère public avait dit qu'il n'était pas opposé à ce visionnage. Les avocats des parties civiles avaient souligné que la majorité de leurs clients étaient pour la diffusion des images "pour se reconstruire", notamment, à l'exception de celles représentées par Me Gérard Chemla. "Mes clients considèrent que cela n'apportera rien à la manifestation de la vérité. Certains estiment par ailleurs qu'il est indécent de livrer au regard d'un public l'agonie des membres de leur famille ou leurs souffrances consécutives à leurs blessures. Pour eux, toutes les informations nécessaires sont dans le dossier, par les témoignages et les photos qui existent. Voir la vidéo, pour eux, c'est du voyeurisme", avait-il déclaré la semaine dernière à TF1info.

Ce mercredi, ce même avocat a fait savoir à la cour que l'une de ses clientes souhaitait à présent que la vidéo soit diffusée. Celle-ci changé d'avis après le témoignage d'un enquêteur vendredi qui a montré des photos de la scène de crime.  

Ces images filmées par 20 caméras de vidéosurveillance de la ville de Nice démarrent à 21h34, le 14 juillet 2016 à Nice, "dès le moment où Mohamed Lahouaiej-Bouhlel arrive à son camion", garé dans la rue, à vélo, avait expliqué vendredi le policier qui avait été chargé de l'exploiter pour les besoins de l'enquête.

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"Les familles endeuillées que je représente veulent que ces vidéos puissent être projetées. Nous le savons, c'est de la souffrance qui va être rajoutée à la souffrance. Elles prennent cette part de souffrance car elles ont tout perdu. Cette vidéo est pour eux un moment de vérité. Pour ce qui les concerne, c'est nécessaire aussi pour la manifestation de la vérité", a souligné ce mercredi Me Mouhou, avocat de parties civiles.

La défense, elle, était contre, ne voyant pas en quoi cette vidéo pourrait "contribuer à la manifestation de la vérité." "Il y a extinction de l'action publique concernant Mohamed Lahouaiej-Bouhlel", a souligné Me Adélaïde Jacquin. 

L'avocate a également alerté sur le fait que "pour certains des accusés il y a un refus de voir ces images et que ce refus de les voir pourrait être mal interprété par certains". "Le visionnage de ces images pourrait peser sur la suite des débats. J'ai peur d'une confusion par la presse et à cette audience", a également regretté l'avocate. 


Aurélie Sarrot

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