"Si c'était à refaire, je ne le referais pas" : les derniers mots de Redoine Faïd avant le verdict de son procès

par F.Se
Publié le 23 octobre 2023 à 22h10, mis à jour le 25 octobre 2023 à 15h40

Source : JT 20h Semaine

Redoine Faïd et plusieurs de ses coaccusés ont pris une dernière fois la parole avant que le jury ne se retire.
Le braqueur multirécidiviste est jugé par la cour d'assises de Paris, pour son évasion de prison en 2018.
Le verdict est attendu ce mercredi 25 octobre.

La cour d'assises de Paris a entendu ce lundi les derniers mots de Rédoine Faïd et de ses proches, jugés pour son évasion de la prison de Réau (Seine-et-Marne) en 2018, avant de clore un procès aux airs de thérapie familiale. Les magistrats professionnels et jurés vont désormais se retirer dans un endroit tenu secret, en dehors du palais de justice, "en raison de la longueur prévisible du délibéré", a annoncé la présidente Frédérique Aline. La cour devra répondre à 194 questions. Le verdict sera rendu mercredi, a précisé la magistrate, avant de donner la parole une dernière fois à chacun des douze accusés. Parmi eux, deux frères et trois neveux du braqueur multirécidiviste. 

Mea culpa

Son tour venu, Rédoine Faïd, l'air solennel comme à chaque fois qu'il prend la parole, commence par présenter ses excuses au pilote d'hélicoptère assis en face de lui, pris en otage par son frère Rachid et d'autres ce 1ᵉʳ juillet 2018, pour aller le libérer de la prison de Réau. "Vous vous prenez la tête à faire les choses bien pour vous évader, mais ça reste violent", reconnaît Rédoine Faïd, jugé ici pour sa deuxième évasion. "Si c'était à refaire, je ne le referais pas. J'ai bousillé des vies, traumatisé des gens", continue le braqueur au crâne chauve, désormais âgé de 51 ans.

Je vais te dire un truc que je t'ai jamais dit... je t'aime
Redoine Faïd à son frère Rachid

Il promet de ne pas "recommencer" : "Je vais essayer de faire ce travail sur moi-même, pour me projeter... même si les portes de prison se sont un peu refermées sur ma vie", dit celui dont la fin de peine est, pour l'heure, prévue en 2046. L'accusation a requis 22 ans de réclusion criminelle, une peine faite pour "les assassins", a répondu sa défense.

Puis Rédoine Faïd s'éclaircit plusieurs fois la gorge pour s'adresser à son frère, Rachid, 65 ans, dans le box. Ce dernier venait de lire son petit mot à la cour, de son habituel ton brut, haché par l'émotion. "J'ai confiance en la justice, j'ai jamais triché", a dit Rachid Faïd, contre qui l'accusation a requis la lourde peine de 18 ans d'incarcération, pour être allé chercher son frère en prison en hélicoptère, et avoir scié les grilles menant au parloir. C'était la "seule tricherie" d'une vie durant laquelle il a "toujours travaillé", avait-il assuré à la cour.

En réponse, Rédoine Faïd se tourne vers ce grand frère qui a joué le père de substitution dans une famille marquée par les drames. "Papa, maman", leur sœur aînée… "là où ils sont, ils t'adorent. Depuis qu'ils ne sont plus là, t'es un roc", dit le braqueur, avant de sourire à son frère. "Je vais te dire un truc que je t'ai jamais dit... je t'aime". Sous les néons du box, Rachid Faïd se lève, contourne le grand bandit corse Jacques Mariani assis entre eux, et prend longuement son frère dans ses bras. Les gendarmes et la cour laissent faire.

Ce procès, c'est "une boîte à émotions", a décrit Brahim Faïd, l'autre frère, 63 ans, jugé ici parce qu'il se trouvait au parloir au moment de l'évasion. Les avocats généraux l'ont cru quand il jurait n'avoir pas été mis au courant, et ont demandé son acquittement

Après la longue embrassade des deux hommes, c'est à Jacques Mariani de se lever. "Vous me prenez au mauvais moment", bougonne le grand chauve à lunettes, très ému. Figure du grand banditisme corse, égaré dans le box pour un précédent projet d'évasion avorté dans lequel il aurait été impliqué, Jacques Mariani, 57 ans dont 38 passés en prison, n'est finalement "pas désolé" d'être ici. "Enfin si, parce que j'ai rien fait", nuance-t-il. Mais "le bon côté, c'est que j'ai rencontré cette famille", sourit-il en regardant Rédoine Faïd, ses frères et ses neveux. "Vous êtes une belle famille", lance-t-il, "continuez à vous aimer comme ça".


F.Se

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