VIDÉO - Condamnations dans l'affaire Théo : "C'est la fin de sept années de calvaire judiciaire", salue l'avocat de la victime

par La rédaction de TF1info | TF1 - Reportage Georges Brenier, Alexandra Guillet
Publié le 20 janvier 2024 à 10h02

Source : JT 20h WE

Trois policiers ont été condamnés à des peines allant de 3 à 12 mois de prison avec sursis vendredi par la cour d'assises de Seine-Saint-Denis.
Ils étaient jugés pour l'interpellation violente en 2017 de Théo Luhaka, jeune homme noir érigé en symbole des violences policières.
Ce verdict, rendu sept ans après les faits, était très attendu alors que la question de l'usage de la force par les policiers ne cesse de ressurgir.

Cela fait sept ans que Théo Luhaka attendait ce verdict. Vendredi 19 janvier, trois policiers ont été condamnés à des peines allant de 3 à 12 mois de prison avec sursis par la cour d'assises de Seine-Saint-Denis, pour l'interpellation violente du jeune homme, alors âgé de 22 ans. Après plus de neuf heures de délibéré, le gardien de la paix Marc-Antoine C. a été reconnu coupable du coup de matraque qui a grièvement blessé Théo dans la cité des 3000 à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le 2 février 2017. Ce policier a été condamné à 12 mois de prison avec sursis et une interdiction d'exercer sur la voie publique et de détenir une arme pendant cinq ans. 

Des peines de trois mois de prison avec sursis ont été prononcées à l'encontre de ses collègues Jérémie D. et Tony H. pour violences volontaires. Ils ne pourront pas intervenir sur le terrain ni détenir une arme pendant deux ans. Si les peines sont en deçà des réquisitions de l'avocat général et que la qualification de "violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente" n'a pas été retenue, ce verdict est une satisfaction pour Théo Luhaka.

Mon travail à moi, c'était d'être là et de dire ce qu'il s'est passé. Qu'on dise à tout le monde ce qu'il s'est passé et qu'on dise la vérité
Theodore Luhaka

"Moi tout me convient tant qu'ils sont condamnés pour ce qu'ils ont fait. C'est tout ce qui compte. Que ce soit 30 ans ou 50 ans, c'est pas mon but, c'est pas mon travail. Mon travail à moi, c'était d'être là et de dire ce qu'il s'est passé. Qu'on dise à tout le monde ce qu'il s'est passé et qu'on dise la vérité", a-t-il déclaré dans la vidéo en tête de cet article. Son avocat s'est également félicité de l'issue du procès. "C'est sept années de procédures, de calvaire judiciaire. Et véritablement, ce que je lui souhaite, c'est que maintenant la justice soit passée et qu'il puisse reprendre une vie qui va être utile pour lui, mais aussi pour toutes les victimes de violences". 

À la sortie de la cour d'assises, de nombreux militants ont toutefois dénoncé "des mascarades". "À quand du ferme pour la police ?", ont-ils scandé avec colère, tenant en main des affiches montrant les visages de personnes décédées à la suite d'interventions policières. "Le message envoyé à la police c'est 'vous pouvez mutiler, tuer, vous aurez du sursis'", a tancé Amal Bentounsi, fondatrice du collectif "Urgence la police assassine". L'association SOS-Racisme a appelé le ministère de l'Intérieur à "engager des réformes", estimant que "ce qui s'est passé est le fruit de préjugés non dénués de racisme, d'une philosophie du maintien de l'ordre fondé sur la confrontation, du manque de formation des policiers et des défaillances de l'encadrement au sein de la police nationale", dans un communiqué.

Une affaire qui avait provoqué un vif émoi

L'affaire Théo, est celle, au départ, d'une banale arrestation, qui va totalement dégénérer. La vidéosurveillance avait fait basculer cette interpellation, provoquant l'émoi jusqu'au sommet de l'État. Le président François Hollande était allé rendre visite au jeune homme, pendant sa convalescence à l'hôpital. Les images, visionnées et disséquées de nombreuses fois pendant le procès, montrent Théo Luhaka, dos au mur, pris en étau par deux fonctionnaires de police, lorsqu'il reçoit un coup avec la pointe d'un bâton télescopique de défense (BTD).

Ce coup d'estoc provoque la rupture de son sphincter (muscle de l'anus) avec une plaie de dix centimètres de profondeur. Malgré deux opérations chirurgicales, Théo Luhaka souffre à présent d'incontinence et garde des séquelles irréversibles, selon les experts médicaux. Au cours de l'audience, il avait confié s'être "senti violé". 

Le fonctionnaire de police avait exprimé sa "compassion" après avoir provoqué la grave blessure mais avait estimé qu'il s'agissait d'un "coup légitime", "enseigné à l'école". Au coup de matraque, s'ajoutent des tirs de gaz lacrymogène, des coups de genou et de poing portés par les gardiens de la paix quand Théo était menotté au sol. Les trois agents de la brigade spécialisée de terrain (BST) avaient été mutés dans leurs régions d'origine. Avant le procès, la préfecture de police de Paris a fait savoir que "d'éventuelles sanctions disciplinaires seraient prononcées" à l'issue de la décision judiciaire. Les gardiens de la paix condamnés risquent la radiation.


La rédaction de TF1info | TF1 - Reportage Georges Brenier, Alexandra Guillet

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