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VIDÉO - Affaire Apollonia : "Rien ne pourra m'être rendu", retour sur un scandale immobilier

M.L | Reportage TF1 Benoît Christal
Publié le 26 juin 2022 à 7h30
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Source : JT 20h WE

Quatorze ans après les premières plaintes contre l'entreprise immobilière Apollonia, treize prévenus seront jugés au printemps 2023.
Ils sont soupçonnés d'avoir escroqué quelque 700 clients pour près d'un milliard d'euros, en leur faisant souscrire des prêts vertigineux pour ensuite se dégager une commission sur la vente de biens.

Résidences inhabitées, projets fantômes, 14 ans de procédures judiciaires, de multiples rebondissements et près de 700 épargnants ruinés : l'affaire Apollonia, du nom d'une société qui en serait à l'origine, est la plus grande escroquerie immobilière présumée en France. "Il y a des vies détruites, des familles entières détruites", déplore Jacques Gobert, avocat des parties civiles. Parmi elles, Pascale Hoffmann, qui pensait avoir investi dans l'immobilier pour financer sa retraite. Mais depuis onze ans, la soixantenaire ne fait que rembourser des emprunts dont elle n'avait même pas connaissance. 

La société d'investissement immobilier et de conseil financier Apollonia, implantée à Aix-en-Provence, les aurait contractés à son insu, sans jamais l'en informer. "On s'est retrouvé endetté de trois millions d'euros sur 13 crédits sur cinq banques", explique-t-elle dans le reportage du 20H de TF1, à retrouver en tête d'article. L'un de ces investissements aurait dû financer une construction mais sur le terrain en question, une friche cerclée de grillages, la première pierre n'a même pas été posée. 

Pascale Hoffmann continue pourtant de rembourser les prêts souscrits. Le projet s'est transformé en enfer : les banques lui réclament aujourd'hui plus de 10.000 euros par mois. Effondré face à l'ampleur du désastre, son mari a mis fin à ses jours il y a onze ans. "J'ai tout perdu. Et rien ne pourra m'être rendu de ce que j'ai perdu, ni à mes enfants. J'ai perdu mon avenir aussi", confie-t-elle. Et pour cause, elle est encore loin de pouvoir s'extirper de cette situation : "En donnant la totalité du salaire que je touche actuellement, je n'aurai pas remboursé (les sommes) à 82 ans", calcule-t-elle.

Un habile montage financier de surendettement

L'ancien directeur de la société Apollonia, liquidée en 2011, vit toujours dans une villa de luxe à Cassis. Jean Badache, ancien commerçant, se serait enrichi au début des années 2000 au point de devenir propriétaire de 40 appartements loués et plusieurs maisons. Il aurait fait investir à ses victimes présumées près de 950 millions d'euros, dans quelque 8000 projets, en ciblant par démarchage téléphonique une clientèle aisée, souvent issue du milieu médical, qui cherchait comme Pascale Hoffmann à se dégager un patrimoine immobilier pour leur retraite. 

Apollonia leur aurait promis qu'ils pourraient autofinancer leurs achats sans aucun apport, notamment grâce aux loyers dégagés et à des avantages fiscaux. Aujourd'hui, leur surendettement grimperait de 800.000 à 4 millions d'euros, selon les dossiers. Mais l'avocat de Jean Badache est persuadé qu'il pourra obtenir sa relaxe. "C'est un excellent commercial. Peut-être qu'il a usé et abusé de ses capacités-là", admet Frédéric Monneret. Mais "si certains mensonges dans son argumentaire commercial sont établis, des manœuvres frauduleuses caractérisant le délit d'escroquerie, il n'y en a pas", assure-t-il.

Les victimes présumées affirment au contraire avoir signé des documents peu clairs, hors de toute procédure, et parfois falsifiés. La société obtenait de ses clients une procuration, lui permettant d'acheter une dizaine d'appartements en leur nom, mais à un détail près : elle les acquérait au double du prix du marché, de quoi se verser jusqu'à 15% de commission, selon la justice. Les emprunteurs se retrouvent de leur côté ruinés, les loyers perçus ne recouvrant jamais les sommes prêtées. 

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Des notaires également mis en cause

Deux notaires sont aussi poursuivis dans cette affaire : ils sont soupçonnés d'avoir escroqué leurs clients, en contractant en leur nom des dizaines de prêts, bien au-delà de leurs capacités financières, sans jamais les en informer. "Les gens ont eu confiance dans les notaires, et ils ont eu tort de le faire", cingle l'avocat des parties civiles. Et d'ajouter : "Ces offres de prêt n'étaient pas présentées, elles n'étaient pas reçues par les emprunteurs. C'est la responsabilité des banques".

Les établissements bancaires affirment de leur côté avoir été dupés, puisque les relevés bancaires et les déclarations de revenus des clients auraient été modifiés par la société, d'après Le Monde. Ils ne sont pas poursuivis par la justice, et 26 d'entre eux se sont même finalement constitués parties civiles. Pourtant, ils réclament encore aux 690 parties civiles le remboursement de ces emprunts réputés frauduleux. "Je crains tous les jours de recevoir des actes, d'être condamnée à payer des choses ou voir des saisies-surprise sur mes comptes, et même ceux de mes enfants", s'inquiète Pascale Hoffmann. "Sur le compte de mon dernier, qui a 14 ans, ils ont pris ses 112 euros, sur son petit livret d'épargne."

Dans ce dossier tentaculaire, Jean Badache, neuf collaborateurs d'Apollonia, deux notaires et un avocat seront jugés au printemps 2023 pour escroquerie et complicité d'escroquerie devant le tribunal correctionnel de Marseille.


M.L | Reportage TF1 Benoît Christal

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