Procès du crash de la Yemenia :"J'ai senti comme une décharge électrique puis, le trou noir", raconte la seule rescapée

Aurélie Sarrot
Publié le 23 mai 2022 à 13h56, mis à jour le 23 mai 2022 à 23h20
JT Perso

Source : TF1 Info

La seule rescapée du crash de la Yemenia, qui a fait 152 morts en 2009 au large des Comores, a témoigné lundi devant la 31e chambre correctionnelle de Paris.
Bahia Bakari avait 12 ans au moment du drame.
Sa mère, avec qui elle voyageait, est décédée.

C'est une jeune fille qui semble avoir toujours le sourire aux lèvres. Pourtant, Bahia Bakari a vécu un drame le 29 juin 2009. Alors qu'elle est âgée de 12 ans, elle part de l'aéroport de Roissy avec sa mère pour des vacances aux Comores. Après une escale à Marseille, la mère et sa fille changent d'avion à Sanaa, au Yémen. Un vol qui n'arrivera jamais à destination. L'avion s'écrase, ne laissant qu'une seule rescapée parmi les 153 passagers et membres d'équipages : Bahia Bakari. 

Ce lundi, la jeune femme aujourd'hui âgée de 25 ans est venue livrer un témoignage poignant devant la 31e chambre correctionnelle de Paris. Chemisier et pantalon blancs, cheveux tirés en arrière, la jeune femme décline son identité et son âge à la cour avant raconter comment, en quelques secondes, tout a basculé. 

"J'étais dans un état d'excitation, c'était mon premier voyage en avion et l'occasion de revoir ma famille", dit-elle en préambule avant de revenir en détail sur les instants qui ont précédé le drame. "C'était un vol de nuit. (...) On pouvait suivre la trajectoire de vol. Je me suis lavé les dents, je me suis recoiffée. Je me souviens qu'un monsieur m'a demandé mon dentifrice", dit-elle avec un rire discret.

Elle poursuit : "Je suis retournée m'asseoir. Les voyants de sécurité se sont rallumés, les hôtesses ont vérifié qu'on avait bien attaché nos ceintures. J'ai compris qu'on était en phase d'atterrissage. Puis, il y a eu des turbulences".

"Je me retrouve dans l'eau"

Bahia Bakari explique qu'ensuite, elle a senti "comme une décharge électrique puis, le trou noir". "Je me retrouve dans l'eau. Je vois autour de moi trois débris. J’agrippe le plus grand en espérant monter dessus. J’y arrive pas. Dans l'eau, je prends conscience qu'il y a des voix de femmes qui appellent à l'aide. Je finis par m'endormir. Il n'y a plus personne, je suis toujours attachée à mon débris. Je vois dans l'eau d'autres débris. Je comprends que je suis toute seule."

Au loin, l'adolescente aperçoit un bout de terre et essaie de le rejoindre. "C'était très compliqué, je ne voyais pas comment j'allais m'en sortir. J'ai trouvé le temps très très long. Je n'avais plus d'espoir, j'ai voulu lâcher."

La jeune fille pense alors à sa mère et parvient à s'accrocher grâce à cela. "Je savais qu'elle n'aurait pas aimé que je baisse les bras", confie-t-elle. 

Puis l'inespéré arrive, Bahia Bakari entend "des voix d'hommes" qui l'appellent. "Je lâche mon débris, mais c'est très compliqué. Un homme descend pour m’aider à monter à bord du bateau. À l’hôpital, on m’annonce que je suis la seule qu’on a retrouvée. Je suis très vite rapatriée en France."

Brûlures, fractures, troubles du sommeil

À l'hôpital Trousseau où elle est prise en charge jusqu'à la fin du mois de juillet, les médecins constatent de multiples fractures et brûlures. Ils notent aussi des troubles du sommeil avec des cauchemars fréquents. "Je suis restée à l’hôpital une vingtaine de jours, j’ai subi des greffes de peau", explique Bahia Bakari.

À sa sortie, la pression médiatique est difficile à gérer pour elle. "Je suis de nature timide", souligne la jeune femme avant que les larmes ne perlent sur son visage à l'évocation de sa maman décédée dans le crash. "Ma petite sœur avait 10 ans au moment des faits et le dernier avait 2 ans (...) Ma mère s'occupait de tout. Mon père s'est retrouvé tout seul pour gérer ça. Ça a été très difficile de gérer le deuil. J'étais très proche d'elle", dit l'aînée d'une fratrie de quatre enfants. Dans la salle, plusieurs personnes pleurent également, certaines quittent la salle. 

À la fin du témoignage de la jeune fille, la présidente ainsi que les avocats des parties civiles comme de la défense ont salué son "courage" et sa "dignité.  Face à la presse, Bahia Bakari conclut par ces mots : "On a souvent tendance à mentionner une petite fille qui a survécu, mais c'est aussi un drame et avant tout un drame puisqu'il y a des personnes qui ont disparu ce jour-là. Si la justice est rendue, je me sentirai moins obligée de venir raconter mon drame devant les médias". Très vite après l'accident, Bahia Bakari qui "a toujours refusé que cet accident définisse" sa "vie", est remontée dans un avion pour "voyager" et "voir" sa mère, enterrée aux Comores. 


Aurélie Sarrot

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