Procès de Rédoine Faïd : "Il est trop calme (…) C'est une question de temps" pour qu'il "tente une évasion"

Publié le 14 septembre 2023 à 21h59, mis à jour le 15 septembre 2023 à 12h14

Source : JT 20h Semaine

Plusieurs employés de l’administration pénitentiaire ont témoigné ce jeudi devant la cour d’assises de Paris, où est jugé Rédoine Faïd.
Décrit comme un "détenu modèle", le braqueur est parvenu à s’évader de la prison de Réau le 1er juillet 2018, cinq ans après s'être évadé de celle de Lille-Sequedin.
Une note du chef de détention avait pourtant alerté des risques d’évasion à plusieurs reprises peu avant les faits et demander son transfèrement sans délai.

Ils connaissaient tous son passé de braqueur multirécidiviste et avaient tous en tête son évasion de 2013 avec prise d’otages et explosifs à Lille Sequedin. Pourtant, ce 1er juillet 2018, tous les surveillants pénitentiaires de la prison de Réau, ont été "surpris" par le scénario que jouent sous leurs yeux Rédoine Faïd et ses complices, avec fumigènes, disqueuse, armes et hélicoptère, comme ils en ont témoigné ce jeudi devant la cour d'assises de Paris. 

Cet événement était-il prévisible ? Oui, selon la direction de l'établissement qui avait alerté sur ce "détenu modèle" mais aussi  "très intelligent".

Un homme "très agréable", "très poli"

Première à témoigner en visioconférence, Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau, a rencontré Redoine Faïd, alors à l'isolement et surveillé en permanence, à l'occasion de sept ou huit audiences dans l'établissement. "Il se comportait très correctement. C'est un homme très intelligent qui souffrait de ne pas échanger avec les autres", a-t-elle expliqué ce jeudi au sujet du détenu à l'isolement.

Leslie, officier pénitentiaire, décrit ce détenu particulièrement surveillé comme "très agréable, très poli, qu'il ne s'énervait jamais". " Vous aviez dit qu'il aimait discuter, faire le beau", a rappelé la présidente au témoin ce jeudi à l'audience. "Oui, il aimait plaisanter", a répondu la femme à la barre en face d'elle.

Même le jour de son évasion, le détenu n'a manifesté aucun stress, aucun énervement. Cette scène s'est passée "dans le calme", "sans menace, sans insulte, sans cri", ont répété successivement les surveillants appelés à témoigner à la barre ce jeudi. "On n’entendait que l’hélicoptère", s'est remémoré l’un d’eux. 

Une note avait alerté du risque d'évasion

La direction de Réau avait pourtant senti le vent tourner. Quelques mois avant l'évasion, elle avait en effet remarqué la présence répétée de drones au-dessus de la prison, avec une intensification en février 2018. "Il est quasi certain que cette porte (celle de l’évasion) a été repérée par des drones. Rédoine Faid ne pouvait pas connaitre l'existence de cette porte parce qu'il ne passait pas par là", a assuré l'ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau. 

Dans un rapport du 3 mai 2018, la direction de la prison a aussi alerté la direction de l'administration pénitentiaire du risque d'évasion. "Actuellement la personne détenue Faïd Redoine est trop calme, trop gentille, trop respectueuse mais en parallèle, elle a déjà repéré toutes les failles de la structure et elle la connaît trop bien maintenant. Nous savons par expérience que celle-ci est extrêmement dangereuse et que c'est juste une question de temps, que seule, elle, connaît, pour tenter une évasion qui sera extrêmement violente où nos personnels seront fortement exposés", pouvait-on lire.

À l'audience ce jeudi, l'ancienne adjointe au directeur de Réau a confirmé que Rédoine Faïd dans la prison "regardait tout", qu'il "repérait l'absence de caméra à certains endroits, les angles morts sur d'autres". L’avocat général lui a alors rappelé qu’elle avait décrit Rédoine Faïd un peu plus tôt comme un "détenu modèle". "Le calme n'est jamais rassurant chez un DPS (détenu particulièrement signalé)", a-t-elle réagi. 

"En me mettant à Réau, Mme Belloubet m'a fait un gros cadeau"

La demande pressante de transfèrement formulée en mai 2018 par la direction de la prison de Réau obtiendra une réponse positive de la hiérarchie mais avec un transfèrement du détenu Rédoine Faïd… deux mois plus tard. "Un transfert en septembre parait trop tardif. Nous prenons des risques graves de troubles à l'ordre public et pour le personnel pénitentiaire", avait alors insisté la direction de Reau qui souhaitait un transfert immédiat. L'administration pénitentiaire accorde finalement un transfèrement en juillet. Trop tard, le 1er juillet 2018, Rédoine Faïd se fait la belle.  

La veille de son évasion, le braqueur multirécidiviste avait lancé par la fenêtre à un codétenu, incarcéré dans la cellule voisine : "Je te dis à plus tard, car demain je suis libérable". "C'est pas possible, tu viens de te prendre vingt-cinq ans", lui avait rétorqué son voisin de cellule. "En me mettant à Réau, Mme Belloubet (alors ministre de la Justice) m'a fait un gros cadeau (...) Et demain, je suis libérable...", avait répliqué Rédoine Faïd le 30 juin. 

Ce rapprochement géographique de sa ville native de Creil lui a en effet notamment permis de bénéficier du soutien logistique de plusieurs membres de sa famille jugés à ses côtés. L'accusé a également profité de l'absence de filin au-dessus de l'une des cours de l'établissement, absence qui a permis à l'hélicoptère de stationner au ras-du-sol pour attendre l'évadé et ses complices avant de quitter la prison.


Aurélie SARROT

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