Le 20h

VIDÉO - "Il m'a séquestré et tordu le bras" : face aux agressions, des médecins se protègent

La rédaction de TF1info | Reportage S. Chevallereau, J. Lacrois-Nahmias
Publié le 25 mars 2022 à 11h41
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

En France, un médecin est agressé, insulté ou menacé par un patient en moyenne tous les deux jours.
Certains praticiens sont même obligés de se protéger.
Quelques-uns se sont confiés au 20H de TF1.

Installer des caméras dans son cabinet, il s'était promis de ne jamais en arriver là. Jusqu'à l'agression de trop. Il y a deux mois, le docteur Julien Cotter, allergologue à Chartres (Eure-et-Loir), a été séquestré par un patient. Ce jour-là, l'homme se présente avec deux enfants et exige deux consultations qui n'étaient pas prévues. 

"Je lui ai signifié mon désaccord et il n'a pas apprécié. Le ton est monté assez vite. Une agression verbale a commencé, ensuite, ça a été une agression physique. Il m'a séquestré ici, dans ce box de consultation, je n'arrivais plus à en sortir, il s'est mis devant la porte. Je ne pouvais plus mettre la main sur la poignée, quand j'ai voulu sortir il m'a tordu le bras et l'épaule. J'ai dû crier, j'ai même voulu sortir par la porte-fenêtre. Finalement, j'ai réussi à le pousser, à sortir et à m'enfuir", explique la victime au 20H de TF1, dans la vidéo en tête de cet article.

"On est obligés de se bunkeriser"

Les caméras, installées dans la foulée, n'enregistrent pas, car c'est illégal. L'intention du médecin est d'alerter sur les agressions qu'il subit. Selon lui, c'est une violence liée à une perte d'autorité. "On n'est plus un médecin, on est un produit de consommation. On vient parce qu'on y a droit, et parce qu'on veut un papier, un arrêt", juge-t-il aujourd'hui. 

Dans une maison de santé située à Orléans (Loiret), il a même fallu renforcer la sécurité après de multiples agressions. "On est obligés de bunkeriser l'établissement, c'est-à-dire de mettre une porte avec une gâche, de sécuriser nos secrétaires parce qu'elle se font agresser verbalement", indique le docteur Naïma Bouraki, une médecin généraliste qui exerce dans les locaux.

Sur la serrure, les traces de la dernière agression dont elle a été victime. Il y a trois mois, deux hommes qui accompagnent une patiente mécontente tentent de s'en prendre au docteur. Selon cette dernière, ce climat de tensions est d'abord lié au manque de médecins dans le pays, qui crée inévitablement des frustrations. "J'accompagne 2500 patients. Tous les jours, on est obligés de renvoyer des patients parce qu'on ne peut pas répondre. Donc ça engendre de la violence et de l'incivilité. Et tout ça, on le vit très mal", poursuit Naïma Bouraki.

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Des agressions de moins en moins déclarées par les praticiens, selon l'ordre des médecins. Ces derniers demandent que la police se déplace directement dans les cabinets. "Le médecin ne va pas passer une demi-journée à attendre dans un commissariat pour porter plaine. (...) Il a des patients à aller voir ou des consultations à faire. Il faut faciliter le dépôt de plainte", estime le Dr Hervé Boissin, coordonnateur de l'observatoire de la sécurité au Conseil de l'Ordre des médecins. Et d'ajouter : "Il faudrait que, dans les campagnes de communication, apparaisse 'respectez votre médecin'".

En France, un médecin est agressé, insulté ou menacé par un patient en moyenne tous les deux jours. En 2019, le nombre d'agressions signalées s'élevait à 1084, contre 512 dix ans plus tôt. L'ordre des médecins, lui, assure que ces agressions à répétition poussent de plus en plus de praticiens à quitter prématurément leurs cabinets.


La rédaction de TF1info | Reportage S. Chevallereau, J. Lacrois-Nahmias

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