Scandale de corruption au Parlement européen : deux élus perdent leur immunité

par M.L (avec AFP)
Publié le 2 février 2023 à 15h04

Source : JT 20h WE

L'immunité de deux eurodéputés, un Belge et un Italien, vient d'être levée par le Parlement européen.
Tous deux sont soupçonnés d'être partie prenante d'un réseau de corruption impliquant le Qatar et le Maroc, un scandale qui éclabousse l'institution bruxelloise depuis des semaines.
Les deux élus nient toute malversation.

C'est un nouveau rebondissement dans le scandale qui ébranle le Parlement européen. L'institution a levé jeudi l'immunité de deux eurodéputés visés par la justice belge dans cette affaire de corruption présumée au profit du Qatar et du Maroc. Votant à main levée, les parlementaires réunis à Bruxelles ont donné leur feu vert à la levée d'immunité du Belge Marc Tarabella et de l'Italien Andrea Cozzolino.

Tous deux pourront dorénavant être auditionnés par les enquêteurs. Désormais, "tout sera possible" : "cela ne veut pas dire forcément qu'il y aura des mesures coercitives, mais la justice se donne tous les moyens de pouvoir travailler comme pour n'importe quel justiciable", a expliqué à l'AFP Eric Van Duyse, porte-parole du parquet fédéral belge.

Les deux élus, temporairement exclus du groupe des Socialistes & démocrates (S&D), nient toute malversation. Mais Marc Tarabella, présent dans l'hémicycle, a voté pour la levée de sa propre immunité. "C'est à la justice que je livrerai les informations sur les questions que (les enquêteurs) voudront me poser. Je souhaite que la justice fasse son travail", a déclaré l'eurodéputé belge à sa sortie.

"Entre 120.000 et 140.000 euros"

Selon le rapport parlementaire sur sa levée d'immunité, rédigé par l'eurodéputée française Manon Aubry (LFI), "il ressortirait (...) de l'enquête en cours que (ce dernier), au cours des deux dernières années, est soupçonné d'avoir appuyé certaines positions au sein du Parlement européen en faveur d'un État tiers en échange de récompenses en argent liquide".

Le rapport relaie le témoignage à son encontre de l'Italien Pier Antonio Panzeri, un ancien eurodéputé socialiste devenu dirigeant d'ONG qui est actuellement inculpé et placé en détention provisoire, comme trois autres suspects dans cette affaire. Il a affirmé en décembre avoir versé "entre 120.000 et 140.000 euros" en plusieurs fois à Marc Tarabella pour son aide dans les dossiers liés au Qatar, mais ce dernier nie avoir reçu "argent ou cadeaux en échange de (ses) opinions politiques". Son domicile de la région de Liège, à l'est de la Belgique, avait été perquisitionné en décembre, sans qu'aucun argent liquide n'ait été découvert. 

Quant à Andrea Cozzolino, il était jusqu'en janvier président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec le Maghreb. Selon le rapport parlementaire, ce dernier "est soupçonné d'avoir participé à un accord avec d'autres personnes qui prévoyait une collaboration afin de protéger les intérêts d'États étrangers au Parlement européen". Et ce "notamment en empêchant l'adoption de résolutions parlementaires qui pourraient nuire aux intérêts de ces États, en échange de sommes d'argent".

Dans cette rocambolesque affaire, les enquêteurs belges ont mis la main sur 1,5 million d'euros en liquide, saisis entre autres aux domiciles de Pier Antonio Panzeri et de l'eurodéputée socialiste grecque Eva Kaili. La parlementaire, déchue de ses fonctions de vice-présidente de l'institution, est écrouée, de même que son compagnon, l'Italien Francesco Giorgi, assistant parlementaire, et un autre Italien, Niccolo Figa-Talamanca, responsable d'ONG. Ils sont inculpés d'"appartenance à une organisation criminelle", "blanchiment d'argent" et "corruption"


M.L (avec AFP)

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