Procès Fouquet : avant le verdict, les accusés clament leur "innocence"

Maud Vallereau
Publié le 13 avril 2016 à 11h38
Procès Fouquet : avant le verdict, les accusés clament leur "innocence"
L'essentiel

COMPTE-RENDU - Les accusés ont nié une dernière fois leur participation au braquage avorté et à la fusillade mortelle qui a coûté la vie à la policière municipale Aurélie Fouquet, le 20 mai 2010, à Villiers-sur-Marne. Après sept semaines d'audience, le verdict est attendu ce mercredi en fin de soirée.

Tour à tour, ils se sont levés, se sont avancés vers le micro, et ont répété les mêmes mots : "je n'ai rien fait", "je suis innocent"... Après sept semaines d'audience, la cour d'assises de Paris a une dernière fois donné la parole, ce mercredi matin, aux huit hommes poursuivis dans le procès du meurtre de la policière municipale Aurélie Fouquet.  

Un acquittement et des peines allant de 3 à 30 ans de prison ont été requis lundi. "M. le président, je pense que tout a été dit, pour ces faits, je suis totalement étranger, je n’ai rien fait", a brièvement déclaré le médiatique braqueur Redoine Faïd avant de se rasseoir. Pour celui qu'elle a placé "au centre" de l'organisation du projet criminel, l'avocate générale Maryvonne Caillibotte a réclamé 22 années de prison. Auxquelles son avocat, Me Saint-Palais, a répondu par "l'acquittement", clamant l'"erreur judiciaire" et le manque de preuves matérielles pouvant faire tomber son client. 

"Je suis un vrai innocent"

Le 19 mai 2010, la veille des faits, Redoine Faïd avait été filmé par des caméras de vidéosurveillance dans une station-service au volant d'un véhicule qui semblait ouvrir la voie à un convoi de deux fourgons. Lesquels seront impliqués le lendemain dans la fusillade mortelle. Durant le procès, Redoine Faïd a déroulé une histoire rocambolesque pour expliquer comment il s'était retrouvé là. L'ancien gangster dit "repenti" n'est pas poursuivi pour le meurtre de la policière, contrairement à Rabia Hideur, Daouda Baba et Olivier Tracoulat (jugé en son absence). Trente ans de prison ont été requis à leur encontre. "Je suis un vrai innocent, je ne suis pas un meurtrier, je serais incapable de retirer la vie de votre fille", a juré Rabia Hideur, la voix tremblante, à la famille d'Aurélie Fouquet, assise sur le banc en face. 

"Je ne veux pas payer pour ce que je n'ai pas fait. Toute ma vie j'ai été coupable, mais je suis vraiment innocent", s'est aussi défendu Malek Khider pour lequel une peine de 25 ans a été demandée. Il est le seul homme à avoir reconnu faire partie du commando qui projetait d'attaquer un fourgon blindé le 20 mai 2010. Lui était dans la deuxième équipe qui n'a pas pris part à la fusillade mortelle. Il est également jugé pour un autre braquage raté en décembre 2009 à Gentilly. Les quatre derniers accusés comparaissaient eux pour leur soutien logistique : vols et maquillage des véhicules volés, fabrication d'explosifs...

Jean-Claude Bisel encourt notamment trois ans de prison pour avoir veillé le soir des faits Olivier Tracoulat, blessé par la police. Le fuyard n'a jamais été retrouvé, la rumeur le dit mort. "J’ai ouvert une porte et ce n'était visiblement pas la bonne, elle m’est revenue en pleine figure", a dit ce matin Jean-Claude Bisel qui pensait avoir fait preuve de bonne volonté devant la cour. Face à l'émotion de la famille, il avait promis qu'il parlerait. Il avait alors raconté que cette nuit-là, Olivier Tracoulat lui avait confié : "J'ai tiré sur les condés". Mais les révélations s'étaient arrêtées là et la loi du silence avait repris ses droits. Ce qui avait eu don d'agacer l'accusation.

EN SAVOIR + >> Face à l'émotion de la familles, un accusé craque

Les sept semaines de procès n'auront pas permis de faire éclater la vérité tant attendue par les proches de la victime. "A la question de savoir qui (a tiré) et pourquoi, Elisabeth Fouquet (la mère d'Aurélie, ndlr) n a pas eu de réponses de la part des accusés. Mais elle en a eu grâce à la justice, a commenté en fin de matinée son avocat Me Lienard. Et elle a la certitude d'avoir vu en face d'elle des coupables et non des innocents". 

Désormais, ce sont plus de 280 questions qui attendent les jurés partis délibérer en fin de matinée. Entre leurs mains, peu de preuves matérielles, mais un faisceau d'indices auxquels sont venus s'ajouter les alibis abracadabrantesques des accusés à la barre. "Il vous faut regarder chaque élément l'un à côté de l'autre pour avoir une cohérence. Quand vous aurez aligné tous les hasards, vous verrez qu'il ne s'agit plus du hasard", avait fait valoir l'avocate générale qui en avait appelé au "bon sens" des jurés. "Le bon sens, ça ne suffit pas. La preuve, où est-elle ?", avait asséné en écho la défense, rappelant que le doute doit profiter à l'accusé. Dans quelques heures, les jurés rendront leur verdict. Comme leur a rappelé le président, "la loi ne leur fait que cette seule question, qui renferme toute la mesure de leurs devoirs : 'Avez-vous une intime conviction ?'".

EN SAVOIR +
>>  Notre dossier complet sur l'affaire >>  "Aurélie vous regarde et vous demande pourquoi"
>>  Procès Fouquet : "J'étais en présence du tireur"