JUSTICE – Après un propos liminaire, l'ancien président de la République cité comme témoin a répondu aux nombreuses questions qui lui ont été posées par les avocats de la partie civile et de la défense notamment.

Il était très attendu et, après que certains ont contesté sa venue comme témoin, il a été enfin entendu pendant plus de 4 heures. "Je suis présent devant la cour à la demande d'une association de parties civiles pour détailler ce que fût mon rôle comme chef de l'État au cours de cette nuit funeste du 13 novembre 2015", déclare à la barre l'ancien président de la République cité par l'association Life For Paris. 

Costume gris, cravate bleue, chemise blanche, François Hollande précise que son témoignage, il le doit avant tout aux victimes et à leurs proches. "J'entends notamment justifier l'engagement de la France contre l'État islamique. Ce groupe pseudo-étatique nous a frappés non pas pour ce que nous faisions mais pour ce que nous représentons pour ce que nous incarnons : une République laïque, une société libre et ouverte, un pays qui chérit la culture et qui aime le sport et ne conçoit pas le bonheur comme une perversité, dit-il le ton grave. Ce groupe terroriste nous a frappé non pas pour nos modes actions à l'étranger mais pour nos modes de vie ici même". 

"La cour jugera en droit les accusés. Dans une démocratie, pour punir les responsables d'une action monstrueuse, la réponse est celle du droit et non celle de la vengeance. C'est pourquoi a démocratie sera toujours plus forte que la barbarie", conclut-il dans son propos liminaire avant de répondre aux (nombreuses) questions.

"Nous ne savions pas ni où, ni quand, ni comment ils allaient frapper"

"Quel est l'état de la menace sur la France en novembre 2015 ? ", interroge le président de la cour d'assises spéciale Jean-Louis Périès. "Elle est bien antérieure. Un des porte-paroles de l'État islamique  déclare qu'il veut punir les Occidentaux et notamment les sales Français, nous sommes mi-2014. Nous ne sommes alors pas intervenus en Irak ou en Syrie", rappelle le témoin citant les attentats de janvier 2015, de Villejuif ou encore du Thalys. "En août après l'attentat raté du Thalys, je fais une déclaration en disant que nous devons nous préparer, tout faire pour éviter d'être attaqué. Nous savons que nous sommes la cible. Voilà l'état de la menace (…) Nous savions que des actions se préparaient, que des chefs dont nous connaissons maintenant le nom préparaient des attentats, laissaient égorger des individus. Mais nous ne savions pas ni où, ni quand, ni comment ils allaient frapper".

Concernant la menace du Bataclan, "il y avait une menace en 2009, le motif était antisémite. Durant mon mandat de Président je n'ai pas eu d'autres informations sur d'éventuelles menaces sur cet établissement", affirme l'ancien Président. 

"Tout mon travail a été de préserver l'unité nationale"

Les revendications des assaillants au Bataclan, dans lesquelles son nom est cité quatre fois, l'ancien président indique les avoir entendues. " L'intention était double : nous faire renoncer à nos interventions en Irak et en Syrie, et nous diviser. Qu'à l'intérieur même de notre pays, il puisse y avoir un doute. Leur but est de déstabiliser, créer une guerre des religions. Ils cherchaient non la fracture mais la rupture. Tout mon travail a été de préserver l'unité nationale et souligner que nous étions comme un bloc ", dit François Hollande.

Quand il s'agit d'évoquer les interventions françaises en Irak et en Syrie, il assure qu'il ne regrette pas ses décisions. "Aujourd'hui, je ferais exactement la même chose parce que c'est la France, nous le devons pour ces victimes massacrées, égorgées. Une solidarité que nous devons avoir envers ces peuples", affirme-t-il à la barre. Selon François Hollande, la décision de frapper a été prise "en septembre 2014 pour l'Irak" et "le 7 septembre 2015 pour la Syrie". "Cette date est importante pour le procès. Le commando s'était décidé bien avant que je ne décide de frapper sur la Syrie", insiste l'ancien chef de l'État rappelant que la première frappe a eu lieu le 27 septembre. 

Le rappel de l'ancien chef de l'État visait à balayer les thèses avancées en début de procès par le principal accusé Salah Abdeslam et avant lui par les kamikazes du Bataclan, qui assuraient avoir attaqué la France à cause de son intervention en Syrie et des bombardements de la population civile.

"Non monsieur Abdeslam"

"Nous étions certains à partir de début 2015 que Daech voulait nous faire la guerre, préparait des actes, commettait des actes. Il nous fallait aussi faire la guerre dès lors qu'on nous attaquait. On nous a fait la guerre, on a répondu", continue l'ancien Président. L'ordre est alors donné de frapper des lieux d'entraînement, de formation de djihadiste.

 "Les frappes françaises ont-elles pu causer des victimes collatérales en Syrie ou en Irak ?", interroge Me Ronen, avocate de Salah Abdeslam". "Parce qu'il y aurait eu des victimes collatérales, cela justifierait les attaques ?", répond alors l'ancien président, visiblement offusqué par cette question. "Non, je ne vous laisse pas dire ça. C'est une question fermée, y a-t-il eu ou non des victimes collatérales ?", répète l'avocate. "Je ne peux pas vous affirmer qu'il n'y a jamais eu de victimes collatérales ou qu'il y en a eues. En tout cas, j'avais donné la consigne qu'il n'y ait pas de victimes collatérales", lance François Hollande. 

Après les questions à l'ancien président de la République ce mercredi, Salah Abdeslam, resté très calme pendant toute l'audition de ce dernier, a souhaité intervenir. Le président de la cour d'assises spéciale l'a stoppé net dans son élan. "Non monsieur Abdeslam, si vous avez des questions vous passez par votre conseil". L'audience a été suspendue et François Hollande a quitté la salle par la porte des témoins, aussi vite qu'il était arrivé, sans faire de déclaration à la presse. 


Aurélie SARROT

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