Le procès de l'attentat de Nice

Procès de l'attentat de Nice : la sidération dans la salle après la diffusion de la vidéo de l'attaque

Aurélie Sarrot
Publié le 15 septembre 2022 à 16h21
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Des images filmées de l'attentat commis le 14 juillet 2016 à Nice ont été projetées jeudi dans la salle d'audience.
Plusieurs personnes avaient renoncé à les voir, d'autres, sous le choc, ont quitté la salle.
Visionner ces vidéos était "nécessaire", ont affirmé des participants.

C'est le moment que tout le monde redoutait. "Je pense qu’il faut être conscient de l’effroi que ces images vont provoquer", avait prévenu vendredi l'un des avocats généraux, Jean-Michel Bourlès. Laurent Raviot, le président de la cour d'assises spéciales, avait de son côté insisté sur le caractère "extrêmement violent" de celles-ci. 

La vidéo retraçant la course meurtrière du camion de 19 tonnes, ce terrible 16 juillet 2016 sur la promenade des Anglais à Nice, a été diffusée jeudi. "Je mets en garde à nouveau les personnes qui vont visionner ce film des conséquences que cela peut avoir", alertait encore, juste avant sa présentation, Laurent Raviot. "Des psychologues sont là et peuvent assister les personnes qui en ont besoin. On n'est pas obligés de rester dans la salle si on ne veut pas assister à la projection."

À 13h05, il a demandé que la lumière de la salle des Grands procès soit éteinte, que tous les téléphones portables soient coupés et que les ordinateurs – y compris ceux de la presse - soient fermés. Plongée dans le noir, dans un silence glacial, la salle d'audience a revécu ce moment d'horreur. 

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De la fête à l'horreur

Les deux premières séquences qui apparaissent sur l'écran géant ont été extraites de vidéos prises par des parties civiles. L'extrait débute avec, en fond, un air de jazz. Instruments en mains, vêtus de blanc, les musiciens animent la promenade des Anglais ce 14 juillet 2016, dans une ambiance joyeuse. Le morceau dure plusieurs minutes, puis le quartet est applaudi. Les félicitations sont stoppées net par un mouvement de foule, suivi de hurlements. Le camion 19 tonnes passe sur la promenade. Les musiciens sont tétanisés. 

L'extrait qui suit a été pris avec un téléphone portable et montre des personnes qui courent, affolées, d'autres qui tentent de se cacher. Des cris d'horreur percent le brouhaha. "Oh mon dieu", répète une femme traumatisée. 

La violence des images de vidéosurveillance

Les séquences suivantes ont été captées par plusieurs caméras de vidéosurveillance de la ville de Nice. Si elles sont en couleur, elles n'ont elles pas de son. Les premières images montrent le camion blanc conduit par le terroriste Mohamed Lahouaiej-Boulehl. Entre 21h37 et 21h48, il effectue un parcours en direction du centre-ville. Il disparaitra des écrans pendant 41 minutes. Avant de réapparaître à proximité de la promenade des Anglais. 

À  22h33 et 27 secondes, le 19 tonnes arrive sur la promenade, feux éteints pour être le moins visible possible. Quelques secondes plus tard, il fonce dans la foule en zigzaguant, percutant ses premières victimes. D'autres parviennent à s'écarter à temps. À cet instant, une femme quitte la salle d'audience en pleurant. 

Une minute plus tard, le poids lourd apparaît, roulant toujours à vive allure au milieu des passants qui viennent d'assister au feu d'artifice. Plusieurs personnes sont happées sous l'énorme engin. Une autre femme dans le public pousse un cri, et quitte, elle aussi, la salle, accompagnée par un proche. 

Le film s'arrête, l'audience est suspendue

Un autre plan montre la foule qui déambule tranquillement, à pied, à vélo, ou en poussette pour les plus petits. Le poids lourd arrive dans le champ de la caméra. Il fonce vers un stand où sont vendus bonbons et autres confiseries. Plusieurs personnes disparaissent sous le camion. Des passants tentent d'arrêter le conducteur. 

Un autre plan présente l'endroit où se tenait le concert de jazz. Puis face caméra, l'engin arrive à vive allure, fait plusieurs embardées, manœuvre qu'il répètera à plusieurs reprises pendant les 4mn17s de l'attaque, pour faire le maximum de victimes. Là encore, plusieurs personnes tentent de stopper le terroriste, en vain.

Le poids lourd finit par s'immobiliser de lui-même suite à une panne mécanique. Il ne repartira plus. Les policiers arrivent progressivement et encerclent le camion.  La vidéo s'arrête. "L'audience est suspendue", annonce sans attendre le président, comme pour stopper l'effroyable silence qui venait d'envahir pendant un moment interminable cette salle d'audience. 

Réactions de parties civiles

Après cette douloureuse projection, quelques rares parties civiles ont accepté de répondre à la presse. "Les images sont très, très dures", déclare ainsi Jean-Claude Hubler, président de l'association Life for Nice et "primo-aidants" le soir de l'attentat. II fait partie de ceux qui étaient favorable à leur diffusion "pour montrer aux accusés, aux juges et aux avocats, ce qu'il s'est passé ce soir-là", et ce que les victimes ont vécu.

"J'ai décidé de témoigner le 22 septembre et il m'était nécessaire de regarder cette vidéo avec un peu de stoïcisme quand même. Mais je ne le regrette pas, confie Isabelle, partie civile, "victime rescapée de l'attentat de Nice". "Un retour en arrière était nécessaire pour une reconstruction future. Ça fait partie de ma personnalité tout simplement, je souhaitais obtenir la réalité en face" ajoute-t-elle.

L'attentat de Nice a provoqué la mort de 86 personnes dont 15 enfants. Près de 500 personnes ont été blessées. 


Aurélie Sarrot

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