JUSTICE – La cour a ordonné ce mardi une contre-expertise de Salah Abdeslam, testé positif au Covid fin décembre, comme le demandaient ses avocats. L'audience doit reprendre mardi prochain.

"Degré de contagiosité", "symptômes", "toux", "isolement", "asthénie". Au procès des attentats du 13-Novembre 2015, la salle d'audience avait des allures de cabinet médical ce jeudi. 

Et pour cause. Salah Abdeslam avait été testé positif au Covid le 27 décembre 2021. Mardi dernier, à la reprise de l'audience, le président avait indiqué que l'experte mandatée par ses soins avait relevé dans son rapport du 3 janvier que Salah Abdeslam était "apte" à comparaître à compter du jeudi 6 janvier, "sous réserve de la négativité" du test PCR pratiqué lundi 3 janvier à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis. 

Dans un second rapport réalisé mercredi 5 janvier, l'experte indique le test PCR de Salah Abdeslam est "positif à un titre très faible compatible avec l'évolution favorable de l'infection et avec la levée de la mesure d'isolement". Mais précise, contrairement à ce qu'elle avait indiqué deux jours plus tôt, que malgré sa positivité, Salah Abdeslam est apte "tant sur le plan médical que sanitaire à assister aux audiences". De quoi susciter bien des réactions ce jeudi dans le prétoire et dans le box, où Salah Abdeslam avait retrouvé sa place. 

"Deux rapports d'expertise sont d'une fumisterie totale"

Comme ils l'avaient fait mardi, les avocats de Salah Abdeslam ont demandé ce jeudi une contre-expertise. "On a un détenu symptomatique. Il a des symptômes qui se sont déclarés le 23 décembre. Un test a été réalisé 4 jours plus tard. Ce test s'avère positif", a fait savoir Me Ronen, rappelant que son client étant "toujours positif" ; il pouvait "contaminer les autres accusés et les gendarmes dans le box ". 

"Quel intérêt Salah Abdeslam a à gagner du temps ? Nous n'avons aucun intérêt à demander cela. Nous vous demandons de juger quelqu'un qui soit en état de comparaître. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Pour la sécurité de tout le monde et pour la bonne tenue de cette audience, il est nécessaire aujourd'hui d'interrompre cette audience et de savoir ce qu'il en est de l'état de santé de M. Abdeslam" ", a insisté Me Ronen.  

Me Vettes, autre conseil du seul survivant du commando du 13-Novembre 2015, plaide à son tour, souligne que son client tousse ans le box. "L'objet de ce procès n'est pas de tenir un calendrier d'audience, mais de juger les accusés de façon équitable, qu'ils soient à même de se défendre au mieux. Tel n'est pas le cas aujourd'hui de M. Abdeslam". Pour lui, "ces deux rapports d'expertise sont d'une fumisterie totale". "A 48 h d'intervalle, l'expert dit tout est son contraire. Cela le discrédite d'un point de vue médical et scientifique" a-t-il ironisé. 

"Vacciné ou pas, c'est pas tes affaires"

De quoi faire réagir sur les bancs des parties civiles. Me Reinhart et d'autres de ses confrères s'opposent à la contre-expertise. "L'infection de M. Abdeslam ne me semble pas ni mortelle ni difficile à vivre" a estimé l'avocat avant d'insister sur les bienfaits de la vaccination. "Qu'il soit vacciné ou pas, c'est pas tes affaires. C'est pas tes affaires" s'est alors agacé l'accusé Sofien Ayari dans le box. 

Me Chemla, autre avocat de partie civile, est, lui aussi, pour que l'audience reprenne, vu que les risques de contagion ne sont plus là. "Il n'y a pas à perdre davantage de temps que nous l'avons fait cette semaine", a-t-il dit.

Plusieurs avocats de la partie civile ne sont pas d'accord et sont pour la contre-expertise, comme l'ensemble des avocats de la défense. L'avocate générale, elle, s'y oppose. "Je vous demande de ne pas faire droit à cette demande de contre-expertise. Subordonner la reprise de l'audience à un test négatif de M. Abdeslam serait prendre le risque de décaler cette audience de plusieurs semaines. D'autant que "Salah Abdeslam a dit à la maison d'arrêt que c'était la dernière fois qu'il consentait à faire un test PCR", a-t-elle fait savoir. 

Le parquet n'obtiendra pas gain de cause. Après trois heures de délibération, la cour a d'assises spéciales de Paris Jean-Louis Périès a décidé de faire droit à la demande de contre-expertise médicale réclamée par les avocats de Salah Abdeslam. Le président l'a ordonnée pour déterminer si Salah Abdeslam était "apte" à comparaître et pour indiquer "toute mesure sanitaire" nécessaire.  Il a aussi demandé "toute précision utile sur la contagiosité d'un détenu non vacciné encore positif après la période d'isolement de 10 jours"

"Le rapport devra être remis au plus tard le 10 janvier. L'audience est renvoyée au 11 janvier sous réserve d'un résultat négatif dont vous serez avisés. L'audience est levée, elle reprendra mardi à 12 h 30" a conclu Jean-Louis Périès.


Aurélie SARROT Aurélie Sarrot

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