Les policiers de la brigade de proximité de Pantin avaient multiplié les écarts contre certains habitants de la ville.
Le tribunal a prononcé des condamnations allant au-delà des réquisitions du parquet.
Une décision justifiée par l'importance de la fonction occupée par les policiers, a précisé la présidente du tribunal.

Coup d'arrêt pour des policiers qualifiés de "justiciers" par le parquet. Cinq policiers de la brigade de proximité de Pantin (Seine-Saint-Denis) ont été condamnés jeudi 14 septembre par le tribunal correctionnel de Bobigny. Les fonctionnaires intervenaient dans des quartiers sensibles.

En juin, le parquet avait requis jusqu'à six mois de prison ferme et deux relaxes. Les juges ont décidé d'aller bien plus loin. Âgés de 30 à 48 ans, cinq fonctionnaires de la brigade territoriale de contact (BTC) des Quatre-Chemins ont écopé de peines allant de trois ans de prison dont deux avec sursis à six mois avec sursis. Le tribunal les a déclarés coupables pour des faits de "violences" et "faux procès-verbaux" en 2019-2020, au préjudice d'habitants de plusieurs cités, connues pour héberger du trafic de drogues. Un sixième homme poursuivi a, lui, été relaxé. 

"Si les peines peuvent paraître importantes, le tribunal a eu à juger des personnes qui détiennent une parcelle de l'autorité publique, qui sont garantes de la liberté et la sécurité des citoyens et un pilier de la démocratie et de la République", a justifié la présidente du tribunal Dominique Pittilloni en conclusion de son délibéré.

Le Dictateur, l'Électricien... Des exactions en série

Le gardien de la paix Raphaël I., a écopé de la peine la plus lourde de trois ans de prison dont deux avec sursis pour de multiples violences au cours d'interpellations. Il avait frappé gratuitement un gardien d'immeuble, qui était simplement essoufflé d'avoir remonté des poubelles. Selon la décision judiciaire, il ne pourra plus exercer comme policier.

Aux côtés du gardien de la paix Yazid B., il a aussi été reconnu coupable d'avoir mené une perquisition illégale en pleine nuit, justifiant a posteriori celle-ci par un procès-verbal mensonger. Le second a été condamné à 12 mois de prison dont six avec sursis pour des coups non justifiés portés à des interpellés en plusieurs occasions.

Le tribunal a prononcé une peine de 18 mois de prison dont dix assortis d'un sursis simple contre le chef de la brigade, Christian M., surnommé "Le Dictateur". Il avait fracassé à la matraque la main d'un jeune dealer dans une pièce du commissariat en guise de leçon. La victime avait reçu 45 jours d'ITT dans la foulée.

Julien S. a écopé de huit mois avec sursis pour des coups et jets de gaz lacrymogène. Il était surnommé "L'Électricien" pour sa propension à utiliser le pistolet à impulsion électrique. Damien P., dont le parquet avait demandé la relaxe, a été condamné à six mois de prison avec sursis pour des violences. 

Des oublis et des dénégations

"Nettoyer les cités où il y a du trafic de stupéfiants, c'est une tâche honorable, mais uniquement dans le respect de la loi", a estimé le procureur Loïc Pageot lors de son réquisitoire. La BTC Quatre-Chemins donnait "l'impression d'une équipe qui se sent pousser des ailes, se voit une vocation de justiciers", avait ajouté le représentant du ministère public.

Au procès, la mémoire des prévenus et témoins s'est révélée souvent défaillante. "Je ne me souviens pas de cette intervention", a-t-on entendu à longueur des trois jours d'audience. Plusieurs fois, la thèse du "complot" a été brandie par les prévenus. Ces derniers évoquant les rivalités au sein du commissariat de Pantin.


B.L. avec AFP

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