Procès des attentats du 13-Novembre : "Brahim disait :'Il faut écraser les mécréants, les tuer'"

par Aurélie SARROT Aurélie Sarrot
Publié le 16 décembre 2021 à 19h34
Procès des attentats du 13-Novembre : "Brahim disait :'Il faut écraser les mécréants, les tuer'"

JUSTICE – Rafik El H., ami de Brahim Abdeslam, a été entendu ce jeudi par la cour. Il affirme avoir coupé les ponts avec ce dernier quand celui-ci s'est radicalisé.

C'est depuis les locaux du parquet fédéral belge qu'il a témoigné ce jeudi. Baraqué, crâne rasé, pull scandinave noir et blanc, masque sur le bas du visage, Rafik El H., 36 ans, est revenu sur sa relation avec plusieurs des accusés, dont Brahim et Salah Abdeslam. 

"C'étaient mes amis, on fréquentait le quartier. Ce que j'avais à dire je l'ai dit la première fois aux enquêteurs. Je savais pas grand-chose, quand ça s'est passé j'étais au Maroc. C'est quand je suis revenu que j'ai su qu'il y avait des problèmes. J'ai pas participé, je n'ai rien à voir", dit-il spontanément avec un accent belge avant de s'arrêter. 

"Brahim regardait les vidéos sur les groupes terroristes"

Le président de la cour d'assises spéciale, Jean-Louis Périès, passe donc aux questions, notamment sur les frères Abdeslam. "Brahim était un ami à moi. Son petit frère, je le connais, voilà, 'bonjour, bonjour'. Celui que je connaissais le plus, c'était Brahim. On avait un café en commun".

Rafik El H. précise avoir été associé de Brahim Abdeslam de janvier à avril 2014. Il sait qu'il y avait des stupéfiants. "C'était plus Brahim et de temps en temps Hamza (Attou, accusé qui comparait libre), qui faisait la vente".  Il sait aussi que des vidéos en lien avec l'Etat islamique y étaient projetées. "Brahim regardait des vidéos sur les trucs terroristes, sur la Syrie, détaille le témoin qui confirme en avoir vu certaines. Il se faisait discret. Parfois il fermait l'ordinateur, parfois il allait à la cave mais on n'avait pas le droit de descendre". Il ajoute que d'autres, parmi lesquels les accusés Mohamed Abrini, Ahmed Dahmani et Salah Abdeslam regardaient les vidéos, et que parfois jusqu'à une dizaine de personnes se retrouvaient devant l'ordinateur. 

"La vidéo que regardait le plus Brahim était celle où Abdelhamid Abaaoud traîne des cadavres avec son 4x4", explique-t-il. Le président lui demande s'il y avait aussi des vidéos d'exactions qui étaient regardées en groupe. "Il y avait des vidéos où on s'occupait comme ça, avec des armes, mais comme il y avait des clients dans le café je ne faisais pas trop attention" assure Rafik El H. 

"Un jour il a croisé trois barbus"

"Comment Brahim Abdeslam s'est-il radicalisé ?" interroge le président. "Un jour à Molenbeek, il a croisé trois barbus, ils ont parlé pendant des heures et des heures. Après, c'était plus le même, c'était en juillet août 2015. Trois, quatre mois avant les attentats.  Il disait faut tuer les juifs, les mécréants. Faut les écraser". 

Le témoin ajoute que Brahim Abdeslam échangeait aussi avec son ami d'enfance Abdelhamid Abaaoud. "Brahim parlait avec lui sur Viber. Il descendait dans la cave mais on n'avait pas le droit d'y aller. Une fois je suis descendu il m'a dit de dégager." "Quand vous êtes descendu, vous avez entendu ce qu'il se disait ?", questionne Jean-Louis Périès. "C'était même pas une minute. J'ai entendu la voix d'Abaaoud et je suis remonté", répond le témoin.

Le président poursuit : "Vous avez dit aux enquêteurs avoir entendu Brahim Abdeslam dire alors à Abaaoud 'Frère prends soin de toi on va bientôt arriver' C'était qui et où ?" "Bah en Syrie. Ça concernait plus Brahim que les autres car c'est Brahim qui a entrainé les autres", répond le témoin.

"Ils avaient l'air radicalisés ? Ils parlaient de la Syrie, d'y aller ?" continue le magistrat.  "Ils ne faisaient rien apparaitre, ça ne se voyait pas. La Syrie ils n'en parlaient pas, pas à ma connaissance", assure Rafik El H. 

"Pour vous, c'est Brahim qui avait de l'influence sur Salah ou c'est l'inverse", demande Jean-Louis Périès. "C'est Brahim qui avait de l'influence sur Salah. Salah c'était juste un suiveur", lâche l'homme derrière l'écran

"Déchire ces kouffars et prends leur un maximum de porcs"

"Vous avez parlé aux enquêteurs d'un message du 1er juillet  2014 entre Abdelhamid Abaaoud et Brahim Abdeslam.  Abaaoud écrit : "Qu’Allah te guide dans la voix du djihad et t’accorde le martyr. Déchire ces kouffars et prends leur un maximum de porcs et viens rejoindre l’armée" et Brahim Abdeslam répond : "Ok mon frère, Inchallah. Je te recontacte bientôt", rappelle la première assesseure.  Rafik El H. confirme.

"Vous avez dit 'Quand j'ai vu que ça allait pas avec Brahim je suis parti au Maroc", continue la 2e assesseur. "Il avait vraiment changé de comportement, il disait : 'Faut écraser les mécréants, les tuer'. Je suis parti au Maroc, c'était vers avril 2015", conclut le témoin.

Rafik El. H sera jugé dans le cadre du procès du dossier "Paris Bis" qui doit débuter le 19 avril 2022 à Bruxelles. Au total, 14 prévenus seront jugés. Certains doivent répondre de "participation aux activités d'un groupe terroriste", et sont suspectés notamment d'avoir transporté ou hébergé certains assaillants. Rafik El H. est soupçonné d'avoir, avec d'autres d'avoir conduit Brahim Abdeslam à l'aéroport de Zaventem le 27 janvier 2015 alors que ce dernier allait regagner la Syrie via Istanbul. Rafik El. H., qui devait partir avec lui pour la Turquie n'a finalement jamais embarqué. 


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