Le procès hors normes des attentats de janvier 2015

Procès des attentats de janvier 2015 : "La vérité, on ne l'aura pas, mais la justice, nous l'espérons"

Aurélie Sarrot
Publié le 4 décembre 2020 à 0h31
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

JUSTICE – Les plaidoiries des avocats de la partie civile se sont succédé, jeudi 3 décembre, en présence du principal accusé, Ali Riza Polat. Dans l'espoir d'obtenir justice à défaut de la pleine vérité sur l'implication des accusés.

Ils sont plusieurs, plusieurs à représenter des victimes et leurs proches et à avoir attendu des réponses à leurs questions au cours de ce procès fleuve. En vain. Ce jeudi, les avocats de la partie civile ont poursuivi leurs plaidoiries, interrompu parfois par les contestations, les crachats et la toux du principal accusé Ali Riza Polat. 

"Quand le procès s'est ouvert, j'étais heureuse de me dire : 'On va avoir des réponses'", a commencé Me Laurence Cechman, qui représente les proches de victimes de l'Hyper Cacher, reprenant les mots des accusés qui avaient assuré au début du procès le 2 septembre qu'ils "diraient la vérité". Mais douchant ses propres espoirs, elle a dénoncé "l'omerta" de ces hommes qui ont fait "des calculs d'apothicaire à ne rien dire". Et d'apporter ce constat : "Durant deux mois, on a eu une maladie qui s'est répandue dans le box : un Alzheimer précoce, une cécité foudroyante !"

"La vérité, on ne l'aura pas, mais la justice, nous l'espérons", a renchéri sa consœur Me Géraldine Berger, avocate de la famille de Michel Saada, assassiné le 9 janvier 2015 à l'Hyper Cacher. 

Une scène de guerre dans un pays en paix

Me Elie Korchia

"A défaut d'avoir obtenu toute la vérité au cours de ce procès, les parties civiles espèrent que, par votre décision, la vérité judiciaire éclatera. C'est ce que nous devons aux victimes de ces attentats ainsi qu'à Zarie Sibony et Andrea Chamak, ces deux jeunes femmes françaises et juives qui, par une curieuse ironie de l'Histoire, ont vécu en janvier 2015 une scène de guerre dans un pays en paix et vivent aujourd'hui en paix dans un pays pourtant en guerre", a lancé Me Elie Korchia avocat de deux caissières  de l'Hyper Cacher. 

Pour les avocats de la partie civile, qu'importe qu'ils n'aient pas appuyé sur la gâchette. Les onze hommes jugés depuis plus de trois mois ont tous une part de responsabilité dans les attentats qui ont fait 17 morts et de nombreux blessés les 7, 8 et 9 janvier 2015. "Les accusés ont tous participé à l'assassinat de Clarissa Jean-Philippe", a ainsi estimé Me Sarah Aristide, avocate de la famille de la policière municipale assassinée par Amédy Coulibaly à Montrouge. Après avoir passé au crible le rôle présumé de chacun d'entre eux, elle regrettera : "La mère de Clarissa n'arrive pas à dire au revoir à sa fille. Elle est venue ici chercher la vérité. Elle n'a eu que mensonges"

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Polat, maillon le plus important de cette chaîne criminelle

Me Korchia

Des accusés, le nom d' Ali Riza Polat est celui qui revient le plus souvent. Pour son attitude pendant l'audience, mais aussi pour son rôle présumé dans l'ensemble des faits jugés. "Monsieur Polat est le maillon le plus important de cette chaîne criminelle qui a permis à Amedy Coulibaly de pouvoir passer à l'action, d'un point de vue organisationnel et logistique. [] Il s'agit du personnage central et pivot de ce procès, celui qui est en lien avec les autres coaccusés", a martelé Me Korchia, qui rappelle que l'accusé avait pris la fuite pour le Liban le 12 janvier 2015, avant de tenter de regagner la Syrie le 17 janvier. 

Me  Alexandra Levy-Druon a rappelé que ce procès était  "historique"  avant de lancer à la cour : "Vous avez la responsabilité par l'exemplarité des peines que vous prononcerez d'engager un début de lutte féroce contre le terrorisme islamiste qui frappe notre pays depuis trop longtemps." 

Les plaidoiries des avocats de la partie civile doivent reprendre demain, à 9h30.


Aurélie Sarrot

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