Attentat de Trèbes : "Je le vois arriver, c’est ma dernière vision avant de prendre la balle..." Le récit du "miraculé" Renato Silva

par V.M avec Alexandra GUILLET
Publié le 26 janvier 2024 à 12h14

Source : JT 20h Semaine

Renato Silva a été la première victime à croiser la route du terroriste Redouane Lakdim le 23 mars 2018 sur un parking de Carcassonne.
Atteint d’une balle en pleine tête, il s’en est miraculeusement sorti, non sans de lourdes séquelles.
Il a témoigné vendredi matin devant la cour d’assises spéciale de Paris.

"Ça a duré 30 secondes… et j’ai pris une balle dans la tête. C’est mon histoire du 23 mars." Renato Silva, 31 ans, est un survivant. Ce vendredi matin, il est venu raconter devant la cour d’assises spéciale de Paris sa rencontre avec le terroriste Redouane Lakdim. Pull noir, jeans clair, les mains croisées, posées sur le pupitre, il explique que ce matin du 23 mars 2018, il devait aller faire des courses pour sa mère. 

Il est près de 10 heures, et sur la route, il décide de s’arrêter sur le parking de la Cité des Aigles, qui surplombe Carcassonne, pour fumer une cigarette. "De là, la vue est fantastique sur la ville", commente-t-il, avant de poursuivre : "Quand j’arrive, il n’y a personne sur le parking, j’allume ma cigarette tranquillement. Et d’un coup, le terroriste arrive et me demande ce que je fais là... Je lui dis que je finis ma cigarette. Je vois un autre homme qui arrive". Cet homme, c’est Jean-Michel Mazière, 61 ans, qui sera abattu quelques instants plus tard par le Redouane Lakdim. "Je le vois arriver, c’est ma dernière vision… avant de prendre la balle." 

"J'avais pas les mots pour dire où j'étais"

Quand il se réveille, le terroriste est parti avec sa voiture. "Je ne sais pas combien de temps je suis resté immobilisé par terre. Je me réveille, je regarde le ciel. J’essaie de me relever", poursuit-il. "Je vois Mazière par terre. Je regarde s’il est vivant, mais je n’ai pas de réponse." Renato décide d’appeler sa mère. Sa voix tremble : "Elle ne me croit pas, puis elle me demande de mettre la vidéo pour m’aider. J’avais pas les mots pour dire où j’étais. C’est la balle qui a fait ça"

"J’ai essayé de me lever, je suis tombé plusieurs fois", raconte encore Renato. Il parvient à parcourir les quelques dizaines de mètres qui le séparent de la route. Et tente de se signaler. Une première voiture passe sans freiner. La suivante s’arrête. Il demande à son conducteur d’appeler une ambulance. "Après, je me suis endormi." Renato ne se réveillera qu’à l’hôpital. "C’est le lendemain que j’ai compris que j’avais été victime d’un attentat et que j’avais réussi à m’en sortir tout seul." 

"Ça fait six ans que j'ai peur"

Six ans plus tard, Renato a gardé d’importantes séquelles. "Je suis sourd d’une oreille, j’ai perdu un œil et j’ai une balle dans la tête qui me donne des douleurs", témoigne-t-il. Mais, dit-il, il faut réussir à vivre avec car – lui ont dit les médecins – "si on touche, ça peut faire pire et donner la mort". Pendant cinq ans, il va être suivi par des psychologues et psychiatres qui, dit-il, l’ont beaucoup aidé. 

C’est en juillet 2022 qu’il prend la décision de reprendre le travail, n'en pouvant plus de "rester enfermé à la maison". Il décroche un CDI à La Poste. "Aujourd’hui, j'ai ma tournée, mon petit village." Une nouvelle étape dans ce qu’il appelle "sa deuxième vie". Même s’il a dû apprendre à vivre avec la peur. "Ça fait six ans que j’ai peur. Que la peur est là. Elle sera toujours là, car les attentats, ça continue tout le temps, partout."

S’il a fait le déplacement jusqu’à Paris, c’est pour témoigner de ce qu’il a vécu, mais aussi pour "rendre hommage aux quatre victimes qui sont parties". "Je sais très bien que le terroriste a voulu faire avec moi comme avec les autres victimes : donner la mort. Je suis un miraculé."


V.M avec Alexandra GUILLET

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