Le procès hors normes des attentats de janvier 2015

Procès des attentats de 2015 : les veuves Kouachi assurent n'avoir rien vu venir

Aurélie Sarrot
Publié le 25 septembre 2020 à 21h33
Procès des attentats de 2015 : les veuves Kouachi assurent n'avoir rien vu venir

JUSTICE – Izzana H., veuve de Chérif Kouachi, et Soumya B., veuve de Saïd Kouachi, ont témoigné ce vendredi devant la cours d'assises spéciale de Paris. Elles ont affirmé que les deux frères n'avaient rien laissé transparaître de leur projet.

Le jour du 7 janvier 2015, elles affirment que leurs maris leur ont fourni le même motif avant de partir en direction de Paris. Ensemble, ils allaient "faire les soldes". Quelques heures plus tard, les frères Saïd et Chérif Kouachi assassineront douze personnes, dans les locaux de Charlie Hebdo et sur le boulevard Richard Lenoir à Paris. 

Pourtant, ce vendredi devant la cour d'assises spéciale de Paris, au 18e jour du procès des attentats de janvier 2015, les veuves des frères Kouachi, Izzana H. pour Chérif Kouachi et Soumya B. pour Saïd, ont assuré n'avoir "rien décelé" d'anormal dans le comportement de leurs époux avant ces attaques.

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"Moi je lui faisais confiance"

Née en 1980 au Maroc, foulard rose saumon sur la tête et robe rose, Izzana H. est pourtant mariée depuis sept ans avec Chérif Kouachi quand les attentats ont lieu. "Pour moi il y avait beaucoup d’amour, confie-t-elle à la barre. Elle s'arrête et demande un verre d'eau. "C'est très dur pour moi de parler de ma vie avec Chérif. Chérif, moi je lui faisais confiance". Elle poursuit: "J’ai beau refaire le film, j’ai du mal à savoir à quel moment,  qu’est-ce que j’ai pas vu..." Elle ajoute qu'ils avaient "des projets en commun, fonder une famille, déménager". " A quel moment j’ai loupé quelque chose ?", répète cette femme, auxiliaire de crèche de profession.  

"Quand il y a eu les caricatures de Charlie Hebdo, je voyais qu'il était sensible à ça, ça le touchait. Mais jamais il n'a émis quoi que ce soit comme menace", assure-t-elle ensuite. Interrogée par une avocate de la partie civile sur les paroles antisémites attribuées à Chérif Kouachi dans la procédure de la filière des Buttes-Chaumont, elle affirme :"Il n'a jamais tenu ce genre de propos, en tout cas jamais en ma présence". 

Playstation et soirées cinémas

Même son de cloche pour Soumya B., compagne de Saïd Kouachi et mère de leur enfant. Née en 1985, foulard noir sur la tête, habillée de couleur sombre, elle apparaît même guillerette à la barre. Elle ne sait pas "trop quoi dire" spontanément au président. "On vivait comme un couple normal. Chez nous y'avait rien de spécial. (…) Il n'a pas changé dans son comportement. Il est resté le même tout le temps, identique à l'homme que j'avais rencontré en 2007". Se souvenant de sa réaction en apprenant les événements, elle dit : "Je suis sous le choc, j’avais l’impression que c’était irréel, c’était pas possible. C’est pas la personne avec laquelle j’ai vécu qui a fait ça"

Elle décrit Saïd Kouachi comme quelqu'un qui aimait "rigoler", "jouer à la Playstation".  "Le Saïd que j'ai rencontré n'a rien à voir avec la personne qui a osé faire ça. Avec moi il était doux, attentionné, gentil : il me faisait ma toilette (Soumya B. a une maladie, ndlr), on se faisait des soirées cinéma..." 

"On s'est aimés mais..."

Concernant la religion, les deux femmes indiquent que les frères avaient une pratique de l'islam rigoriste, mais pas radical. 

"Avec le 7 janvier, avec ce qu'il s'est passé, oui je pense que Chérif était dans l'islam radical. Depuis le 7 janvier 2015, j'ai perdu une partie de mon identité. Pour tout le monde, je reste madame Kouachi, la 'veuve de'. On s'est aimés mais ma vie s'arrête le jour où il a décidé de sortir avec des armes", conclut Izzana H..


Aurélie Sarrot

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