Procès des attentats du 13-Novembre : "Brahim Abdeslam se moque de la police de Bruxelles"

Publié le 26 novembre 2021 à 22h29, mis à jour le 27 novembre 2021 à 9h19
Procès des attentats du 13-Novembre : "Brahim Abdeslam se moque de la police de Bruxelles"

JUSTICE - Un enquêteur belge a détaillé ce vendredi le parcours de Brahim Abdeslam jusqu'en août 2015. Neuf mois avant les attentats de Paris et Saint-Denis, il avait été entendu par la police et était ressorti libre de sa garde à vue.

Nouvelle journée éprouvante ce vendredi pour les enquêteurs belges au procès des attentats du 13 novembre 2015. Le premier à témoigner jeudi avait déjà été visé par la défense, Me Jonathan de Taye, avocat de l'accusé Ai El Haddad Asufi, regrettant qu'un enquêteur "se censure à une question sur deux parce qu'il est dans les locaux du parquet fédéral avec l'œil de Moscou dans le bureau". 

Ce vendredi, trois nouveaux enquêteurs ont témoigné et n'ont pas été épargné non plus. Parmi eux, celui dénommé par le matricule 440.232.779 qui, en visioconférence, toujours depuis les locaux du parquet fédéral belge, est revenu sur le parcours de Brahim Abdeslam, jusqu'à août 2015. Un exposé fait en l'absence de son frère Salah qui comme jeudi, a refusé d'assister, comme quatre autres des accusés à l'audience, de comparaître pour protester contre l'anonymisation des enquêteurs belges.

Le policier a notamment évoqué les nombreux déplacements au Maroc du futur kamikaze du Comptoir Voltaire le 13 novembre 2015 et son séjour en Syrie, via la Turquie, de la fin du mois de janvier au 7 février de cette même année où il s'est entraîné au tir.  

Brahim Abdeslam ressort libre du commissariat

"Le 9 février 2015, nos services entendront parler de Brahim Abdeslam qui serait parti vers la Syrie. Le 28 janvier 2015 il aurait contacté son frère Salah Abdeslam depuis la frontière turco-syrienne en lui disant qu'il allait franchir cette frontière", explique l'enquêteur.  

Concernant Salah Abdeslam, le procès verbal repris dans Le Monde dit ceci :" En date du 28/02/2015, la zone de police de Bruxelles-Ouest a auditionné Salah Abdeslam afin de vérifier sa possible radicalisation. II en ressort qu’il ne présente aucun signe extérieur de radicalisme, que ce soit dans sa tenue vestimentaire, son allure physique ou ses propos. Aucun élément ne permet de corroborer les informations reprises au PV initial selon lesquelles il aurait l’intention de partir en Syrie rejoindre l’État islamique."

Concernant Brahim Abdeslam, un procès-verbal de la police belge daté du 10 décembre parle d'un "signalement urgent".  Pour autant, la police belge ne réalise pas de surveillance particulière ce dernier. Et ça n'est que le 16 février 2015 que Brahim Abdeslam, interpellé de manière incidente pour des faits de "roulage" (conduite), sera interrogé par la police locale. "Brahim Abdeslam déclarait être le gérant du café Les Béguines à Molenbeek où il précisait servir de l'alcool. Il admettait consommer du cannabis", relate l'enquêteur. 

Dans ses affaires, sont saisis un téléphone et un document intitulé :"La permission des parents pour faire le jihad". "C'est un document qui démontre bien que je suis contre le jihad et contre les jeunes qui partent sans l'autorisation des parents", assure alors Brahim Abdeslam à la police. Il dit aussi que s'il a eu des "idées radicales" par le passé il n'en a plus . Et d'ajouter :"D'ailleurs, je fume du shit tous les jours..." De quoi convaincre la police locale. Brahim Abdeslam ressort libre du commissariat de Molenbeek.

"Déchire ces kuffars et prends leur un maximum de porcs"

"Quand Brahim Abdeslam vous dit  que le document intitulé "La permission des parents pour faire le jihad est un document qui démontre bien que je suis contre le jihad et contre les jeunes qui partent sans l'autorisation des parents, on est bien d'accord qu'il se moque de vous ?", tacle Me Vettes, l'un des avocats de Salah Abdeslam. "Il se moque de la police de Bruxelles, oui", reconnait l'enquêteur 440.232.779. 

Me Ronen, autre conseil de Salah Abdeslam, s'étonne qu'après "un signalement urgent" de la police de Bruxelles, le téléphone portable de Brahim Abdeslam n'ait pas été exploité par la police. Son analyse, en février 2015, n'aura été que très sommaire. "On peut penser que les choses se seraient passées différemment si le fil avait été tiré. Cette conversation avec Abdelhamid Abaaoud de juillet 2014 aurait sans doute été retrouvée." 

Dans la conversation de l'été 2014, Abaaoud dit à Brahim Abdeslam : "Qu'Allah te guide dans la voie du djihad et t'accorde le martyr. Déchire ces kuffars et prends leur un maximum de porcs et viens rejoindre l'armée d'Allah." Elle ne sera retrouvée par les enquêteurs de la DR3, section antiterroriste de la police judiciaire fédérale de Bruxelles en mars 2015,  qu'après les attentats de novembre 2015. Me Chemla, avocat de la partie civile pointe lui aussi ce loupé.

Tout comme Me Negar Haeri avocate de  l'accusé Mohammed Amri qui ne se remet pas de ce "raté" : "On l'avait sous la main cet homme. On avait tout sur un plateau d'argent mais on n'a pas su s'en servir. Ça fait froid dans le dos rétrospectivement."


Aurélie SARROT

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