Une jeune femme de 24 ans est décédée mardi après avoir été atteinte par un tir de kalachnikov dans le 10ᵉ arrondissement de Marseille.
Victime collatérale de règlements de compte dans les cités, il s'agit de la 31ᵉ victime dans la ville des Bouches-du-Rhône depuis le début de l'année.

"On en a vu des choses ici, mais là, vraiment, ce qu'il se passe depuis quelques mois est inédit et catastrophique. Et ça va crescendo". L'inquiétude est palpable dans les propos d'une source policière contactée par TF1Info. "Marseille n'a jamais eu bonne réputation côté armes et trafics de stup', mais là, la situation est bouillante. On a l'impression de voir les États-Unis se rapprocher, d'être en Amérique. Il n'y a plus aucune limite. Ça deale, ça tire, et ça tue à tout-va", ajoute cette même personne.

Un commentaire exprimé deux jours après qu'une jeune femme a été grièvement blessée ans son appartement de la cité phocéenne. La victime, âgée de 24 ans, "vivait sa vie tranquillement", avec sa mère, avant d'être touchée à la tête par une rafale de kalachnikov dans leur appartement, au 3ᵉ étage d'un immeuble d'une cité du 10ᵉ arrondissement, a précisé lundi la procureure de la République, Dominique Laurens. Sur place, 23 étuis de calibre 7.62 et une douille de 9 millimètres ont été retrouvés sur place. 

Ce mardi matin, quelques heures après qu'un homme âgé de 55 ans a été tué par balles dans le 16ᵉ arrondissement, la magistrate a annoncé le décès de la jeune femme dans la nuit. À la fin du mois d'août, à l'occasion d'une autre affaire, ces faits de "narchomicide", contraction de "narcobanditisme" et "homicide".  Et le triste phénomène connaît effectivement en 2023 une hausse exponentielle...

31 morts depuis le début de l'année

Depuis quelques mois, les autorités policières et judiciaires s'inquiétaient d'une "vendetta" entre gangs de trafiquants de drogues, une guerre de territoire à coup de rafales tirées à l'aveugle sur ou à proximité de points de deal. Des violences qui ont déjà fait une quarantaine de morts dans la deuxième ville de France depuis janvier, dépassant le bilan 2022  qui s'élevait à 31 morts. Si l'on y ajoute les tentatives d'homicide, le nombre frôle la centaine...

La plupart des victimes, grièvement blessées ou décédées, sont des hommes jeunes, parfois des adolescents, petites mains du trafic ou dealer présumé. Mais ce sont aussi des personnes totalement étrangères à ces activités. En 2023, ces violences ont déjà fait trois victimes collatérales dans la cité phocéenne, une femme de 43 ans, un homme de 63 ans et maintenant cette jeune femme de 24 ans. 

"J'ai peur pour tous les citoyens"

Plusieurs sources policières ne cachent pas leurs craintes face à l'actualité. "J'ai peur pour tous les citoyens", nous confie la source policière. "La dame dimanche était chez elle, elle se fait tirer dessus à la Kalach. Ça veut dire que demain, peut-être, quand vous ferez vos courses avec vos enfants, ça peut tirer et n'importe qui peut se prendre une cartouche en n'ayant rien fait. On commence à avoir ici beaucoup de victimes qui n'ont rien à voir avec ces business", poursuit-elle. 

Comment alors mettre fin à ces maux qui semblent incurables ? "Le problème, c'est que nous ne pouvons pas appréhender ce genre d'événements. On ne sait pas quand ça va tirer. On n'est pas visionnaire. On est présent, on essaie de faire au mieux. Quand on est visible, peut-être que des crimes ne sont pas commis. Mais on ne peut pas être partout tout le temps. Nous ne sommes pas assez", continue la source policière. 

Gérald Darmanin s'exprime depuis Marseille

Venu ce mardi matin à Marseille inaugurer de nouveaux locaux pour le Raid, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a pourtant estimé que "la police et la gendarmerie ne sont pas les seules à pouvoir résoudre" les violences engendrées par le trafic de stupéfiants, insistant sur le "travail très important que fait la ville, que fait l'État sur la question éducative, sur l'urbanisme, sur l'intégration, sur l'autorité parentale ou l'autorité à l'école".

"Jamais le nombre de policiers et de gendarmes, jamais le nombre de magistrats n'ont été aussi mobilisés pour lutter contre les trafics ici à Marseille" et ce, "avec des résultats très impressionnants", a-t-il rappelé, estimant que cette action des forces de l'ordre contribuait à dessiner une nouvelle "géographie de la drogue à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône".

Gérald Darmanin a également pointé une nouvelle fois, comme il l'avait fait fin août après le drame de Nîmes dans lequel un enfant de 10 ans a perdu la vie, la responsabilité des consommateurs de drogues qui font "naître ce genre de règlements de comptes".

À l'occasion de ce déplacement, le ministre de l'Intérieur a par ailleurs annoncé "l'arrivée d'une nouvelle unité de CRS qui prendra ses quartiers à Marseille en novembre". Selon plusieurs sources, elle devrait compter une soixantaine de fonctionnaires. 

Création d'une unité d'investigation nationale

Vendredi dernier déjà, Gérald Darmanin avait, dans une interview au Parisien, révélé la création d'une "unité d'investigation nationale" pour lutter contre le trafic de drogue, ce qu'il a comparé à "la bataille de Stalingrad". Cette unité sera sur "le modèle de la CRS 8", unité spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines, a-t-il ajouté.

Il a estimé qu'il faut "être beaucoup plus offensifs dans le domaine de l'investigation, sur les enquêtes, malgré le travail incroyable des services d'investigation". Cette nouvelle unité sera composée "d'une centaine d'effectifs mêlant policiers et gendarmes" et sera opérationnelle dans "les prochaines semaines".


Aurélie SARROT

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