Le scandale Dépakine

Rejets toxiques de l'usine Sanofi de Mourenx : une information judiciaire ouverte à Paris

Publié le 22 octobre 2022 à 17h52
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

C'est l'un des autres volets du scandale Dépakine.
L'usine Sanofi de Mourenx, fabriquant le médicament controversé, a émis des rejets toxiques bien au-delà des normes.
Quatre ans après les révélations de France Nature Environnement (FNE), une information judiciaire a été ouverte à Paris pour faire toute la lumière sur cette affaire.

Les rejets auraient dépassé jusqu'à 190.000 fois la limite autorisée. Dans le bassin industriel de Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, l'usine Sanofi de Mourenx a envoyé dans l'air des doses hors normes de bromopropane. Cette substance, classée comme cancérigène mutagène et susceptible d'altérer la fécondité, entre dans la composition du valproate de sodium, le principe actif de la Dépakine, un médicament accusé d'être à l'origine de troubles neuro-développementaux chez les enfants.

Suite à ces révélations, le leader français de la santé avait annoncé, en juillet 2018, l'arrêt immédiat de la production de son usine chimique, qui compte une cinquantaine de salariés, avant de redémarrer par étapes, sous contraintes environnementales et contrôles accrus. Cela n'avait toutefois pas empêché l'usine d'être épinglée, moins de deux mois plus tard, pour de nouveaux rejets "non conforme" du même produit incriminé, le valproate de sodium. 

Une procédure qui a pris du temps

Après de nombreux rebondissements dans cette affaire, un juge d'instruction du pôle Santé publique du tribunal judiciaire de Paris a finalement été chargé d'enquêter sur les rejets toxiques de l'usine de Mourenx, après les révélations de France Nature Environnement (FNE) en 2018, a appris, samedi 22 octobre, l'AFP de source proche du dossier. Une information judiciaire a été ouverte en août dernier pour mise en danger d'autrui et délit d'obstacle à agent habilité, a précisé cette source.

En juin 2020, la Fédération nationale des industries chimiques CGT, le Syndicat CGT des industries chimiques Sisteron et Mourenx et l'Union locale CGT de Mourenx, Bassin de Lacq-Orthez et environs avaient déposé une plainte avec constitution de partie civile pour obtenir la saisie de ce juge. Cette dernière avait d'abord été déclarée irrecevable. Mais, saisie par les plaignants, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a infirmé en mai cette décision et renvoyé l'affaire au juge d'instruction. Le parquet a ensuite rendu un réquisitoire introductif en août, permettant le lancement des investigations. 

Sanofi se défend de toute inaction

"Nous sommes satisfaits et espérons que cette instruction permettra aux salariés et riverains d'obtenir des réponses à leurs légitimes interrogations", a commenté auprès de l'AFP Me François Lafforgue, avocat de la CGT. "Nous demandons que les investigations soient menées dans les meilleurs délais pour rattraper trois ans dans l'instruction de ce dossier." 

INFO/INTOX : Sanofi est-il un groupe français ?Source : TF1 Info

"Nous n'avons connaissance d'aucune information judiciaire ouverte sur ce sujet", a réagi Sanofi. Le géant pharmaceutique a souligné que "le procédé de fabrication du valproate de sodium" générait "certaines émissions atmosphériques pour lesquelles aucun seuil n'était fixé jusqu'en 2018". "C'est uniquement à partir de 2018 qu'un arrêté préfectoral a établi des seuils d'émissions de valproate de sodium", s'est-elle défendue auprès de l'AFP, indiquant avoir "entrepris un large programme d'investissements sur son installation de Mourenx, qui répond à toutes les prescriptions préfectorales en matière d'émissions".  

Selon Sanofi, "une étude a été réalisée en 2017 par une société indépendante spécialisée pour évaluer l'impact sanitaire et environnemental en lien avec les émissions de valproate de sodium" et a "établi que les risques sanitaires liés aux rejets actuels et passés de valproate de sodium du site étaient inférieurs aux valeurs toxiques de référence". Le site de Mourenx, qui représente environ 75% de la production mondiale de valproate de sodium, continue quant à lui de fonctionner "normalement dans le respect des réglementations pour produire un traitement essentiel pour de très nombreux patients" souffrant d'épilepsie. 


La rédaction de TF1info

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