Procès du 13-Novembre : "Quelqu'un qui est séduit par les thèses terroristes ne viendra pas vous le dire !"

Publié le 7 décembre 2021 à 21h58
Procès du 13-Novembre : "Quelqu'un qui est séduit par les thèses terroristes ne viendra pas vous le dire !"

JUSTICE - Un enquêteur belge anonymisé est revenu, ce mardi, sur le parcours de Salah Abdeslam entre 2014 et août 2015. Plusieurs avocats n'ont pas manqué de pointer quelques loupés.

Entendus depuis le 25 novembre au procès des attentats du 13 novembre 2015, les spécialistes de l'antiterrorisme belge ont sans doute désormais compris qu'ils ne faisaient pas l'unanimité dans le prétoire. Ce mardi 7 décembre en est une nouvelle fois la preuve. 

En effet, l'enquêteur belge anonymisé 440.232.779, qui avait déjà témoigné en visioconférence depuis le parquet fédéral belge, le vendredi 26 novembre, pour parler de Brahim Abdeslam, a de nouveau été entendu ce mardi pour évoquer son frère cadet Salah, et la relation entre les deux jusqu'en août 2015. Et encore une fois, les avocats de la partie civile comme de la défense n'ont pas épargné le policier.

Tout commençait dans le calme, pourtant. "440.232.779" indique ainsi que Salah Abdeslam, né le 15 septembre 1989, avait vécu toute sa vie à Molenbeek, qu'il avait pour kunya (surnom arabe) Abu Abderrahman et pour surnom "poulet" ou "pouchos pouchos". Il rappelle aussi que plusieurs protagonistes du dossier avaient grandi dans le même quartier que lui, notamment Abdelhamid Abaaoud, Mohamed Abrini, Ahmed Dahmani (visé par un mandant d'arrêt et actuellement en Turquie). 

Il dit aussi que Salah Abdeslam était cogérant du café de son frère Brahim, Les Béguines, que c'est là que, dans une cave, on communiquait avec Abdelhamid Abaaoud et qu'on visionnait notamment sa vidéo macabre où il traîne des cadavres au volant d'un pick-up. "Y avait-il une cave, M. l'enquêteur. ? Avez-vous des photos de cette pièce, y avez-vous été ?", interrogera Me Ronen un peu plus tard. "Probablement, il y en avait une, mais je n'ai pas été vérifier ", admet l'enquêteur, gêné. 

"Abdeslam ne présentait aucun signe de radicalisation"

L'enquêteur belge 440.232.779 en vient au mois de janvier 2015. "Salah Abdeslam et d'autres déposent Brahim Abdeslam le 27 janvier 2015 à l'aéroport de Zaventem pour son voyage en Turquie. Le 30 janvier 2015, les services de police apprennent que Salah Abdeslam aurait dit à une connaissance, devant la mosquée, qu'il fallait aider les frères en Syrie. Salah Abdeslam aurait déjà préparé ses bagages pour un départ le 30, le 31 janvier 2015 ou le 1er février 2015 et voulait partir en Syrie. Le magistrat décidera de signaler l'individu pour audition", détaille le spécialiste de l'antiterrorisme. 

Le 7 février, selon la police belge, Salah Abdeslam récupère son frère à l'aéroport de Schiphol à son retour de Turquie (de Syrie, en réalité). Puis le 28 février 2015, suite à une convocation, Salah Abdeslam se présente à la police de Molenbeek et est interrogé sur des suspicions de voyage en Syrie le concernant.

"Salah Abdeslam conteste, dit qu'il voulait aller en Espagne ou au Maroc pour vadrouiller avec des amis, détaille  "440.232.779". Selon les enquêteurs, au moment de son audition le 28 février 2015, il ne présentait aucun signe de radicalisation, ni dans sa tenue, ni dans ses propos, ni dans son physique. Il dira aussi connaître Abaaoud et dira que c'est un bon ami". 

Me Chemla, avocat de la partie civile, n'a pas manqué, comme d'autres robes noires, de revenir sur cette audition du 28 février 2015 de Salah Abdeslam au commissariat de Molenbeek, de laquelle il est ressorti libre. 

"Salah Abdeslam fait l'objet d'un signalement fin janvier 2015. Il est entendu un mois plus tard et il se moque des policiers qui l'interrogent. Quelqu'un qui est séduit par les thèses terroristes ne viendra pas vous le dire ! On a l'impression que la seule attention sera portée à la manière de s'habiller ou au fait de porter ou non une barbe", tacle l'avocat de partie civile. 

Il poursuit : "On sait que Salah Abdeslam et Abaaoud ont été condamnés ensemble (en février 2011 pour des faits de vol, ndlr), on sait aussi qu'Abaaoud a enlevé son petit frère pour aller en Syrie... On se doute que Salah Abdeslam ne va pas vous dire qu'il veut partir combattre en Syrie ou qu'il fait partie d'une filière ..."

"Le magistrat a dû relever alors qu'il n'y avait pas d'infraction pour arrêter Salah Adbeslam, justifie l'enquêteur. Manifestement il n'y a pas eu d'éléments disant qu'il fallait poursuivre l'enquête. Il y a eu un classement.  Il y a eu un signalement au titre de l'article 36.2 Schengen (demandant un contrôle discret sur les individus, ndlr)". 

François Hollande versus l'enquêteur belge

"Ce signalement existait, et pourtant, le 14 novembre 2015 au matin, Salah Abdeslam a regagné la Belgique sans être inquiété après trois contrôles ? Le président de la République Française nous dit ici qu'il n'y avait pas eu de signalement ", relève Me Chemla. "Il y a eu des contacts entre les policiers français et belges dans la nuit du 13 au 14 novembre 2015, je vous le confirme", répète l'enquêteur belge

"Monsieur Hollande, quand il est venu témoigner, nous a dit de façon implicite qu'il y avait des trous dans la raquette et que nous n'avions pas les informations qui nous permettait ce jour-là de percuter. Notre témoin aujourd'hui nous dit le contraire. Il dit qu'il y a eu des contacts entre les policiers français et belges le 14 novembre au petit matin, laissant entendre que quand Salah Abdeslam a été contrôlé, on avait les informations. S'agit-il d'un loupé des Belges, d'un loupé des Français, d'un loupé tout court ? Nous devons avoir la vérité", répète Me Chemla à LCI après l'audience.

L'audience doit reprendre mercredi, à 12h30. 


Aurélie SARROT

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