Ce que l'on sait de l'attaque mortelle d'un fourgon pénitentiaire dans l'Eure

Publié le 14 mai 2024 à 15h29, mis à jour le 14 mai 2024 à 22h30

Source : TF1 Info

Ce mardi matin, un fourgon de l'administration pénitentiaire a été attaqué par des individus lourdement armés dans l'Eure.
Le bilan est lourd : au moins deux agents sont décédés et trois personnes ont été gravement blessées.
Le détenu qui se trouvait à l'intérieur du véhicule et ses complices présumés se sont évadés.
Ils sont toujours recherchés.

Un événement rarissime dans l'Hexagone. Ce mardi matin, un fourgon de l'administration pénitentiaire a été attaqué par des individus lourdement armés. Les faits ont eu lieu dans l'Eure et le bilan est dramatique. Deux agents sont décédés et trois autres ont été blessés, dont deux grièvement. Les malfaiteurs, eux, ont pris la fuite, accompagné du détenu, Mohamed Amra, 30 ans, qui se trouvait dans le fourgon et qu'ils étaient venus chercher. Ils sont activement recherchés. TF1info revient sur cette attaque et son déroulé. 

Une attaque en fin de matinée

Il était 10h57 ce mardi matin quand l'attaque a eu lieu après le passage du péage d'Incarville dans l'Eure, sur l'A154. Là, un commando vêtu de noir, cagoulé et lourdement armé, s'en est pris à un fourgon de l'administration pénitentiaire escorté par une voiture. Le convoi effectuait alors, à l'occasion d'une extraction judiciaire, un déplacement entre le tribunal judiciaire d'Évreux et la prison de Rouen. Cinq agents constituaient cette escorte, a détaillé la procureure de Paris, Laure Beccuau, lors d'une conférence de presse. "Ce niveau de sécurité avait été décidé il y a quelques semaines", a précisé la magistrate, et "les agents de l'escorte étaient armés"

Le fourgon pénitentiaire a été percuté de face par un véhicule volé de marque Peugeot. Ce dernier avait franchi le péage quelques minutes auparavant et stationnait en attente sur le bas-côté. Par ailleurs, le fourgon avait été suivi par un véhicule Audi, d'où plusieurs personnes sont descendues, lourdement armées. 

Sous les yeux de nombreux témoins qui s'apprêtaient à franchir le péage à bord de leur véhicule, les malfaiteurs ont fait feu à plusieurs reprises sur le convoi pour libérer le détenu qui se trouvait à l'intérieur. Selon les premières constatations, certains agents ont aussi "pu faire usage de leur arme", selon la procureure de Paris. "Un homme s'est évadé et pour procéder à cette évasion, ses complices n'ont pas hésité à tirer sur les escortes à l'arme lourde", a dénoncé Éric Dupond-Moretti, ministre de la Justice, lors d'un point presse en début d'après-midi. 

Une fois leur mission accomplie, les malfaiteurs ont pris la fuite avec celui qu'ils étaient venus chercher. 

Deux morts et trois blessés graves

Au cours de cette attaque, deux agents de l'administration pénitentiaire sont morts, âgés de 34 et 52 ans, un événement qui n'était pas arrivé depuis 1992. "L'un d'entre eux laisse une femme et deux enfants qui devaient fêter leur 21ᵉ anniversaire dans deux jours. L'autre laisse une femme enceinte de cinq mois", a révélé le garde des Sceaux, qui a exprimé une "pensée émue" pour les proches des victimes. 

Trois autres personnes ont été gravement blessées, âgées de 58, 52 et 55 ans, a précisé dans la soirée la procureure de Paris. Les trois victimes ont été transportées en urgence à l'hôpital. Le pronostic vital de l'une d'elles restait engagé mardi soir, les deux autres étaient en urgence relative, selon le parquet de Paris.

Que sait-on du détenu évadé ?

Le détenu, que les malfaiteurs sont venus libérer, s'appelle Mohamed Amra. Son identité, qui avait fuité dans la matinée, a été confirmée en milieu de journée par la procureure de la République de Paris, Laure Beccuau dans un communiqué. Il est né le 10 mars 1994.

Il avait été transféré à la maison d'arrêt d'Evreux le 11 avril dernier en exécution de plusieurs peines, selon le parquet de Paris, et devait regagner la prison des Baumettes à Marseille. "Au cours de cette courte détention à Évreux, il a été constaté que les barreaux de sa cellule avaient commencé à être sciés", a expliqué la procureure de Paris. "Il devait être entendu" très prochainement sur ces faits. L'homme, âgé de 30 ans, est "très connu de la justice", avec "13 condamnations, la première en octobre 2009", quand il avait 15 ans. Parmi ses condamnations : trois mois en 2020 pour rodéos motorisés, trois ans en 2022 notamment pour vol par effraction et association de malfaiteurs en vue de commettre un crime, et 18 mois, le 7 mai dernier, pour vol par effraction.

Il était également en détention provisoire depuis janvier 2022, pour tentative d'extorsion avec arme, tentative d'assassinat et détention d'arme de catégorie B ; et depuis septembre 2023, pour meurtre en bande organisée, enlèvement et séquestration d'otage, destruction par moyen dangereux et participation à une association de malfaiteurs en vue de la commission d'un crime. 

Une enquête ouverte

Cet après-midi, Laure Beccuau, procureur de la République de Paris a annoncé que la JUNALCO – Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée – s'est saisie de l’enquête sur l’attaque mortelle et que les magistrats du parquet de Paris se rendent sur place.

Le parquet de la JUNALCO saisit l’OCLCO (Office central de lutte contre la criminalité organisée) et la Police Judiciaire de Rouen de l’enquête portant notamment sur les infractions de meurtre et tentative de meurtre en bande organisée (faisant encourir la réclusion à perpétuité), évasion en bande organisée, acquisition et détention d’arme de guerre et association de malfaiteurs en vue de la commission d’un crime. 

Un dispositif d'ampleur déployé

Depuis les faits, l'évadé et ses complices sont activement recherchés. "Deux véhicules ont été retrouvés brûlés" après l'attaque du convoi pénitentiaire, a précisé la procureure de Paris, "à proximité des communes de Houtteville et de Gauville-la-Campagne". La magistrate a par ailleurs spécifié que les assaillants ont "manifestement tenté de mettre le feu au véhicule abandonné à la barrière de péage", qui a servi à stopper le fourgon.

"Plusieurs centaines d'effectifs de gendarmerie et police sont mobilisés" à la fois sur la scène de crime et pour retrouver le détenu évadé, a indiqué la procureure de Paris. Des "prélèvements minutieux sur la scène de crime" sont en cours. "La détermination des magistrats et des enquêteurs est et sera à la hauteur de ce déchaînement de violence", a assuré la magistrate.

"Tout est mis en œuvre pour retrouver les auteurs de ce crime afin que justice soit rendue au nom du peuple français", a assuré le président de la République Emmanuel Macron sur le réseau social X. Le ministre de la Justice a promis la même chose :"Tout sera mis en œuvre pour retrouver les auteurs de ce crime ignoble", a-t-il martelé. "Ce sont des gens pour qui la vie ne pèse rien. Ils seront interpellés, jugés et châtiés à la hauteur du crime qu'ils ont commis."


Aurélie SARROT

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