Procès de Rédoine Faïd : "On croyait que c'était un exercice..." L'évasion du braqueur racontée par un détenu

Publié le 14 septembre 2023 à 15h33

Source : JT 20h Semaine

Ce jeudi, un détenu de la prison de Fleury-Mérogis a témoigné au procès de l'évasion de Redoine Faïd devant la cour d’assises de Paris.
Ce dernier était incarcéré dans l'établissement le 1er juillet 2018, jour de l’évasion du braqueur de la prison de Réau.
Il a livré ce jeudi son récit des faits... Suscitant quelques interrogations sur les bancs de la défense.

C'est au bout de trois tentatives et après deux suspensions d'audience que la cour est finalement parvenue à le joindre. Ce jeudi, Kévin*, détenu à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne), a témoigné en visioconférence devant la cour d'assises de Paris. 

Le 1er juillet 2018, alors qu'il était en détention à la prison de Réau depuis trois ans et demi et qu'il lui restait encore un an à purger, il a assisté en direct à l'évasion du détenu Rédoine Faïd. Sous serment, il a témoigné dans la salle d'audience. 

"On croyait que c'était un exercice de la gendarmerie"

Ce dimanche matin, le détenu travaille dans la cour de la prison. Responsable du tri sélectif, il se trouve alors avec un autre détenu et un surveillant. Ils sont en train de sortir les poubelles. Vers 11 heures, le trio voit un hélicoptère s'approcher. "On croyait que c'était un exercice de la gendarmerie. Mais plus les secondes passaient, plus l'hélico s'avançait vers nous. On a demandé au surveillant si ça se passait toujours comme ça avec l'hélico des gendarmes. Il nous a dit 'non'", relate le détenu qui apparait dans l'un des petits écrans de la salle d'audience. 

A 11h18, l'hélicoptère rentre dans la cour et stationne à un mètre au niveau du sol. "Un monsieur est sorti en tenue militaire. Puis un autre. Ils étaient armés. Là, je me suis rendu compte que ce n'était pas la gendarmerie, qu'il devait se passer quelque chose. Le monsieur en tenue militaire a allumé un fumigène. Le troisième était à côté de l'hélico, à quelques centimètres du sol. Le deuxième avait une disqueuse et s'approchait de la porte", poursuit-il avant d'ajouter :"Ils étaient tous cagoulés".

Le trio voit alors l'un des trois hommes scier une porte avec sa disqueuse et pénétrer dans l'établissement, accompagné d'un complice. L'hélicoptère, avec à son bord le pilote et un homme cagoulé lui aussi, est toujours dans la cour. Obstruées par le fumigène qui vient d'être lancé, les caméras de vidéosurveillance ne servent plus à rien. 

"Ils sont ressortis à trois. J'ai reconnu la personne qui était avec eux. J'ai vu Rédoine. Je le voyais chaque matin, on se croisait. Quand je l'ai vu, je me suis dit  : 'Ah, c'est lui' (qui s'est évadé, NDLR). Il m'a fait un signe genre 'Salut'" détaille le témoin. L'évasion a duré moins de dix minutes.

"Généralement, c'est que dans les films"

Après cette déclaration spontanée, la présidente interroge le détenu :  "Vous aviez dit à l'époque :'Le premier homme a déposé la disqueuse à terre, en s'emparant de son arme, en la pointant vers nous trois'". "L'arme était pointée dans notre direction, mais je ne peux pas vous dire si c'était une menace", répond le détenu en visioconférence. "Quel souvenir avez-vous ? Il y avait un surveillant avec vous ?", poursuit la présidente.  "Non, il s'était barré !", lâche Kévin. 

Sur le "salut" de la main qu'aurait fait Rédoine Faïd, la présidente rappelle à son interlocuteur qu'il avait dit à l'époque que c'était  "un salut général à la prison", et non pas un salut qui lui avait été adressé. Le détenu n'est pas catégorique. 

"Vous aviez dit aussi que ces hommes étaient très calmes (...) Que vous n'avez jamais entendu de coup de feu ou crier", poursuit la présidente. "La façon dont ils ont fait les choses, généralement, c'est que dans les films. Là, c'était réel. Sans panique, sans stress, sans précipitation. Ils étaient calmes", assure Kévin. 

"Vous n'avez pas un peu amplifié?"

Me Karine Bourdié, avocate de Rachid Faïd, frère de Rédoine Faïd,  reste très intriguée par ce témoignage. La robe noire pointe que le surveillant qui se trouvait avec le détenu et son codétenu ce jour-là n'a pas vu exactement les mêmes choses alors qu'ils ont pourtant assisté à la même scène. "Le surveillant ne dit pas du tout que les malfaiteurs vous auraient tenus en joue. Il dit qu'un seul était armé", relève-t-elle notamment. "Non, ils avaient tous les deux une arme" maintient Kévin. 

"Cela m'embête, parce que quel serait l'intérêt de cet agent de dire qu'un seul était armé ? De ne pas dire que vous aviez été menacés...", souligne Me Bourdié.  "Je n'ai pas dit qu'on avait été menacés, j'ai dit qu'ils tenaient l'arme vers nous (...) Ce qui est sûr, c'est qu'ils ne nous ont pas menacés, mais l'arme était dans notre direction", argumente le témoin.

Quand l'avocate lui demande s'il est sûr que les malfaiteurs les ont vus, Kévin n'a pas encore une réponse ferme. "Certainement", avance-t-il finalement. "Vous êtes sûr que vous n'avez pas un peu amplifié ?", insiste Me Bourdié, dubitative. Le témoin semble un peu gêné.

*Le prénom a été modifié


Aurélie SARROT

Sur le
même thème

Tout
TF1 Info