JUSTICE – Yassine Abaaoud, l'un des frères cadets d'Abdelhamid Abaaoud, a été entendu ce jeudi par la cour d'assises spéciale. Il a assuré tout ignorer des projets de son aîné et n'est pas convaincu de sa mort.

Il a été entendu en visio depuis les locaux du parquet fédéral belge, assis sur la même chaise que celle utilisée depuis fin novembre par les enquêteurs spécialistes de l'antiterrorisme. Le petit-frère d'Abdelhamid Abaaoud, Yassine, 26 ans, est apparu à l'écran vêtu d'un pantalon noir, et d'un sweat-shirt blanc à capuche, les cheveux bruns et courts, masque noir. "Je m'appelle Yassine Abaaoud, je suis né le 17 août 1995. Je suis étudiant et célibataire", commence-t-il. 

Le président lui rappelle alors la règle : "La loi française prévoit que vous devez faire une déposition spontanée. Que pouvez-vous nous dire ?". "Je suis désolé pour toutes les victimes, les personnes innocentes tuées dans les quatre coins du monde. Je ne sais pas si je vais pouvoir être d'une grande utilité par rapport à ce procès", prévient le jeune homme. 

"Il a dit que les attentats de Charlie Hebdo, ça n'était que le début"

Faute de déclaration spontanée, le président de la cour d'assises spéciale, Jean-Louis Périès, lui pose alors des questions sur son frère, chef opérationnel présumé des attentats du 13 novembre 2015. "Par rapport à mon frère Abdelhamid, je ne sais rien. Notre famille est dans le doute, car on n'a pas vu son corps, ni de photo. Il y a des légendes qui circulent pour dire qu'il serait encore en vie et que c'est pas lui qui a commis ces attentats", explique Yassine Abaaoud. Plusieurs fois pendant son audition, il répètera que la famille était "sceptique" quant à son décès.

Au sujet de la radicalisation de son aîné et de ses projets macabres, il assure qu'il ignorait tout. "Je ne comprends pas pourquoi j'ai été détenu au Maroc", affirme Yassine Abaaoud. Il y a été condamné pour "apologie du terrorisme" et "non-dénonciation de crimes terroristes" après le départ de son frère Abdelhamid Abaaoud en Syrie en janvier 2014, avec leur petit frère Younès alors âgé de 13 ans.

"Mon frère a quitté le domicile familial quand il avait 16 ans, je ne connaissais pas ses activités, ses fréquentations. Après un séjour en Égypte, je ne l'ai plus revu", assure-t-il. Il prétend l'avoir eu au téléphone pour la dernière fois en janvier 2015. "Il a dit qu'il venait d'y avoir les attentats de Charlie Hebdo et que ça n'était que le début".

Le président et ses deux assesseures le mettent alors face à plusieurs contradictions au cours de ses interrogatoires. Plusieurs fois, Yassine Abaaoud conteste avoir tenu les propos rapportés dans les procès verbaux. Il conteste aussi que son frère Abdelhamid lui ait demandé de le rejoindre en Syrie, d'avoir été en contact avec les accusés, ou d'avoir aidé les terroristes.

"La situation nous a échappé"

Me Giffard, avocate de partie civile, tente d'obtenir des réponses autrement : "Vous avez perdu deux frères (Le petit Younès serait, lui aussi, mort en Syrie ndlr) ça a dû entraîner un choc dans votre famille...". "Je préfère ne pas en parler", rétorque Yassine Abaaoud. 

Elle reprend :"Pour les parties civiles… ". Le témoin l'interrompt :"Je vais vous répondre. Ma famille s'est brisée, en gros ça n'a pas été facile pour aucune personne. On espère toujours le retour de mon petit frère. Et on en paye encore les pots aujourd'hui. On était des commerçants sans histoire et tout a changé. Vivre ici en Belgique sans mes parents. Mes parents sont séparés. Ça a pas été facile et c'est toujours pas facile". 

Il poursuit :"Ma mère dit que ses yeux n'ont pas toujours assez profité de mon petit frère. Ça nous a brisé le cœur, c'est surtout lui, il ne savait pas où il allait". Il se met alors à pleurer et troublé, demande à l'avocate de répéter sa question.  "On a tous reçu une bonne éducation. On sait ce qui est bien et pas bien. Pour ce qui est des événements, la situation nous a échappé", continue-t-il. 

Et de conclure : "Personne ne m'a mis en garde par rapport aux dangers. J'étais étudiant, j'avais une petite amie. Les policiers sont venus me chercher. Ils voulaient m'utiliser comme un pion pour arriver à mon frère. Dieu merci, je suis toujours là. J'aurais pu basculer dans un autre camp, dans un autre univers."


Aurélie SARROT

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