Cinq hommes, suspectés d'avoir projeté en 2019 un attentat jihadiste aux abords de l'Élysée, comparaissent à partir de lundi devant la cour d’assises des mineurs spécialement composée.
Âgés de 22 à 43 ans, ils sont poursuivis pour "association de malfaiteurs terroriste en vue de préparer des crimes d'atteinte aux personnes".
L’un d’entre eux est également renvoyé "pour non-dénonciation de crime constituant un acte de terrorisme".

"Nous voulions faire péter des bombonnes devant l’Élysée (…) le projet, c’était de mourir en martyr devant l’Élysée en se faisant tirer dessus par des policiers (…), en fonçant sur des policiers par exemple, en voiture, ou avec des armes (…) Nous voulions faire les attentats au nom de Daesh (…) C’était en réponse à des bombardements contre des musulmans qui ont eu lieu en Syrie". Voilà comment l’un des cinq hommes jugés à partir de ce lundi 3 avril décrit l’attentat qu’il avait projeté avec ses "frères" dans la capitale en 2019, avant que l’attaque ne soit déjouée par des agents infiltrés. 

Ces cinq hommes, prénommés Mohamed C., 22 ans, Karim B., 42 ans, Alexandre B., 43 ans, Anis M., 30 ans et Mosvar M., 21 ans aujourd’hui, doivent être jugés jusqu’au 19 avril devant la cour d’assises spéciale des mineurs pour "association de malfaiteurs terroriste en vue de préparer des crimes d'atteinte aux personnes". Le dernier est également renvoyé pour "non-dénonciation de crime constituant un acte de terrorisme".

Un sixième protagoniste du dossier, mineur de moins de seize ans au moment des faits et né en mai 2003, a été condamné en 2021 par le tribunal pour enfants statuant en matière criminelle à une peine d’emprisonnement partiellement assortie d’un sursis probatoire. Dans son téléphone avait été retrouvée une photographie de l'intéressé à côté de François Hollande.

Partisan du jihad armé, soutien de l'État islamique

L’affaire avait débuté le 1er février 2019. À cette date, la section antiterroriste du parquet de Paris confiait à la DGSI (Direction générale de la Sécurité intérieure) une enquête préliminaire portant sur un certain Alexandre B., né en 1980 en Seine-Saint-Denis. Ce dernier était suspecté de préparer une attaque de nature terroriste ciblant les forces de sécurité française. 

Partisan du jihad armé, soutien de l’État islamique, Alexandre B. était très actif sur les réseaux sociaux, partageant également sur Telegram des vidéos de propagande montrant des exécutions et des égorgements. Il était alors soupçonné de rechercher activement des armes pour commettre une action violente sur le territoire français. 

Réseaux sociaux, téléphonie et agents infiltrés

Avec l’accord du ministère public, des enquêteurs de la DGSI ont débuté des investigations sous pseudonyme. Sous l’alias "Abu Mohamed", l’un d’eux a infiltré le groupe Telegram d’Alexandre B. et constaté que ce dernier nourrissait une détestation des forces de l’ordre, revendiquant vouloir "laisser une trace de son passage" avec "quelques douilles par ici, par là" et "satisfaire" son "créateur en terrorisant ceux qui se dressent contre sa parole". 

Le 24 avril 2019, l'agent infiltré annonçait sur le groupe Telegram avoir fait l'acquisition de deux kalachnikovs. Il proposait alors les armes à l'essai à Alexandre B. et à un autre mis en cause, Karim B., dans un appartement parisien géré par l'antiterrorisme. Leur interpellation était déclenchée deux jours plus tard, suivaient ensuite celles des autres mis en cause.

Si Karim B. "revendiquait les faits qui lui étaient reprochés", Alexandre B. et le dernier membre du trio suspecté d'avoir envisagé une action violente, Mohamed C., "affirmaient qu'ils n'auraient pas été jusqu'au bout". 

"Nous considérons que les infiltrés" de la DGSI "sont allés beaucoup plus loin que ce que la loi autorise" et "ont donné du relief au projet", a contesté il y a quelques mois Me Marc Bailly, avocat de Mohamed C., interrogé par l'AFP.


Aurélie SARROT

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