La tuerie de Chevaline

Tuerie de Chevaline : enquête sur un "crime parfait"

Maud Vallereau
Publié le 5 septembre 2014 à 20h29, mis à jour le 5 septembre 2016 à 4h18
Tuerie de Chevaline : enquête sur un "crime parfait"

Source : AFP

ENQUETE - Qui se cache derrière le meurtre d'une famille britannique et d'un cycliste français sur une petite route de Haute-Savoie ? Deux ans après la tuerie de Chevaline, l'énigme est loin d'être résolue.

"Plus on avance, moins on a de convictions". Le procureur d'Annecy, Eric Maillaud, a appris à composer avec le doute. A force de fouiller le passé de la famille britannique d'origine irakienne et du cycliste français abattus sur une route forestière de Haute-Savoie voilà deux ans, les enquêteurs ont déterré nombre de secrets et échafaudé multiples scénarios. Sans jamais réussir à les relier au quadruple meurtre. "Il manque l'élément ou le témoignage qui permettent de tout faire basculer", concède le magistrat. A plusieurs reprises pourtant, ils ont cru être sur la bonne voie.

La première les a conduits en Angleterre chez le frère d'une des victimes. Ziad al-Hilli était en conflit avec Saad, le père de famille retrouvé criblé de balles aux côtés de sa femme Iqbal et de sa belle-mère sur le parking de la Combe d'Ire. Seules les deux fillettes avaient eu la vie sauve. Une "querelle" de famille sur fond d'héritage portant sur plusieurs millions. Faute de charges suffisantes, le suspect entendu par la police anglaise avait été relâché.

Un tueur fou ?

"Il reste cependant des éléments intrigants dans cette famille", estime le lieutenant colonel Benoît-Vinnemann. Comme la mort de James Thompson, l'ex-mari américain d'Iqbal al-Hilli, le 5 septembre 2012. "C'est une coïncidence invraisemblable. Il est décédé le jour de la tuerie de Chevaline. Mais lui, aux Etats-Unis, d'une crise cardiaque, nuance le procureur. Le couple s'était séparé fin 1999. Jusqu'à preuve du contraire, il n'y a aucun mobile ou lien avec les crimes". Les juges d'instruction français ont néanmoins demandé il y a un an aux autorités américaines une autopsie de son corps pour lever le doute.

Faute d'éléments probants, la piste du tueur isolé reprend corps aujourd'hui. "Nous sommes plusieurs à penser que le meurtrier est un déséquilibré du coin", nous confie un enquêteur. Ils sont une vingtaine, voire un peu plus certains jours, à travailler sur ce dossier aux allures de polar. Lesquels continuent à recevoir des lettres et des témoignages sur l'affaire. La diffusion du portrait-robot d'un motard aperçu par trois témoins près des lieux de la tragédie avait abouti à plusieurs interpellations au printemps. Notamment celle d'un Irakien qui aurait raconté à un compagnon de cellule avoir reçu une proposition de contrat pour liquider une famille irakienne en France. Il a depuis été mis hors de cause. "Nous exploitons tout ce qui est exploitable, glisse Eric Maillaud. Mais on est peut-être en présence du crime parfait."


Maud Vallereau

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