Un mois après le suicide de l'instituteur pédophile de Villefontaine, quel avenir pour ses victimes ?

par William MOLINIE
Publié le 4 mai 2016 à 19h19
Un mois après le suicide de l'instituteur pédophile de Villefontaine, quel avenir pour ses victimes ?

ENQUÊTE - Comment une affaire se passe-t-elle quand le principal accusé est mort ? La question se pose pour la soixantaine de victimes de l’instituteur pédophile de Villefontaine, Romain Farina. Un mois jour pour jour après son suicide, à la maison d’arrêt de Corbat, les familles des victimes espèrent que les trois juges d’instruction iront tout de même jusqu’au bout de l’enquête. D’autant que du matériel informatique saisi au domicile de l’instituteur pourrait révéler d’autres cas d’abus sexuels. Et des complices ?

Avec son suicide, Romain Farina a emporté ses secrets. Surtout, il a fait en sorte de n’être jamais jugé. Une double peine pour les enfants dont il a abusé, puisque ces derniers ne pourront jamais obtenir officiellement le statut de victime, faute de procès. Un mois après sa pendaison à la maison d’arrêt de Corbas, l’enquête est toujours en cours. D'autant qu'avant son suicide, du matériel informatique avait été retrouvé caché dans le faux plafond de son domicile. L'exploitation du contenu n'est pas encore totalement achevée.

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"Tous les documents de Farina saisis par le passé se sont révélés intéressants pour l’enquête. On s’attend donc au pire", souffle à metronews une source proche de l’enquête. Romain Farina avait été incarcéré en mars 2015 après le signalement d'une petite fille de CP qui disait avoir vu son "zizi" alors qu'il faisait un "atelier du goût" avec l'une de ses élèves. L'enquête a alors révélé qu'il a imposé, entre 2012 et 2015, des fellations à 61 élèves, derrière un paravent, au fond de sa classe. A-t-il bénéficié de complicités pour imposer dans le huis clos de l'école ces "ateliers du goût" ? Des gens qui savaient se sont-ils tus ? A-t-il partagé ses vidéos sur internet ? C’est ce que la justice tente désormais de savoir avant de refermer définitivement le dossier.

Farina craignait de passer à l’acte

Mais face au mutisme du procureur de la République, qui selon son secrétariat "ne commente jamais une affaire en cours d’instruction", les parents des élèves abusés s’impatientent. "On n’a même pas été reçus. Nous ne sommes pas tenus informés", regrette auprès de metronews Sébastien Lopez, le papa de la seule victime que Romain Farina a reconnu avoir violée. "Les familles veulent savoir. Mais en même temps, elles sont résignées. Elles ont compris qu’on ne juge pas les morts", souligne de son côté Marie Grimault, avocate d’ Innocence en Danger , une association venue en aide à plusieurs de ces victimes. Au-delà de la dimension symbolique, elles attendent aussi que les juges d’instruction décident de clore l’enquête pour entamer des recours contre l’Etat.

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Car plusieurs défauts de fonctionnement mettent à mal les services de la justice dans ce dossier. En 2008, Romain Farina avait en effet déjà alerté les autorités. Il était alors en garde à vue pour détention d’images pédopornographiques. Face aux gendarmes qui l’interrogent sur l’hypothèse d’un passage à l’acte, l’instituteur déclare : "Je ne peux pas le concevoir mais je peux le craindre." Une phrase, une seule et lourde de sens, qui aurait dû, à l'époque, inquiéter la chaîne pénale.

Une procédure au civil pour "faute lourde"

"Ce n’est pas uniquement l’officier de police judiciaire qui n’a pas relevé cet avertissement. C’est aussi un parquetier, un juge… Il y a eu faute", nous assure Patrice Reviron, avocat de plusieurs victimes. Il compte lancer dans quelques mois une procédure au civil pour "faute lourde du service de la justice". Une action pour faire reconnaître la responsabilité de la justice française dans la gestion du dossier, qualifiée de "désastreuse" par plusieurs connaisseurs de l’affaire. "Si Farina avait été pris en charge quand il s’est confié sur ses doutes, on aurait évité toutes ces victimes. Et il ne se serait sans doute pas suicidé", estime-t-il.

Un suicide, d’ailleurs, qui pose aussi question. Comment l’administration pénitentiaire n’a-t-elle pas pu empêcher sa pendaison ? Alors même qu’il était particulièrement surveillé… "Son suicide a arrangé beaucoup de monde", croit savoir Sébastien Lopez, président de l’ association d’aide aux enfants victimes de pédophilie  (AAEVP). Le lundi matin, Romain Farina recevait en prison la visite de sa mère, au courant des perquisitions des gendarmes. Le lendemain, il était retrouvé pendu aux barreaux de sa cellule. Là encore, un autre mystère que l’enquête devra lever.

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William MOLINIE

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