JUSTICE - Driss Laachraoui, père du Najim Laachraoui, artificier des attentats du 13 novembre 2015 et kamikaze des attentats de Bruxelles le 22 mars 2016, a été entendu ce mardi. Il a assuré ne pas savoir comment son fils s'était radicalisé.

Cheveux poivre et sel courts, barbe courte sous son masque, pull gris zippé sous une parka foncée, le sexagénaire s'avance à la barre. "Je m'appelle Driss Laachraoui. J'habite à Bruxelles. Je suis né le 01/01/1955. J'étais chauffeur de taxi, je suis retraité", dit-il à la cour. Le témoin entendu ce mardi n'est autre que le père de Najim Laachraoui, artificier des attentats du 13 novembre 2015 et kamikaze des attentats de Bruxelles le 22 mars 2016. 

"Vous êtes le père de l'un des individus qui s'est retrouvé le 22 mars à Zaventem et qui aurait aidé, selon les enquêteurs, à la préparation des attentats du 13 novembre. Que pouvez-vous nous dire ?", interroge le président de la cour d'assises spéciale Jean-Louis Périès. "Je ne sais pas ce que je dois dire", répond Driss Laachraoui. 

"Un bon enfant, brillant à l'école"

Le président lui suggère alors de parler de son fils Najim. "C'était un bon enfant, brillant à l'école. Il a été endoctriné. Par qui ? Je ne sais pas. Son niveau d'étude a baissé. On n'était pas en bons termes. Il était en 6e année (équivalent de la terminale en France ndlr.)", se souvient Driss Laachraoui. "Je ne sais pas qui il fréquentait. Ses amis ne venaient pas à la maison, je suis strict. Quand il a été endoctriné, il ne voulait rien savoir. On ne s'entendait pas du tout. C'est comme si je parlais à un mur. On n'avait pas de dialogue", continue-t-il.  

Avant son départ en Syrie, Najim Laachraoui prévient quand même son père de son projet. "Il m'a dit qu'il allait faire la guerre à Bachar El Assad. Je voyais noir. J'ai essayé de l'empêcher de partir, de le raisonner. Je lui ai dit : 'Que vas-tu faire tout seul contre Bachar El Assad ? Bachar el Assad, il a des avions'". Rien à faire, le 17 février 2013, son fils alors âgé de 21 ans part pour la Syrie. 

Driss Laachraoui reconnaît quelques échanges avec lui quand celui-ci est sur zone. "Il me disait qu'il surveillait une caserne", précise-t-il. Le président lui demande s'il lui a parlé de combats. "S'il surveillait une caserne, c'était pas pour jouer, c'était pour faire la guerre !", répond le témoin. "Vous avez essayé de le faire revenir ?", poursuit Jean-Louis Périès. "C'est lui qui me disait de venir chez lui. Je lui disais : 'T'es fou ou quoi'??' explique le témoin qui a été traité de "mécréant" ensuite pas son enfant. 

Puis Driss Laachraoui indique ensuite que la dernière fois qu'il a eu un contact avec son fils, c'était en août 2015, trois mois avant les attentats sur le sol français. Najim Laachraoui est rentré en Belgique en septembre 2015. Selon Driss Laachraoui, il ne lui a rien dit. 

Dernier contact en août 2015

La première assesseure demande au témoin si son fils regardait des choses sur Internet, si des vidéos avaient pu conduire comme ça a été le cas pour d'autres terroristes, à sa radicalisation. "J'ai essayé de couper le wifi, j'étais en colère. Mais comme il avait des frères (à la maison), je ne pouvais pas lui couper éternellement. Et il aurait trouvé Internet dehors. Je sais qu'il regardait des vidéos en arabe mais je ne sais pas quoi", détaille Driss Laachraoui. Vendredi dernier, une avocate de la partie civile avait demandé à Azdyne Amimour, père du terroriste Samy Amimour, pourquoi il n'avait pas "coupé Internet" à son fils pour éviter sa radicalisation 2.0.

"Votre fils avait des compétences en explosifs. Il avait une formation en électromécanique", continue la première assesseure rappelant qu'il était considéré comme l'un des artificiers des attentats du 13 novembre. "Tout ça, c'est du bidon, c'est les journalistes qui disent ça !", s'agace le témoin. "On lui attribue aussi un rôle de geôlier", continue la magistrate. "J'ai vu ça aux informations. C'est affreux. Moi j'ai vu comment il était à 17-18 ans et ce qu'il est devenu… ", se désole le sexagénaire.

"Comment votre fils Najim a-t-il payé alors son voyage en Syrie ?", questionne enfin la deuxième assesseure. "Je ne sais pas moi. Il faut demander aux gens qui l'ont endoctriné. Je ne lui ai pas donné d'argent moi !", assure le père de famille. "Comment vous et votre famille avez vécu depuis toutes ces années avec la responsabilité de votre fils ?" demande une avocate de la partie civile. "Ça change tout Madame, c'est catastrophique. J'ai rien à ajouter", conclut le septuagénaire avant de quitter la salle d'audience.


Aurélie SARROT Aurélie Sarrot

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