Meurtre de Maëlys : Nordahl Lelandais condamné à perpétuité

Procès Lelandais : enfant "chouchou", "extrême violence"... Le portrait de l'accusé par deux psychologues

La rédaction de TF1info
Publié le 14 février 2022 à 13h44, mis à jour le 14 février 2022 à 17h37
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Deux experte-psychologues ont témoigné ce lundi devant la cour d'assises de l'Isère.
Nordahl Lelandais y est jugé pour le meurtre de la petite Maëlys De Araujo, en août 2017.
Les deux spécialistes ont décrit l'accusé et son évolution au fil du temps.

Un enfant "chouchou", "plein d'admiration pour son père", un "assez bon élève"... Voici ce par quoi a commencé l'experte psychologique, ce lundi 14 février au matin, pour décrire Nordahl Lelandais, qu'elle a rencontré plusieurs fois depuis son placement en détention. Un enfant qui a toutefois souffert d'énurésie (émission d'urine non maîtrisée de l'enfant) jusqu'à l'âge de 8 ans. "Il a tellement été idéalisé par ses parents qu’il a du mal à dire qu’il a des difficultés", précise la spécialiste. 

Pendant de longues heures, cette clinicienne a progressé au travers les années, montrant la transformation du petit garçon devenu adulte. Elle rappelle qu'en 2001, il s'engage dans l'armée, indique qu'il a un premier chien, "Noc", "con en verlan", puis un autre, Tyron. "Il dit que c’est l’amour de sa vie. Ses chiens vont jouer des réalités affectives qui vont combler un manque. Avec eux, pas d’abandon", poursuit-elle.

Puis Nordahl Lelandais atteint son grade de caporal et met un terme à son contrat avec l’armée en 2004. "Il va refuser une mutation, car il ne voulait pas partir loin de chez lui. (…) Après l’armée, dont il est reformé P4, c’est la surenchère. Il y a une forme de marasme affectif. Il préfère l’intérim pour ne pas être attaché à une dynamique d’entreprise. C’est de l’indifférence et de la honte narcissique", précise la psychologue.

La professionnelle explique ensuite que "sur le plan professionnel, c’est parfois précis". En revanche, "sur le plan affectif, c’est tout le temps flou". "Il a organisé cela avec une bouée de femme. Ce n’est pas un collectionneur, mais il y en avait toujours une au cas où", explique l'experte.

Selon elle, Nordahl Lelandais "est tiraillé entre la douleur de la séparation et le bonheur de connaître une relation." Qu'en est-il des relations avec les hommes ?"Il n'y a pas de pénétration, mais de la masturbation, des caresses", dit-elle. Ce sont des hommes rencontrés sur Internet, "pour la curiosité".  

À la psychologue, il parlera d’actes pédophiles à l’été 2017 en évoquant des attouchements sur ses deux petites cousines qui dormaient." C’est important le fait qu’elles dormaient : il évite le regard de l’autre. Il justifie cela en parlant d’excitation de la nouveauté. L’accusé a une appétence pour les excitations."

La présidente demande si, dans le cas d'une rupture (avec une femme, ndlr), si elle est décidée par l’autre, il peut être violent ? "Oui, c’est une blessure narcissique. Il craint de subir une contrainte et d’avoir une douleur affective. Il lui faut une bouée", répond la psychologue clinicienne qui répète ce terme de "bouée". 

Concernant l'année 2017, et plus précisément le mois d'août, l'experte dit que Nordahl Lelandais présente "un risque d’irruption de vécu angoissant". "En août 2017, il est déjà dans des modalités de défense : consommation de cocaïne… Dans la voiture, ce n’était pas Maëlys, mais Arthur Noyer. C’est un élément de dissociation", détaille-t-elle.  Nordahl Lelandais a déclaré avoir vu en "hallucination" le visage du caporal Arthur Noyer qu'il avait tué quelques mois plus tôt, l'experte estime qu'il "est dans une autre réalité à ce moment-là, tout en étant tout à fait conscient". 

Elle rapporte ce que lui a confié l'accusé au cours de leurs rendez-vous : "Dans la voiture, la scène traumatique d’Arthur Noyer revient. Le crime du caporal lui donne une construction traumatique. Selon lui, c’est dans ce contexte que les coups ont été donnés. Il dit que c’est un contexte de peur", précise la psychologue clinicienne.

"Cette dissociation est peut-être organisée par une scène traumatique. Les coups sur Maëlys viennent effacer l’angoisse dans laquelle il est plongé. Il n’y a pas de sadisme", souligne-t-elle.

"Comment voir le visage d’un homme qu’on a tué devant celui d'une petite fille de 9 ans ? Cela paraît très surprenant. Pour ma part, je n’y crois pas", a réagi peu après Me Yves Crespin, avocat de deux associations d'aide à l'enfance.

