Sylvie Leclerc condamnée à neuf ans de prison pour le meurtre de son compagnon

Anaïs Condomines
Publié le 24 mars 2016 à 21h44, mis à jour le 2 décembre 2016 à 18h27
Sylvie Leclerc condamnée à neuf ans de prison pour le meurtre de son compagnon
L'essentiel

VERDICT - Sylvie Leclerc encourait la réclusion criminelle à perpétuité. Elle a été condamnée, ce jeudi 24 mars par la cour d’assise de Nancy (Meurthe-et-Moselle) à 9 ans de prison pour le meurtre de son mari, en 2012. Une peine clémente, malgré une défense défaillante.

C’est un procès complexe qui s’achève aux assises de Nancy, ce jeudi 24 mars. Au terme de quatre jours de débats menés avec justesse et finesse par la présidente Catherine Hologne, la cour a finalement décidé de condamner Sylvie Leclerc à neuf ans de prison pour le meurtre de son compagnon, d’une balle de fusil dans le coeur. Un verdict conforme aux réquisitions de l’avocate générale Marie-Claude Weiss qui devrait permettre à cette femme de 54 ans – par le biais de réductions de peines et d’une demande de libération conditionnelle – de retrouver la liberté avant la fin de l’année 2016.

Dans cette affaire, les jurés ont décidé de retenir la circonstance atténuante de l’altération du discernement de l’accusée au moment des faits, rejetant la question de l’abolition totale du discernement qui aurait pu conduire à un acquittement. Ils sont donc, par cette décision, restés sourds aux arguments de Janine Bonaggiunta et Nathalie Tomasini, les avocates de Sylvie Leclerc, qui n’ont eu de cesse de répéter que leur cliente, en appuyant sur la gâchette ce jour de mai 2012, "n’était pas elle-même".

Relation mortifère et "emprise partagée"

C’est que, tout au long de ce procès, s’est opérée une défense qui n’a pas su – ou n’a pas voulu – entrer dans les nuances d’une histoire tragique. Les deux avocates, même si elles ont affirmé le contraire au cours de leur plaidoirie, ont défendu une cause plus qu’un destin singulier. L’ensemble des victimes de violences conjugales plus que Sylvie Leclerc, cette femme qui s’est laissée enfermer dans une relation mortifère, où "l’emprise partagée", selon les experts, s’alimentait des troubles psychiques de la victime autant que de ceux de l’accusée.

C’est ainsi que, sous les yeux d’Alexandra Lange – victime de violences conjugales acquittée du meurtre de son époux en 2009 à la demande du procureur et alliée médiatique de ses anciennes avocates –, maître Bonaggiunta a d’emblée tenu à rappeler : "Ceci est le procès d’une femme prisonnière avant tout". Pour enchaîner par la suite avec une démonstration chiffrée et, hélas, erronée : "En 2015, 137 femmes sont tombées sous les coups de leur compagnon. C’est autant que le nombre de victimes lors des attentats au Bataclan" (en réalité, 90 personnes ont perdu la vie au Bataclan, le 13 novembre, ndlr).

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"Notre façon de vivre, c’est tout"

Nathalie Tomasini, prenant le relais, a ensuite soutenu que Sylvie Leclerc n’était pas responsable de ses actes. "Ce n’est pas elle qui a tué Gérard Schahan", a-t-elle ainsi expliqué. Et pour étayer cette thèse, il lui a bien fallu trouver les vrais coupables. L’infirmier psychiatrique, d’abord, à qui, le jour du drame, l’accusée avait confié qu’elle voulait tuer son mari. "On lui a proposé une hospitalisation, est-ce suffisant ?" Ensuite, le film regardé par le couple quelques heures avant le meurtre. "Un film sur les nazis qui a agi comme un miroir de sa vie, comme un ultime stimulis, et qui l’a fait disjoncter", a ainsi exposé l’avocate.

Les nuances, qui manquaient cruellement à sa défense, Sylvie Leclerc est pourtant parvenue à les exprimer lors de sa toute dernière prise de parole, quelques instants à peine avant que les jurés ne partent délibérer : "J’ai commis une chose très grave que je ne comprends pas. J’ai vécu une vie, c’est vrai, sous emprise, sous le malheur, sous la douleur. J’ai toujours voulu aider Gérard mais il n’a pas voulu. Il me manque." Et elle ajoute, ambiguë mais sans doute fidèle à sa propre vérité : "C’était notre façon de vivre, c’est tout."

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