JUSTICE – Mohamed Abrini a été ce mardi le premier des 14 accusés présents dans ou devant le box à être interrogé sur les faits. Il a indiqué notamment "comprendre" pourquoi des attentats avaient été commis.

Au 65e jour d'audience au procès des attentats du 13-Novembre 2015, les interrogatoires des accusés sur le fond ont enfin pu commencer. Le planning respecté minutieusement par le président de la cour d'assises spéciale Jean-Louis Périès avait pris du retard après que Salah Abdeslam a été testé positif au Covid-19. Le principal accusé étant désormais apte et plus contagieux, l'audience a pu suivre son cours. 

Mohamed Abrini, 37 ans alias "l'homme au chapeau", est le premier à se livrer à l'exercice. Sur sa radicalisation, l'accusé, chemise à carreaux, masque chirurgical sur le visage, conteste. "Pour vous, c'est radical. Pour moi, je suis pas radical." Avant d'ajouter plus tard : "L'islam tel qu'il est enseigné par le prophète n'est pas compatible avec la démocratie. Pour vous, un homme qui a trois femmes, c'est 'chelou', vous arrivez à faire des polémiques même pour le halal."

"La charia, c'est la loi divine et elle est au-dessus de la loi des hommes. Si j'étais un homme libre aujourd'hui j'irais vivre dans un pays où l'on applique la charia", poursuit-il. "Certains ne prennent qu'une partie du Coran. Moi, le Coran je le prends en entier (...) C'est un devoir pour tous les Musulmans d'aller faire le djihad".

"Je suis fier de que qu'a fait mon petit-frère Soulaimane"

Interrogé sur son frère, parti en Syrie janvier 2014 et tué en août de la même année sur zone, il déclare : "Je suis fier de que qu'a fait mon petit-frère Soulaimane. Il est allé défendre des innocents qui se faisaient massacrer par un régime corrompu." Mohamed Abrini, lui, se serait radicalisé à sa sortie de prison en septembre 2014."J'ai vu sur photo le corps de mon petit frère avec une balle dans la tête. Je voulais partir, pour aller voir", détaille-t-il. 

Dans un SMS à sa petite amie rédigé en novembre 2014, et lu par le président, il écrit : "Je vais me battre pour défendre la cause du tout puissant j'ai des sœurs qui se font violer des petits frères et sœurs qui se font massacrer. Je m'enfuis vers le tout puissant et le prix à payer c'est d'y laisser sa vie." Il partira en Syrie du 23 juin au 9 juillet 2015.

"Pas capable de commettre des attentats"

Le président cite ensuite un document rédigé par Mohamed Abrini et le questionne à ce sujet : "Faut-il se faire exploser pour tuer un maximum de kouffars comme vous l'écrivez ? Celui qui se fait exploser pour tuer un maximum de kouffars est-il un héros ?"

"Ceux qui se sont fait exploser, c'est une réponse aux bombardements. C'est attentats contre bombardements, voilà. Moi, je ne serais pas capable de le faire. Je suis capable de combattre, prendre les armes, mais pas ça. Les attentats, c'est une réponse à une violence, c'est tout ce que j'ai à dire", répond l'accusé. "Mais ces personnes sur les terrasses (des cafés à Paris), elles ne sont pas en guerre", relève le président. Mohamed Abrini acquiesce, et ajoute : "Chacun peut penser comme il veut. Aller en Syrie défendre des innocents et revenir tuer des innocents, parce que c'était des innocents. Dans mon cerveau, à un moment ça cale."

Le président en vient aux décapitations, commises par des terroristes en Syrie. "Des décapitations il y en a eu en France aussi, vous avez coupé la tête à votre propre roi ! La guerre, c'est la guerre, que vous mourriez décapité ou avec une balle dans la tête", répond Mohamed Abrini. Sur les viols de Yézidis, il dit : "Ça s'est fait dans toutes les conquêtes... Des historiens qualifient cela de projet de natalité. Moi j'accepte tout, au même titre que vous acceptez toute l'Histoire de France avec ses pages sombres et lumineuses."

"Moi j'étais pas là le 13 novembre, j'ai tué personne !"

Me Maktouf, avocate de parties civiles, interroge ensuite Mohamed Abrini sur ses lectures sur la religion. "Avant de vous répondre Maître Maktouf, j'ai une question à vous poser. Avez-vous des pouvoirs divins ? Connaissez-vous le contenu des poitrines, avez-vous le pouvoir de sonder les cœurs ? Je ne vais répondre à aucune de vos questions car vous me dégoûtez ! Vous êtes allée dire aux hyènes là, les médias, que j'étais imperméable à la douleur des victimes (...) Moi ça m'a blessé. Moi j'étais pas là le 13 novembre, j'ai tué personne ! Entendre cette femme dire aux médias que les gens dans le box n'ont pas d'empathie, moi je suis désolé ça me casse les couilles." 

Me Riberolles, autre avocat de partie civile lui demande s'il a quelque chose à dire aux victimes. "C'est une drôle de question. J'avais pas prévu qu'on me pose ce genre de question (...) Je pense qu'elles ont été doublement victimes, et de la politique étrangère de la France, et de la politique étrangère de l'État islamique."

Condamne-t-il les attentats commis en France ? "La question, c'est pas 'est-ce qu'on les condamne ou pas', la question, c'est 'qu'est ce qu'on fait pour que ça ne se reproduise plus'." L'avocat insiste. "Vous allez bien dormir ce soir si je vous dis que je condamne (les attentats). Moi, si je pouvais j'aurais acheté la paix universelle mais elle n'existe pas", conclut Mohamed Abrini. "Elle n'est pas à vendre et je n'ai pas les moyens."


Aurélie SARROT

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