JUSTICE – Un nouvel enquêteur belge anonymisé a été entendu ce mardi par la cour d'assises spéciale pour revenir sur le parcours, entre 2014 et 2015, de Mohamed Abrini. Ce dernier a une nouvelle fois refusé de comparaître, comme 4 autres accusés.

"Engrenages. Mon parcours est comme les lettres de l'alphabet. De A comme Abrini à Z comme Zaventem", avait dit Mohamed Abrini à la juge Panou après son interpellation le 8 avril 2016. Cette déclaration a été reprise en propos liminaire par l'enquêteur belge anonymisé "441.157.616". Entendu en visioconférence ce mardi par la cour d'assises spéciale depuis le parquet fédéral, le policier spécialisé en antiterrorisme a détaillé le parcours en Syrie et le retour en Europe de ce Belge surnommé "l'homme au chapeau", avant d'être identifié. Mohamed Abrini, qui apparaissait sur les caméras de vidéosurveillance de l'aéroport de Zaventem aux côtés des kamikazes Najim Laachraoui et Ibrahim El Bakraoui, avait renoncé à se faire exploser le 22 mars 2016.

Jugé au procès des attentats pour avoir notamment accompagné en banlieue parisienne les commandos du 13-Novembre, Mohamed Abrini a une nouvelle fois refusé de comparaître. Tout comme son ami d'enfance Salah Abdeslam et trois autres accusés pour protester contre l'anonymisation des enquêteurs de la section antiterroriste belge. Le policier spécialisé a donc parlé de lui, en son absence.

"Je suis parti à 95% pour voir la tombe de mon frère et 5 % pour combattre"

Ainsi, l'enquêteur "441.157.616" a rappelé d'abord que Mohamed est au départ connu comme délinquant notamment pour des vols avec effraction, conduite sans permis et vol avec violence. "L’événement déterminant s’agissant de Mohamed Abrini semble avoir été le départ de son frère cadet Soulaimane Abrini dit 'Abou Yahya' en Syrie le 7 janvier 2014", explique le policier. Combattant de l'État islamique, Soulaimane Abrini apparaît notamment dans la vidéo où Abdelhamid Abaaoud traîne des cadavres dans un pick-up. Il sera tué en Syrie le 4 août 2014. 

Quand Mohamed Abrini sort de prison en septembre 2014, plusieurs de ses proches auraient relevé un changement. Il "parle bco (beaucoup, ndlr) de jihad lol", dit sa petite amie dans un texto à sa sœur. En novembre 2014, Mohamed Abrini écrit à sa fiancée, qu'il traite désormais de "mécréante" :"Je vais me battre pour défendre la cause du tout-puissant. J'ai des sœurs qui se font violer, des petits frères et sœurs qui se font massacrer. Je m'enfuis vers le tout-puissant et le prix à payer, c'est y laisser la vie."

En juin 2015, Mohamed Abrini prend un billet pour Istanbul. "Abrini dit que passer en Syrie est un jeu d'enfant, il dit qu'il ne faut pas croire qu'il faut escalader des barbelés pour passer la frontière. Il dit qu'en fait 'vous traversez un champ de maïs et c'est bon'", continue l'enquêteur. Le mis en cause dit aussi au policier : "Je suis parti à 95% pour voir la tombe de mon frère et 5 % pour combattre". 

À Raqqa, capitale autoproclamée de l'État islamique, il retrouve Abdelhamid Abaaoud, son ami depuis 20 ans et coordinateur des attentats de novembre 2015. "Il ne m'a pas parlé de ses projets pour l'Europe, a expliqué Abrini lors d'un interrogatoire. Selon lui, ça aurait été 'comme si le braqueur parlait à des petits voleurs de poules'", poursuit l'enquêteur belge "441.157.616". 

Pas de repérage au stade de Manchester

Puis à son retour de Syrie, Mohamed Abrini est missionné par Abeldhamid Abaaoud pour récupérer une somme d’argent en Angleterre appartenant à quelqu’un se trouvant en Syrie et pour l’apporter à quelqu’un en Belgique. Il atterrit le 9 juillet à Londres et se rend à Birmingham. Il passe de nombreux coups de fil sur place, récupère les 3000 livres, le 11 juillet, va au casino, fait du shopping et prend des photos du stade de Manchester. Certains ont parlé de "repérages" pour un éventuel attentat. Me Violleau, avocate de Mohamed Abrini rappelle qu'il n'y a "rien, aucun élément matériel" pour valider cette thèse et que par ailleurs, la police britannique "n'a jamais ouvert d'enquête pour association de malfaiteurs terroriste". 

" Le 13-07-15 à 19h, les services de polices se rendent au domicile des parents d'Abrini pour voir s'il n'est pas parti en Syrie", indique l'enquêteur belge. Selon lui, ils ont pu alerter leur fils de cette perquisition et ce dernier agir en conséquence. Le 16 juillet, Mohamed Abrini prend l'avion pour l'aéroport de Paris Charles-de-Gaulle puis repart pour la Belgique. Fin juillet, se sachant recherché, Mohamed Abrini se présente au service de police. Il laisse son téléphone aux enquêteurs, et explique qu'il n'a rien à voir avec la Syrie. Comme Brahim Abdeslam cinq mois plus tôt, Mohamed Abrini ressort libre du commissariat.

"En juillet, le contenu du téléphone de Mohamed Abrini est exploité. Les policiers relèvent que Mohamed Abrini a effacé un certain nombre de données, dont des contenus djihadistes. Rien n'est fait. La téléphonie est exploitée, ça prend deux mois. Elle révèle que Mohamed Abrini est en contact avec des terroristes, qu'il est en contact avec la Syrie depuis juin 2015. Début novembre, un procès-verbal dit que Mohamed Abrini est en contact avec Abdelhamid Abaaoud qui prépare des attentats terroristes. La seule chose qui va se passer, c'est qu'on va le mettre sous une surveillance totalement inopérante pendant quelques jours. On va le regarder partir à Paris, on va le regarder revenir de Paris et on ne fera absolument rien", regrette Me Chemla avocat de partie civile.

L'audience doit reprendre mercredi, à 12h30.


Aurélie SARROT

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