Procès de Monique Olivier : "Les enquêteurs étaient convaincus que Fourniret n'en était pas à son coup d'essai"

Publié le 29 novembre 2023 à 18h40
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Source : JT 20h Semaine

Monique Fourniret, 75 ans, comparait depuis mardi devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine, pour complicité dans l'enlèvement d’Estelle Mouzin, en 2003, et pour complicité dans l'enlèvement, le viol et le meurtre de Marie-Angèle Domèce et de Joanna Parrish, en 1988 et en 1990.
Au deuxième jour d'audience, une enquêtrice belge a été longuement entendue ce mercredi matin, revenant notamment sur le kidnapping raté d'une fillette jeune belge, qui a permis de mettre fin à son parcours criminel.

C’est en Belgique, le jeudi 26 juin 2003 vers 17h, que Michel Fourniret, 61 ans, a été interpellé à son domicile de Sart-Custinne après un enlèvement raté. Ce jour-là, le sexagénaire venait d'aborder Marie, 13 ans, à Ciney, petite ville d'outre-Quiévrain. Il lui avait demandé son chemin, se présentant comme un prof de dessin, avant de la convaincre de monter dans sa camionnette, de la ligoter et de la menacer, lui lançant : "Je suis pire que Dutroux !" 

Enfermée à l'arrière du camion, l'adolescente réussira par miracle à dénouer ses liens et à s’enfuir sans que le conducteur ne s’en aperçoive.

Plus de 20 ans après, les faits ont été remis en lumière ce mercredi matin, au procès de Monique Olivier, jugée devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine pour complicité dans trois crimes commis par son mari à l’encontre de Marie-Angèle Domèce, Joanna Parrish et Estelle Mouzin. À la barre, une enquêtrice belge est venue montrer comment, à partir de cette tentative d’enlèvement, la police belge est parvenue à mettre fin au parcours meurtrier du tueur en série. 

"Fourniret représentait une piste très sérieuse"

"Dès les premiers jours, les enquêteurs ont été convaincus que Michel Fourniret n'en était pas à son coup d'essai (...) Son profil et le modus operandi nous ont fait penser à d'autres victimes disparues, dont les corps sans vie ont été retrouvés en Belgique", a-t-elle expliqué face l'accusée dans son box, évoquant notamment la petite Elisabeth Brichet, enlevée par "l'ogre des Ardennes" en 1989 et retrouvée morte 15 ans plus tard. "Il y avait aussi la jeune Estelle Mouzin dont la disparition était presque autant médiatisée en France. Fourniret représentait une piste très sérieuse pour ces dossiers."

De longues investigations débutent. Les enquêteurs français y sont associés, la tentative d’enlèvement de Marie intervenant un peu plus de six mois après la disparition de la petite Estelle Mouzin à Guermantes. En liberté à l'époque, Monique Olivier est entendue. Des perquisitions sont réalisées au domicile du couple, des saisies effectuées. Objectif : tenter d’établir des liens entre les deux affaires. "Malheureusement, ça n'a rien donné", regrette l’enquêtrice, tout de noir vêtue. 

De surcroit, Michel Fourniret fournit alors un alibi, disant avoir appelé son fils pour lui souhaiter son anniversaire vers 20h, ce que l’exploitation de la téléphonie a confirmé. "Nous ne pouvions que constater l'impossibilité pour Michel Fourniret de faire le trajet Guermantes, en Seine-et-Marne, où Estelle a disparu vers 17h et Sart-Custinne, en Belgique, où vivait le couple."

Au cours d’une audition en 2004, Monique Olivier soutient que son mari est innocent dans cette affaire. À l'enquêtrice belge, elle déclare même qu'un jour, devant un reportage télé consacré à la disparition d'Estelle Mouzin, son mari lui avait assuré, "sur un ton amusé", précise le témoin : "Celle-là, ce n'est pas moi."

"Monique Olivier nous a dit être soulagée d'un poids"

Entre 2004 et 2005, Monique Olivier et Michel Fourniret sont interrogés une centaine de fois chacun. En 2004, Monique Olivier livre ses premiers aveux, accusant son mari des meurtres de neuf jeunes femmes ou adolescentes. Quelques mois plus tard, en 2005, elle l'implique dans les dossiers Marie-Angèle Domèce, disparue en 1988, et Joanna Parrish, disparue en 1990. Elle explique également comment elle l'a aidé à kidnapper les jeunes filles. 

"Après ces aveux, Monique Olivier nous a dit : 'après vous avoir révélé ces nouveaux faits, je me sens soulagée d'un poids que j'avais sur la conscience'", se souvient l’enquêtrice à la barre. Michel Fourniret conteste "catégoriquement" les accusations de sa femme, qui les maintient jusqu'au 17 mai 2006, date à laquelle elle se rétracte, affirmant avoir été forcée par les enquêteurs français présents.

"Pensez-vous que l'on sache tout des crimes du couple ?"

Douze ans plus tard, en 2018, face à la juge Sabine Khéris, Michel Fourniret reconnaitra finalement son implication dans les enlèvements de Marie-Angèle Domèce et Joanna Parish, mais ne dit rien sur la petite Estelle Mouzin. Il faudra attendre l'année suivant pour que Monique Olivier contredise l'alibi fourni par son mari en 2003, confessant avoir passé l'appel au fils du tueur en série à sa demande, pour le couvrir alors qu'il enlevait une petite fille. Quelques mois plus tard, Fourniret avouera sa responsabilité dans la disparition d’Estelle Mouzin. 

Interrogée ce mercredi par l'avocat d'Éric Mouzin, Me Seban, qui lui demande si tous les crimes du couple ont pu être élucidés selon elle, l'enquêtrice belge n'a pas caché ses doutes. "C'est une porte qui reste ouverte pour nous, une grosse interrogation", concède-t-elle. "Vous parlez du trou de dix ans entre 1990 et 2000 (pendant lesquels aucun crime n'a été retrouvé, ndlr)... Je suis incapable de répondre à cette question. J'aurais aimé."


Aurélie SARROT

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