Depuis le début de l'année 2024, les chiffres de saisie de cocaïne sont en forte progression.
Les trafiquants ont considérablement diversifié les portes d'entrée sur le territoire français, mais aussi les modes de livraison.
Une traque continue entre narcotrafiquants et autorités, afin de trouver la moindre présence de drogue dans les bateaux.

Sur les mers, c'est un jeu sans fin du chat et de la souris entre les narcotrafiquants et les autorités. Loin des grands ports français, qui sont toujours plus surveillés, la cocaïne emprunte désormais des itinéraires bis, variés et moins exposés. C'est le cas du port de La Rochelle, sixième port de France, qui fait partie de ces ports secondaires utilisés par certains trafiquants. 

Lors de notre reportage, le commandant de la vedette des Douanes, Nicolas Picquerey, confie au micro de TF1 : "Là, nous allons contrôler un cargo qui est en zone d'attente sur La Rochelle. On a évalué qu'il méritait finalement un contrôle avant d'arriver au port de La Rochelle et de pouvoir éventuellement débarquer des marchandises sur notre territoire"

Trafic de drogue : les petits ports ripostentSource : JT 20h Semaine

Pour tenter d'empêcher l'arrivée de drogues sur le territoire français, les douaniers n'hésitent pas à effectuer des visites surprises. Notamment, lorsqu'un géant des mers leur paraît suspect. Une équipe du 20H ont pu monter à bord de celui qu'avaient repéré les douaniers, accompagnant une équipe de sept agents : "Le plan du bateau s'il vous plaît", demande l'un d'entre eux au capitaine. 

Les cargos inspectés minutieusement

Car chaque bateau est différent. Si certaines pièces sont des cachettes classiques, d'autres sont bien plus subtiles. Un des douaniers donne immédiatement des instructions à ses hommes pour commencer la vérification du bateau : "Vous descendez au niveau de la salle des machines, des locaux techniques parce que c'est toujours un endroit sensible au niveau des marchandises".

La moindre cavité peut servir de lieu de stockage.  C'est pourquoi, couloir après couloir, étage après étage, les douaniers inspectent tous les recoins de ce cargo de 135 mètres de long. Les amarres, le garde-manger ou encore la laverie, tout est passé au crible.

Des caches sous les coques

Dans la salle des machines, les douaniers sont intrigués par une différence de couleurs entre une trappe et les écrous qui la ferment, signe qu'elle a été ouverte récemment. Malgré leurs contorsions pour vérifier dans les moindres détails le boyau métallique sous la trappe, aucune trace de drogue. Mais ils le savent, les caches des trafiquants sont toujours plus ingénieuses.

Après quatre heures de fouille, c'est désormais aux plongeurs d'entrer en action pour vérifier un endroit précis sous la coque : "Ce sont les coffres des prises des hauts de mer qui permettent d'alimenter tous les circuits internes du navire dans lesquels on peut stocker plusieurs centaines de kilos", explique Thibault Brossard, officier de secteur maritime, du service garde-côtes des douanes Manche mer du Nord Atlantique. Ici non plus, les douaniers n'ont rien découvert cette fois. 

Les ports secondaires : lieu propice aux arrivées de drogues

Lorient, La Rochelle et surtout Saint-Nazaire. Les arrivées de drogues dans les ports secondaires occupent de plus en plus un procureur spécialisé dans ce domaine. Désormais, la moitié de ses dossiers concernent ce terminal en particulier. "C'est là qu'arrivent des cargos, des containers, et dans certains de ces containers de marchandises parfaitement légales, est cachée de la cocaïne", confirme Philippe Astruc, procureur de la république du tribunal judiciaire de Rennes en Ille-et-Vilaine. Saint-Nazaire reçoit 148.000 containers par an, bien loin des 3 millions traités au Havre. Pour

Mais récemment, une autre stratégie est devenue courante pour contourner les contrôles douaniers, que détaille le procureur : "Cela peut être des largages en mer par des bateaux-mères, et après, on a ce que l'on appelle des bateaux-filles, qui viennent récupérer la marchandise, et parfois elle s'échoue sur nos côtes". La mer a en effet déposé plus de trois tonnes de ballots de cocaïne sur les côtes occidentales françaises en un an. Le plus gros échouage avait eu lieu sur le littoral normand, à Réville. Une quarantaine de ballots avaient été découverts par un promeneur en février 2023, totalisant plus d'une tonne de cocaïne.

Le trafic de cocaïne est si important qu'une agence européenne de renseignement a été implantée à Lisbonne, au Portugal, pour chasser quotidiennement les narcotrafiquants des mers. Des militaires, douaniers, mais aussi fonctionnaires de neuf pays européens, ont exceptionnellement accepté d'ouvrir leurs portes aux équipes de TF1 : "Sur les murs, vous voyez les saisies récentes que nous avons réussi à coordonner ici avec des pays partenaires. En mars dernier, plus de dix tonnes de cocaïne ont été saisies par la Marine Française", nous affirme Paolo, chef des analystes du Centre Opérationnel d'Analyse du Renseignement Maritime pour les Stupéfiants. 

Les agents opèrent des croisements d'informations, qui parfois leur permettent d'importants succès. Par exemple avec ce cargo suspect, parti d'Amérique latine. Les services de renseignement irlandais avaient noté qu'un chalutier avait été acheté les jours précédant son arrivée dans les eaux territoriales de leur pays. Or, le bateau de pêche n'avait pas été acquis par des pêcheurs, ce qui leur a mis la puce à l'oreille. Bingo, une livraison en pleine mer avait bien été prévue. Le cargo a été bloqué par les autorités, et deux tonnes de cocaïne ont été découvertes à son bord.


La rédaction de TF1info | Reportage : Esther Lefèbvre, Corinne Chevreton, Lucas Lassalle

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