Meurtre de Maëlys : Nordahl Lelandais condamné à perpétuité

Procès de Nordahl Lelandais : un expert-psychiatre évoque un "risque statistique de récidive de 58% à 10 ans"

La rédaction de TF1info
Publié le 15 février 2022 à 13h26
JT Perso

Source : TF1 Info

Le Dr Patrick Blachère a témoigné ce mardi matin devant la cour d'assises de l'Isère.
Il a rencontré à plusieurs reprises Nordahl Lelandais dans le cadre de l'affaire Arthur Noyer.
L'ancien maître-chien est jugé jusqu'à vendredi pour l'enlèvement et le meurtre de Maëlys.

Le Dr Patrick Blachère a été le premier à venir à la barre ce mardi. Cet expert-psychiatre a rencontré Nordahl Lelandais pour la première fois en janvier 2018, dans le cadre de l'affaire Arthur Noyer. "Je suis le premier expert psychiatre à l’avoir vu. J’ai examiné son état mental, évalué sa dangerosité", explique-t-il à la cour. 

Et selon lui, la dangerosité est bien présente et le risque de récidive réel chez le patient. "Le risque statistique de récidive est de 58% à dix ans à l'époque où je le vois pour le caporal Arthur Noyer." Puis à la demande de la présidente de la cour d'assises de l'Isère Valérie Blain, il précise son propos "le risque de récidive est statistiquement de 44 % à sept ans et de 58 % à dix ans. Cela ne veut pas dire que Nordahl Lelandais va récidiver mais il me paraissait important de signaler à la cour", ajoute-t-il. 

"Personnalité hautaine, arrogante voir menaçante"

Dans son rapport le médecin relève plusieurs éléments pouvant aller dans le sens de la dangerosité du patient. "Nordahl Lelandais a fait part à un soignant de violences émanant de ses parents et de son frère", dit-il ignorant si ces déclarations sont de l'ordre de "l'invention".  "Son rapport à la violence est particulier : il se met facilement en colère. Il a une personnalité hautaine, arrogante voir menaçante", relève le Dr Blachère.

Invité à décrire les violences paternelles, Nordahl Lelandais semble étonné du propos du psychiatre  "Les violences ? Bah… il y a eu des fessées, le coin, des cahiers de vacances", décrit-il avant d'ajouter : "Si j’avais eu des corrections violentes, je pourrai en parler. J’ai bientôt 40 ans. Il y a eu des corrections de bêtises, avec mon frère, mais jamais dans la violence". 

"Crise d'hallucination"

L'expert-psychiatre poursuit et fait état de son deuxième entretien avec le détenu. Ce dernier lui confie alors avoir "agi avec Maëlys en étant en crise d’hallucination". Idem avec le caporal Noyer. Nordahl Lelandais explique avoir des hallucinations. "Il est en train de nous dire qu’il est schizophrène mais ce diagnostic ne tient pas. C’est une affabulation", estime le psychiatre.

À la question Nordahl Lelandais avait-il une parfaite maîtrise de son discernement ou est-ce qu’il était victime d’un fait qui a alterné son discernement ? "Pour nous, il est pleinement responsable de ses actes", insiste le médecin. 

Toutefois, trois troubles de la personnalité ont été relevés chez le sujet : "Une composante borderline (passer d’une relation fusionnelle à de la colère lorsqu’il a peur de l’abandon), une de dissociation (la psychopathie) et la dernière est narcissique".

"Il peut ressentir des émotions fortes"

Malgré ces traits de caractères dominants, le Dr Blachère indique que Nordahl Lelandais "peut ressentir des émotions fortes" comme à la mort de son chien ou en apprenant la maladie de sa maman. "Mais, il n’a pas la capacité à voir les émotions chez les autres. Il est capable d’être hermétique à la souffrance des parents de Maëlys, poursuit le témoin. Lorsqu’il revient au mariage, il est hermétique à la souffrance des parents et de l’entourage alors qu’il sait ce qu’il s’est passé. Nordahl Lelandais se met à l’abri de toute honte, de toute culpabilité. C’est une personnalité perverse, aujourd’hui on dit narcissique. Après la mort de Maëlys, il a eu besoin de la reconnaissance des autres. Il ment pour se rendre important aux yeux des autres."

L'expert relève aussi "une intolérance à la frustration, et une incapacité à accepter les règles" chez le patient. "Lorsqu’il est confronté à une difficulté, il s’adapte. Il a de nombreux mécanismes de défense. Donc, il se déculpabilise ", dit-il.

"Pas pris en charge de façon optimale"

Concernant un possible changement de comportement de l'accusé, l'expert-psychiatre admet qu'il a "peut-être évolué" depuis son "dernier entretien en 2018". "Est-ce qu’il a mis en place quelque pour évoluer positivement. Est-ce qu’il a modifié son comportement sur ses addictions ? Est-ce qu’il a un comportement exemplaire en prison ? Est-ce qu’il rationalise toujours tout ? C’est à vous de faire ce travail à l’aide, aussi, de son avocat. Ça, ce sera à vous de l’évaluer", insiste le Dr Patrick Blachère.

"Vous concluez, contrairement à vos confrères, à une très forte dangerosité psychiatrique, vos collègues, à une très forte dangerosité criminologique. C’est une contradiction majeure", relève Me Jakubowicz, avocat de Nordahl Lelandais quand arrive le temps des questions au témoin. "Nous avons des conclusions différentes et non pas opposées", répond l’expert psychiatre. "C’est sa personnalité pathologique qui est problématique. Le problème de votre client est sa compréhension. C’est bien qu’il nous écoute en ce moment. Nous ne le réduisons pas à ses actes. Mais, c’est dommage qu’il reste dans cette logique de mensonges", pointe-t-il. 


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