"On aurait dû te laisser crever chez Daech" : cinq personnes jugées pour des menaces contre l'ex-journaliste Nicolas Hénin

Aurélie Sarrot
Publié le 19 avril 2022 à 17h51
"On aurait dû te laisser crever chez Daech" : cinq personnes jugées pour des menaces contre l'ex-journaliste Nicolas Hénin

Cinq personnes comparaissent mercredi 20 avril devant le tribunal correctionnel de Paris.
Elles doivent répondre de menaces et de harcèlement en ligne à l'encontre de l'ex-otage et journaliste Nicolas Hénin.

"J'appelle à ce que vous vous fassiez égorger", "c'est lui qui mérite l'exécution", "on aurait dû te laisser crever chez Daech","je souhaite que la prochaine victime de terroristes soit votre gosse… Sale traître. Un jour, on vous pendra tous, bande de chiens…"  les propos publiés sur Twitter sont sans équivoque. Et ce florilège n'est qu'une infime partie des quelque 20.000 tweets adressés en un week-end à l'ancien journaliste Nicolas Hénin. 

Ce dernier, qui fut l'otage de l'organisation État islamique pendant dix mois en Syrie entre 2013 et 2014, avait porté plainte début 2019 contre X pour "menaces, menaces de mort et harcèlement moral en ligne." Ce mercredi, cinq personnes, trois hommes et deux femmes, soupçonnés d'être les auteurs de certains de ces messages, doivent comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris. 

Pourquoi un tel déferlement de haine?

Pourquoi un tel déferlement de haine contre l'ex-otage ? Les menaces étaient apparues quand Nicolas Hénin, aujourd'hui spécialisé dans le conseil sur la lutte contre le terrorisme et la radicalisation islamiste, avait appelé à signaler à Twitter et à la plateforme Pharos des tweets publiés par Patrick Jardin, père de Nathalie, assassinée au Bataclan, au cours des attentats du 13-Novembre 2015.  

Le père endeuillé s'était, en effet, exprimé sur le retour envisagé à l'époque de plusieurs dizaines de djihadistes français détenus par les Kurdes. "Fusillons-les (...) comme Leclerc a fait fusiller les Français de la Waffen SS", "tuons aussi leurs enfants d'ailleurs", avait publié Patrick Jardin sur le réseau social, qui avait fini par bloquer son compte.

Sur un nouveau compte, il avait ensuite traité Nicolas Hénin de "petit journaleux délateur gauchiasse" et obtenu le soutien de plusieurs figures du Rassemblement national. À l'époque, Nicolas Hénin avait confié au JDD  :"Ce n'est pas lui le responsable. Il est instrumentalisé par une partie de l'extrême droite et de l'ultradroite."

Lire aussi

Une plainte d'abord classée sans suite

Faute de réponse de Twitter à ses requêtes, le parquet de Paris avait classé sa plainte en 2020. Mais l'avocat de l'ancien journaliste, Me Eric Morain, avait fait un recours permettant de relancer l'enquête.

Twitter a alors accédé aux réquisitions et identifié une trentaine de comptes, sur lesquels cinq ont été retenus par le pôle national de lutte contre la haine en ligne, mis en place en janvier 2021.  "On peut regretter que le parquet n'ait pas retenu plus de comptes", avait regretté Me Eric Morain, satisfait toutefois que certains aient à répondre devant le tribunal de tel propos.

Contacté par TF1info ce mardi, Patrick Jardin nous indique qu'il ne sera pas à l'audience ce mercredi. Il n'a jamais été poursuivi pour ses propos, ni même entendu par les services de police. "Nicolas Hénin a monté une affaire contre moi. Lui voulait faire revenir des prisonniers en Syrie ou en Irak sur le sol français. Et moi j'ai dit que c'était dégueulasse, qu'on allait les retrouver parmi les futurs djihadistes ici en France", relate le père de Nathalie Jardin. "Il a fait fermer mon compte Twitter. Et suite à la fermeture de mon compte, il a reçu des insultes et des menaces de mort.  Moi, j'ai pas été partie prenante. Je suppose que les services de police se sont rendu compte que je n'avais rien fait contre Nicolas Hénin. Lui avait trouvé mes propos ignobles sur les enfants de djihadistes, mais moi les enfants de djihadistes, j'en ai rien à foutre. Moi, ils n'ont pas hésité à tuer mon enfant."


Aurélie Sarrot

Tout
TF1 Info