La mère de Maëlys quitte la salle d'audience

L'avocat de Nordahl Lelandais se lance ensuite dans une série de questions.

- "Vous parlez d’effondrement narcissique. Est-ce un tricheur et un manipulateur ? Avez-vous cette perception de lui ?", demande Me Jakubowicz.

-" Il n’arrivait pas à parler. Pour lui, c’était une catastrophe. Le clivage et le secret se lèvent au grand jour", répond la psychologue.

- "Il est effondré et pleure sur qui ?", interroge l’avocat.

- " Le 16 février 2018 (peu après qu'il a appris qu'une trace de sang de Maëlys a été retrouvée dans son coffre, ndlr), il pleure sur lui. La culpabilité suppose de l’empathie. Il n’arrive pas à s’identifier à l’autre", répond la psychologue.

Me Jakubowicz  continue : "On a parlé de monstre. On a fait des heures d’émissions TV sur lui en parlant de 'monstre'. Mais ce n’est pas humain. Tout n’est que mal chez cet homme ?". Les mots sont insupportables pour la maman de Maëlys, qui, à cet instant, quitte la salle d'audience. 

- "Pour moi, il n’y a ni haine, ni amour. Que de l’indifférence. Et c’est parce qu’il y a cette indifférence qu’il y a passage à l’acte. Autrui est un objet qui est pris et utilisé", analyse la psychologue.

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Me Jakubowicz rappelle qu'au moment des faits, son client a 34 ans. "Ce n’est pas un saint, pas un grand bosseur. Personne ne voit rien et subitement, on passe à l’extrême", relève-t-il.

-  "Chez lui, tout est allé crescendo jusqu’au premier passage à l’acte", répond la psychologue.

-"Il n’a plus de freins. Il lâche tout à 34 ans. Comment expliquez cela ?", relance Me Jakubowicz.

-" Le sujet cherche des solutions de secours : addictions, sexualité abusive, extrême. Chez lui, un univers secret se met en place", poursuit la psychologue.

"34 ans d’une vie sans passage à l’acte. Puis, des mois d’une dérive terrible où il fallait l’arrêter. C’était un chien fou, j’en conviens. Quel est votre pronostic à long terme ?", questionne l’avocat de Nordahl Lelandais. "Je vois l’extrême violence et pas la durée", admet la psychologue.

Un deuxième psychologue entendu

Après la pause méridienne, un deuxième psychologue est entendu. La défense avait contesté son rapport et obtenu l'annulation de trois passages du document. 

L'expert lit dans un premier temps des déclarations de Nordahl Lelandais au cours de l'une de leur rencontre.  Au sujet du moment passé avec Maëlys dans son Audi A3, l'accusé lui a confié qu'il avait "paniqué. "J’étais envoûté. Elle (Maëlys) ne m’a rien dit de méchant. Au contraire, elle était gentille. Je ne comprends pas", rapporte l’expert en citant les paroles de Nordahl Lelandais.  "L’alcool et le drogue lui permettent d’affirmer qu’il était étranger à ce qu’il a fait. Il considère qu’il n’était pas normal au moment de l’acte mais n’en n’assume pas la responsabilité", affirme ce deuxième expert psychologue à la barre. 

" Son histoire familiale contient des germes des actes criminels qui lui sont reprochés. Son père a répété sur son fils les propres traumatismes qu’il a vécus. Abandons, agressions sexuelles… ", dit l’expert citant plusieurs exemples qui font froid dans le dos. Puis il ajoute : "Nordahl Lelandais a exercé une emprise prédatrice sur les victimes qu’il a déshumanisées. Il existe chez lui une imperméabilité aux sentiments. Sans haine, sans amour, il approuvait un attrait pour la nature d’enfant de Maëlys " poursuit-il avant d'ajouter plus tard : "Il cherche des objets sexuels sans tenir compte de l’autre. Enfin… pas toujours."

Pour ce psychologue, l'ancien militaire "est capable d’avoir une vie ordinaire après [le meurtre]. Il revient au mariage… Pour lui, il ne s’est rien passé. Il a tout lavé, nettoyé, digéré. Il met cela dans un coin de sa personnalité. Il vit ainsi."

 Me Crespin, avocat des associations L'Enfant bleu et La Voix de l'enfant, parties civiles au procès, rappelle au témoin que vendredi dernier en début de soirée et "de manière peu spontanée", Nordahl Lelandais  a reconnu être coupable de l’intégralité des faits qui lui étaient reprochés. " C’est toujours utilitaire. Il sait où il va. Mais c’était en 2018. Est-ce qu’il est pareil aujourd’hui ? Je ne sais pas, admet ce deuxième psychologue. Il fait en sorte que les choses se passent du mieux pour lui. S’il est là aujourd’hui, c’est qu’il n’a pas eu le choix."


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