Procès du 13-Novembre : la sœur du terroriste Samy Amimour dit sa "honte" de porter ce nom

Publié le 10 décembre 2021 à 22h42, mis à jour le 17 décembre 2021 à 13h04
Procès du 13-Novembre : la sœur du terroriste Samy Amimour dit sa "honte" de porter ce nom
Source : Benoit Peyrucq/ AFP

JUSTICE – Le père et la sœur de l'un des kamikazes du Bataclan ont témoigné ce vendredi à la barre. Les questions d'avocats des parties civiles ont suscité l'ire de l'un des accusés.

Son nom est connu de tous. Azdyne Amimour, père de Samy Amimour, l'un des trois kamikazes du Bataclan, a écrit un livre (Il nous reste les mots) avec Georges Salines, père de Lola, décédée dans la salle de spectacle. Ensemble, ils œuvrent désormais contre la radicalisation. 

Dans l'ouvrage, Azdyne Amimour avait raconté notamment avoir tenté de récupérer son fils en allant le chercher en Syrie. Pourtant, au cours de sa garde à vue qui a débuté le 16 novembre 2015, il avait affirmé être allé en Syrie il y a bien longtemps, en 1968 ou 1969. Un décalage relevé il y a quelques jours dans un article de Libération et dont beaucoup ont parlé dans la salle d'audience. Ce vendredi, au procès, le retraité âgé de 74 ans, cheveux blancs, veste beige et pull jaune, a assuré être bien allé en Syrie pour tenter de ramener son fils et a reconstitué le fil des événements jusqu'aux attaques. 

"Un parcours scolaire sans faute"

Azdyne Amimour explique ainsi que son fils, né le 15 octobre 1987, a eu "une bonne éducation, un parcours scolaire sans faute, collège, brevet, bac du premier coup et s'est inscrit pour une licence en droit." Sa femme, ses deux filles et Samy vivent à Drancy. Lui fait des allers retours entre la France et la Belgique où il travaille. 

"Après tout s'est passé à une vitesse vertigineuse. Il s'est intéressé à la religion. Vers 2012, il a fréquenté la mosquée, a changé sa façon de s'habiller, il mettait un qamis. J'étais inquiet".  Puis en septembre 2013, Samy Amimour dit à sa famille qu'il part avec des copains dans le sud de la France. Il embrasse son père. "J'ai un peu tiqué, il ne m'embrasse jamais"

Quelques jours plus tard, Samy Amimour appelle ses parents, dit qu'il est en Syrie, qu'il y fait de l'humanitaire au sein de Jabaht Al-Nosra. Le père de famille apprendra plus tard que cette 'association' est liée à Al-Qaïda. En juin 2014, Azdyne Amimour part pour tenter de le ramener en France. Il comprend sur place que son fils a rejoint Daech. Et après un séjour de quatre jours et une intoxication alimentaire, il rentre, seul. "Mon fils a été complètement lobotomisé. Là-bas, il était comme sous contrôle". 

Plusieurs avocats de la partie civile l'assaillent alors de questions. Me Rimailho lui rappelle que son fils avait été mis en examen en 2012 pour "participation à une association de malfaiteurs terroriste" et placé contrôle judiciaire. Des éléments témoignant de son attrait pour le djihad et l’organisation Al-Qaïda avaient notamment été retrouvés au cours des perquisitions. Samy Amimour est parvenu à rejoindre la Syrie avant son procès. Me Dewavrin ne comprend pas pourquoi, après qu'il a tenté de ramener son fils de Syrie, il est allé parler à des médias (TF1 et Le Monde) et pas à la police. "Je me suis dit : 'Qu'est-ce qu'ils peuvent faire, il est déjà là-bas'", répond le témoin.  Une autre lui demandera également "Pourquoi ne pas coupé Internet à son fils"...

"J'étais pas du tout au courant"

Maya Amimour, sœur cadette de Samy Amimour sera, elle aussi, sous le feu des questions. À la barre, cette accompagnatrice d'enfants âgée de 28 ans, cheveux aux épaules, lunettes, piercing dans les oreilles lâche d'emblée : "J'étais pas du tout au courant de ce qui allait se passer. J'avais l'interdiction d'être en contact avec lui depuis mars 2015". Le 6 mars 2015, en effet, elle avait été mise en examen pour avoir servi d’intermédiaire à deux femmes désirant rejoindre son frère Samy en Syrie. 

Avant le départ de ce dernier, elle décrit son aîné comme quelqu'un "d'introverti, de timide", dont elle s'est éloignée à l'adolescence. Elle aussi a noté un changement vestimentaire en quand il est entré à la RATP (en 2012). "Aller à la mosquée était devenu son quotidien. Il s'était endurci dans la religion. Il n'avait plus de contact avec ses amis d'enfance". Il traitait aussi sa mère de "mécréante" mais celle-ci était face à cela "impuissante".

Mohamed Abrini sort de ses gonds

Maya Amimour assure comme son père n'avoir jamais vu la vidéo de revendication où son frère décapite un otage. Elle affirme aussi que le sujet de la Syrie n'était pas abordé à la maison. "Je pense que tout le monde a voulu protéger tout le monde, que ma mère ne soit pas triste, ça a dû faire un cercle vicieux". 

"Qu'avez-vous ressenti quand vous avez appris l'implication de votre frère dans les attentats ?" interroge Me Dewavrin. "Six ans après, je lui en veux toujours. Je suis honteuse, honteuse de porter ce nom. Il y a toujours ce sentiment de honte. Je suis ici par rapport à ses actes, par rapport au massacre qu'il a fait et j'ai honte par rapport aux victimes de passer devant elles. C'est plus que de la honte, il n'y a pas de mots assez forts pour décrire ça", répond Maya Amimour en pleurs. 

Mohamed Abrini, accusé, sort de ses gonds, se lève et hurle dans le box : "Ces gens-là sont innocents, c'est pas possible, ils n'ont pas à avoir honte, ils n'ont pas à s'excuser. Vous accusez des témoins !" Le président le reprend, et lui demande à plusieurs reprises de se rassoir. Il finira par le faire. L'audience doit reprendre mardi, à 12h30. 


Aurélie SARROT

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