Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

Procès du 13-Novembre : "Donnez-moi la chance de retrouver ma famille", ces mots de Salah Abdeslam qui ne passent pas

Aurélie Sarrot
Publié le 14 avril 2022 à 22h45
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

L'interrogatoire de Salah Abdeslam s'est poursuivi ce jeudi.
Le seul survivant du commando djihadiste du 13-Novembre a fait des déclarations qui ont suscité l'émoi.
D'autres questions doivent lui être posées vendredi.

Il avait dit qu'après avoir fait usage de son droit au silence lors de son précédent interrogatoire, il souhaitait à présent, pour ce nouvel exercice, "s'exprimer", que c'était sa "dernière chance de le faire", et qu'il le ferait "du mieux" qu'il pourrait.  

Mercredi donc, Salah Abdeslam a fait des déclarations inédites, indiquant pour la première fois qu'il était allé dans un café du 18e arrondissement de Paris le 13 novembre 2015 avec sa ceinture explosive mais qu'il avait renoncé à la déclencher "par humanité" et après avoir vu "ces jeunes (...) danser et rigoler" dans ce bar. 

"Pour beaucoup, je suis la cause de tous ces décès"

Ce jeudi donc, les représentants du ministère public et les avocats étaient impatients de lui poser des questions. Salah Abdeslam confirme qu'il adhère aux thèses de l'État islamique, répètera qu'il ne se souvient plus de l'adresse de ce café dans lequel il devait se faire exploser, qu'il n'était pas prévu sur les attaques avant le 12 novembre… Mais surtout, il suscitera l'émoi dans la salle d'audience en osant quelques mots à l'adresse des parties civiles. 

"J'ai éprouvé de la compassion pour ces personnes qui sont décédées, c'est des scènes d'horreur que l'on voit encore, aujourd'hui en Ukraine par exemple. Pour beaucoup de personnes ici, je suis la cause de tous ces décès. Les mots ne pourront pas en tout cas ramener les personnes qui sont parties", lance Salah Abdeslam répondant à une question de Me Aurélie Cerceau, avocate de parties civiles.

Pensant aux victimes venues témoigner à la barre au procès, il ajoute : "J ai vu en elles qu'elles sont ressorties plus fortes de toutes ces épreuves-là, plus cultivées, et avec une sensibilité. Elles ont acquis des qualités que l'on ne peut pas acheter au supermarché et que l'on peut acquérir que dans ces épreuves". Insupportable pour les parties civiles dans la salle. L'une d'elle se lève et part. Une autre applaudit, écœurée d'entendre ce discours et crie un ironique : "Merci". 

"Ne pas laisser la rancœur vous dévorer"

Me Aurélie Cerceau évoque alors un de ses clients aux blessures invisibles, effondré, et qui ne se remettra sans doute jamais de ce qu'il a vécu ce 13 novembre 2015. Elle demande à l'accusé de 32 ans, seul survivant du commando djihadiste de ce funeste jour, ce qu'il pense de cela. "Je sais pas si les victimes que vous représentez ont de la rancœur ou de la haine envers moi, mais tout ce que je peux leur dire c'est de ne pas laisser la rancœur vous dévorer", répond l'accusé. 

Il enchaîne : "Vous êtes dans une position de force et moi de faiblesse. Vous avez la possibilité aujourd'hui de pardonner et d'avancer. Donnez-moi une chance de retrouver ma famille, les personnes que je chéris, donnez-moi l'opportunité de retrouver ma famille."  "Jamais ! Jamais", hurle une partie civile sur l'un des bancs dans la salle. 

Le président demande que l'on "garde son calme" et envisage de suspendre l'interrogatoire. "Je m'excuse si j'ai froissé des personnes. J'entends votre colère et votre haine", assure pour sa part Salah Abdeslam.

"Trop c'est trop"

Un peu plus tard, devant la salle d'audience, Olivier, 33 ans, partie civile qui avait vivement réagi, nous explique son geste. "Il y avait une forme de trop plein des parties civiles. Après, des parties civiles m'ont transmis un petit mot pour me remercier d'avoir exprimé tout haut ce qu'elles pensaient tout bas au moment où Salah Abdeslam a demandé à pouvoir rejoindre ses proches, revoir sa famille rapidement. Je suis désolé, il ne faut pas se foutre de la gueule du monde", estime le trentenaire. 

Et d'ajouter : "Ça a été rappelé notamment par l'avocat général, il y a suffisamment d'éléments dans ce procès qui démontrent que Salah Abdeslam est bien impliqué dans les responsabilités du 13 novembre, donc j'ai simplement exprimé le fait que trop c'est trop."

L'interrogatoire de Salah Abdeslam doit se poursuivre vendredi, avec la suite des questions des avocats des parties civiles et celles de la défense. 


Aurélie Sarrot

Tout
TF1 Info