"Que la justice fasse son travail" : condamné à tort pour viol, Farid El Haïry sera fixé le 15 décembre sur sa réhabilitation

par Aurélie SARROT
Publié le 8 décembre 2022 à 12h55
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

La cour de révision a examiné ce jeudi la demande de réhabilitation de Farid El Haïry, 41 ans.
Cet homme avait été condamné en 2003 pour "agressions sexuelles" et "viol", mais son accusatrice a révélé avoir menti en 2017.
Décision attendue le 15 décembre.

Il est arrivé vers 8h45, quelques minutes avant le début de l’audience dans la Cour de cassation, entouré de ses avocats. Condamné en 2003 par la cour d’assises des mineurs de Douai pour "agressions sexuelles" et "viol" à 5 ans d’emprisonnement dont 4 ans et deux mois avec sursis, Farid El Haïry a appris il y a peu que son accusatrice avait avoué l’avoir accusé à tort en 1998, lors de ces faits imaginaires censés s'être déroulés à Hazebrouck (Nord). La cour de révision examinait ce jeudi matin la demande de réhabilitation de ce père de famille de 41 ans qui n’a jamais cessé de clamer son innocence. 

"Aujourd’hui, c’est difficile, parce que toutes ces années, j’étais innocent", a déclaré Farid El Haïry. "Tout ce que je vous demanderai, c’est que la justice fasse son travail, car je suis innocent. Parce que ma maman et mon papa sont dans un état de santé très grave, ils sont en soins palliatifs. Je voudrais juste qu’ils entendent que je suis innocent", a-t-il ajouté, avant de s'excuser, en larmes, de ne pouvoir poursuivre.

"Enfermée dans son mensonge"

Pour l’avocate générale, Julie D., l'accusatrice, "bonne élève" et fille de PDG, s'est  "enfermée dans son mensonge". "La condamnation n’a reposé que sur les déclarations certes étayées de Julie D., déclarations et accusations qu’elle a toujours réitérées." Jusqu’au rebondissement de 2017, quand Julie D. écrit au procureur de la République de Douai et "confesse avoir menti". "Monsieur Farid El Haïry n’est coupable de rien et n’a jamais commis d’actes d’agression sexuelle ou de viol sur ma personne. Je souhaite aujourd’hui rétablir la vérité. Je suis consciente de la gravité de mes actes et me suis enfermée dans un puissant déni durant toutes ces années. Je demande pardon, autant à la cour qu’à Monsieur E., sa famille et ses proches, pour ces fausses accusations", écrit-elle

Dans ce même courrier, elle affirme avoir été "victime d’incestes répétés de la part de [son] grand frère, entre 8 et 12 ans". Elle joint à sa lettre une plainte pour viol contre son aîné. Elle devra rédiger une deuxième lettre pour que les choses avancent et que cette audience ait lieu. 

"Que mes parents puissent profiter de cette bonne nouvelle"

"Je leur ai demandé de me rendre ce qui m’est dû, d’être innocenté, aussi bien pour moi que pour ma famille. Ça fait 23 ans que j’attends ça", a indiqué Farid El Haïry, très ému, à l'issue de l'audience, espérant que la justice l’ait "entendu".

"Toute ma vie a tourné autour de ce calvaire. J’étais un enfant, j’avais 17 ans, je suis passé par l’une des pires prisons. J’ai souffert. Je vous laisse imaginer le calvaire, surtout quand on est accusé de viol" a rappelé celui qui a été inscrit au fichier judiciaire des auteurs d'infractions sexuelles et violentes (Fijais) et qui a dû pointer au commissariat. "Pendant 15 ans, je me suis demandé pourquoi. Pourquoi moi ? Aujourd’hui, je sais pourquoi. Ça me soulage quelque part, mais malheureusement, je ne peux pas pardonner à cette personne un acte pareil. Je peux comprendre son mal-être, ce qu’elle a vécu, si elle l’a vécu, personne ne doit vivre de telles choses, mais détruire ma famille pour protéger la sienne, je trouve ça ignoble."

Décision le 15 décembre

Son avocat, Franck Berton, a pointé la dimension très solennelle du moment. "C’est exceptionnel, la cour de révision ne se réunit pas souvent et surtout, elle est réunie aujourd’hui à l’initiative du parquet général. Ce n’est pas l’accusé qui demande l’annulation de sa condamnation, mais le parquet général. Ce qui est exceptionnel aussi, c’est le délai de délibéré. Dans une semaine, on aura la réponse. Il n’y a aucun doute sur l’innocence de Farid, il n’y a pas besoin de lui faire un nouveau procès, on peut consacrer tout de suite cette innocence. La cour de cassation peut le faire et lui rendre sa dignité, son honneur et lui permettre de vivre enfin, lavé de tout soupçon et blanchi."

"C’est un grand moment pour la justice, c’est un grand moment pour M. El Hairy et c’est un grand moment pour ma cliente qui a souhaité rétablir la vérité et qui est à l’origine de cette procédure en révision", a insisté pour sa part Me Anne-Sophie Wagnon-Horiot, avocate de Julie D.

L’avocate générale a conclu ce jeudi à l’annulation de l’arrêt de la cour d’assises des mineurs de Douai. La décision a été mise en délibéré à jeudi prochain 15 décembre à 9 heures. 


Aurélie SARROT

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