Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

Procès du 13-Novembre : "Je me suis fait avoir par les frères Abdeslam", affirme Mohamed Amri

Aurélie Sarrot
Publié le 28 janvier 2022 à 22h18
Procès du 13-Novembre : "Je me suis fait avoir par les frères Abdeslam", affirme Mohamed Amri

Source : Benoit Peyrucq/ AFP

L'accusé Mohamed Amri a été interrogé ce vendredi par la cour.
Ce Belgo-marocain de 33 ans a ramené Salah Abdeslam en Belgique le lendemain des attentats.
Il assure qu'il n'était pas radicalisé.

Pendant l'instruction, il a reconnu être allé le 14 novembre 2015 en France, quelques heures après les attaques sanglantes, pour y récupérer Salah Abdeslam et pour le ramener en Belgique.

Ce vendredi, au procès du 13-Novembre, le Belgo-Marocain Mohamed Amri, debout dans le box, crâne rasé, chemise blanche, rasé de près, masque FFP2 blanc sur le visage, assure pourtant qu'il n'était "pas radicalisé". Il ajoute d'ailleurs qu'il ignorait tout de la radicalisation des frères Abdeslam. "Radicalisé, taqqya, c'est des mots que j'ai appris en détention", affirme l'accusé de confession musulmane. 

"Il fumait du shit, il buvait"…

Concernant Brahim Abdeslam qui l'a employé quelques mois au noir dans son café Les Béguines à Molenbeek en 2015, Mohamed Amri déclare : "Moi j'ai rien remarqué de radicalisé, Moi je vous dis, Brahim Abdeslam, il n'était pas radicalisé pour moi: Est-ce qu'on peut dire que quelqu'un qui il fumait, buvait de l'alcool était radicalisé ? Brahim Abdeslam il faisait tout ça". 

Selon lui, l'homme qui s'est fait exploser au Comptoir Voltaire le 13 Novembre 2015, pouvait être "zinzin", "nerveux", qui "peutêtre violent" mais c'est tout.  

Les vidéos sur l'Etat islamique que certains ont visionné dans le troquet de 15 m2 en haut et au sous-sol ?  Mohamed Amri indique qu'il ne les a pas vues. "Brahim faisait ça discrètement". Il n'a pas vu non plus que Brahim Abdeslam échangeait avec Abdelhamid Abaaoud et qu'il voulait rejoindre ce dernier en Syrie. D'ailleurs, la vidéo du cerveau présumé des attentats trainant des cadavres avec son pick-up, Mohamed Amri indique l'avoir vue pour la première fois à l'audience, quand elle a été projetée. 

Quant à Salah Abdeslam, il s'est rapproché de lui quand ce dernier a commencé à fréquenter le café Les Béguines en 2015. "La vérité, je me rappelle pas de ce qui nous a rapprochés. Peut-être qu'on a été au casino, boire un verre ou manger un truc. Salah Abdeslam, c'est quelqu'un de bien", assume L'accusé. 

"C'est double peine"

Un témoin a pourtant affirmé aux enquêteurs que Mohamed Amri était présent au café Les Béguines lors des visionnages des vidéos de l'Etat islamique, et qu'il les avait vues. L'accusé soutient que cette personne est "toxico", et qu'elle dit beaucoup de conneries". Puis il lâche : "Être en détention pour quelque chose que je n'ai pas fait, c'est double peine". 

Me Topaloff, avocate de parties civiles cherche à savoir ce que l'accusé entend par "double peine". "Je me suis fait avoir par les frères Abdeslam, déjà. Si je suis ici, c'est à cause d'eux, vous devez le savoir. Et la deuxième peine, c'est la prison."

L'avocate poursuit : "Vous estimez avoir été trahi par des gens envers lesquels vous aviez une certaine estime? "Oui, si je suis ici aujourd'hui, c'est à cause des frères Abdeslam", lance l'accusé.

Me Ludovic De Villele, autre avocat de parties civiles, enchaîne : "Vous avez dit que Salah Abdeslam était quelqu'un de bien. Quelle est votre opinion sur lui aujourd'hui ?"

"Je sais que si je suis là, c'est un peu à cause de lui, mais je suis prêt à pardonner. J'ai même entendu ici à la barre des victimes prêtes à pardonner, répond Mohamed Amri, à un mètre environ de Salah Abeslam dans le box. Moi, je suis quelqu'un de sensible voilà, je suis content qu'il soit encore en vie. Après, ce sera à la cour, à la justice de le juger."

"Ça reste votre ami ? ", interroge l'avocat. "C'est un peu compliqué", admet l'accusé, embarrassé. 

'Ferme ta gueule tu connais rien à la religion !'

Puis Me Negar Haeri, avocate de Mohamed Amri, demande ensuite à son client de confirmer son sentiment, sur ce qu'il s'est passé le 13 Novembre 2015 à Paris. "Je suis le premier à condamner ces attentats, dans la voiture avec Salah Abdeslam (entre Châtillon et Bruxelles le 14-Novembre 2015 ndlr) par exemple. Je lui ai dit : 'C'est pas bien ce que vous avez fait'. Lui m'a dit : 'Ferme ta gueule tu connais rien à la religion !'." 

Les investigations ont permis d'établir que Mohamed Amri a bien travaillé au Samu social en Belgique où il était à l'époque employé. Il a fini son service à 8 heures du matin puis s'est rendu en France avec Hamza Attou chercher le seul survivant du commando du 13 novembre 2015. Ce dernier lui aurait dit avoir eu un accident en France pour motiver ce covoiturage. Mohamed Amri assure n'avoir rien su des plans à l'avance et n'avoir appris qu'une fois après les attentats et dans la voiture alors qu'il exfiltrait Salah Abeslam que certains de ses amis étaient les auteurs de ces crimes.


Aurélie Sarrot

Tout
TF1 Info