VIDÉO - Brouilleurs d'ondes : enquête sur la nouvelle arme redoutable des cambrioleurs

par V. F | Reportage TF1 : Esther Lefebvre, Erwan Braem et Julien Clouzeau
Publié le 11 janvier 2024 à 7h00

Source : TF1 Info

Pour dévaliser une boutique sans déclencher l'alarme, les voleurs utilisent désormais des brouilleurs d'ondes.
La commercialisation de ce type d’équipement est pourtant interdite, mais on peut s'en procurer facilement pour quelques euros sur Internet.
Regardez cette enquête de TF1.

C'est devenu la nouvelle marotte des braqueurs. Pour dévaliser une boutique sans déclencher les alarmes de sécurité, certains ont troqué leurs pinces coupantes pour un brouilleur GSM. Comme on peut le voir dans le reportage de TF1 en tête de cet article, grâce à ce dispositif, les voleurs peuvent passer à l'action sans se soucier des caméras de vidéosurveillance. C'est ce qui est arrivé dans une supérette de Port-des-Barques (Charente-Maritime) en juillet 2022. Alors que le gérant dort tranquillement, les rayons sont méthodiquement dévalisés : bouteilles d'alcool, de soda, pièces de viande… 

En huit minutes seulement, son commerce est mis à sac. "Il n'y a rien qui a sonné. C'est un brouilleur qui a désactivé l'alarme tout simplement", explique Mathieu Denis. Son alarme était pourtant bien allumée, mais les cambrioleurs l'ont neutralisé avec cet engin électronique, appelé brouilleur d'ondes. "On peut en acheter sur internet pour pas cher en plus. Mais je ne comprends pas qu'on puisse en trouver alors qu'on sait que c'est que pour des vols, de la casse", s'offusque le gérant.

Un délit passible de six mois de prison

Le brouilleur d'ondes est un fléau bien connu des fabricants d'alarme depuis une dizaine d'années. À Crolles (Isère), l'entreprise Altratech en utilise légalement pour tester ses propres systèmes. "Ça coûte à peu près 100 euros. C'est illégal, normalement, on n'a pas le droit d'en acheter, mais on le trouve sur internet", affirme Catherine Tribaudot, responsable recherche et développement des systèmes d'alarme Diagral. Concrètement, le brouilleur d'ondes fait écran. "La sirène ne se déclenche pas, les ondes radio qui communiquent entre le détecteur et la centrale sont brouillés. Ils ne peuvent plus communiquer et la sirène ne réagit pas", détaille la spécialiste. Mais cette entreprise française dit avoir la parade. Ses détecteurs émettent sur deux fréquences différentes et contournent le brouillage. "La source système s'est déclenchée parce qu'il utilise deux bandes radio et du coup le brouilleur a brouillé une seule bande. Le détecteur, lui, a pu communiquer sur la deuxième bande à la centrale puis à la sirène", précise-t-elle. 

Utiliser ou détenir un brouilleur est un délit passible de six mois de prison et 30 000 euros d'amende. C'est la très discrète Agence Nationale des Fréquences (ANFR) qui fait la police sur les ondes. Leur usage étant réservé aux autorités, comme "la Défense nationale, la Sécurité intérieure et le Service public de la justice qui ont par exemple des brouilleurs en prison", détaille Catherine Gabay, sa directrice adjointe. Car utiliser ce type d'engin illégalement peut avoir de lourdes conséquences. Les utilisateurs l'ignorent souvent, comme dans ce cas récent : celui d'une grand-mère qui ne voulait pas que des jeunes traînent devant sa maison. "Comme les jeunes aiment beaucoup utiliser leur téléphone portable, elle a eu cette idée, pas très lumineuse finalement, d'acheter un brouilleur sur internet. Elle brouillait la téléphonie mobile d'une ville qui a besoin d'être couverte", raconte Catherine Gabay. Un brouillage dont la vieille dame n'a pas mesuré l'impact. 

Direction à présent Paris avec des agents assermentés. L'opération du jour : "Un brouillage signalé par un opérateur de téléphonie mobile qui se dit perturbé sur une de ses bandes de fréquence", avance Sébastien Coudière, contrôleur technique à l'ANFR. Pour en trouver l'origine, ces deux hommes vont mener l'enquête dans une voiture bardée de capteurs et traquer cette anomalie tous azimuts. Il faut dire que les ondes, invisibles, sont partout dans notre quotidien : pour passer un appel d'urgence, utiliser un GPS, regarder la télévision. Dans ce cas présent, ce sont des téléphones portables qui captent mal à des kilomètres à la ronde. L'appareil perturbateur se cache peut-être dans un immeuble de bureaux. La réponse, ils vont la trouver sur le toit. Il ne s'agit pas d'un brouilleur, mais d'un appareil qui amplifie le réseau mobile. 

L'utiliser sans autorisation est passible des mêmes sanctions que les brouilleurs. L'an dernier, l'Agence Nationale des Fréquences a dû traiter 1800 cas de brouillage. Cela représente une hausse de 50% en trois ans. 


V. F | Reportage TF1 : Esther Lefebvre, Erwan Braem et Julien Clouzeau

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