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ENQUÊTE - Drogues de synthèse : comment endiguer le phénomène ?

V. F - Reportage vidéo : François Xavier Ménage et Olivier Cresta
Publié le 7 octobre 2022 à 20h17
JT Perso

Source : JT 20h WE

La police nationale et les douanes sont de plus en plus mobilisées contre le trafic de drogues de synthèse.
Car contrairement à la cocaïne ou à l’héroïne, elles sont souvent fabriquées en Europe.
En France, il n'a jamais été aussi facile de s’en procurer, notamment sur Internet.

En quelques clics seulement, on peut tomber sur un site qui vend des drogues de synthèse. On y retrouve la liste des produits, le prix au gramme, ou encore le stock. On peut aussi prétendre à une carte de réduction, tandis que certains produits sont même notés. Le tout est livré par courrier. Un supermarché en ligne qui est évidemment totalement illégal. Mais qui fabrique et distribue ces drogues, parfois très aguicheuses visuellement ? Le JT de 20H a mené l'enquête. Elle démarre au centre de dédouanement postal de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, près de Paris. Pendant que les robots travaillent, les douaniers rentrent en action. 

Une des plaques tournantes : les Pays-Bas

"Tous les jours, on a une liste de pays que l'on veut voir. Ça arrive dans des sacs et ensuite on nous donne le numéro ou la couleur de la ligne sur laquelle vont avoir lieu les ouvertures", explique Jean-Luc Niklaszewski, vérificateur douanier de marchandises postales. Aujourd'hui ce sera la ligne verte, à savoir des colis en provenance des Pays-Bas, l'une des plaques tournantes en matière de drogue de synthèse. Et bien souvent, quelques gestes suffisent. "À la palpation, on va savoir s'il y a un objet peut-être plus rigide à l'intérieur, une partie cartonnée. On va même pouvoir déceler le plastique", poursuit le contrôleur. Deux paquets bleus l'interpellent : "Un même expéditeur, deux destinataires différents, on va approfondir", lance-t-il. 

Le contrôle se poursuit dans une zone réservée exclusivement aux douaniers. Les fameux paquets bleus vont passer aux rayons X. Pas de doute, l'écran est formel : c'est bien de la drogue. Et attention, certaines substances peuvent être particulièrement dangereuses. "Il y a des produits comme le Fentanyl ou même les timbres LSD, qui peuvent passer par les pores de la peau donc on évite d'y aller à mains nues, on a des boîtes de gant", souligne le douanier, qui ajoute que "la multiplicité des sachets sous vides" préparés par les trafiquants sert à "éviter les odeurs". 

24.000 doses saisies en 2021

Chaque année, 125 millions de lettres et paquets sont traités par ce service douanier. Et il y a des saisies tous les jours : en 2021, une tonne de drogue de synthèse a été interceptée par les douanes, soit 24.000 doses. "Avant, il fallait sortir, aller dans des coins sombres, à la limite rencontrer des gens un petit peu dangereux, des points de deal. Aujourd'hui, vous allez commander votre drogue de votre salon et ça va arriver chez vous par courrier", reconnait Valérie Besson, cheffe du contrôle douanier postal de Roissy. Les destinataires encourent jusqu’à dix ans de prison, les produits circulant étant de plus en plus nocifs. Parfois, les saisies concernent de très grosses quantités. Comme cette lampe en porcelaine contenant 15.000 euros de drogue de synthèse qui devait transiter de Marseille vers l'Australie. 

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Mais qui est derrière ce trafic en Europe ? "Ce phénomène est en croissance. Les produits sont majoritairement fabriqués dans l’Union européenne, en particulier aux Pays-Bas et en République tchèque. Mais on a vu récemment que ça se développait dans d'autres pays, comme en Belgique et encore plus récemment en Allemagne et en Espagne", affirme Audrey Noiret, de la direction interrégionale des douanes, qui précise que "les trafiquants sont de plus en plus organisés et professionnalisés". "Parfois, ils font appel à des experts chimistes pour toujours revoir la composition des produits et ainsi contourner la législation anti-drogue, car tant qu’un produit n’est pas répertorié, il n’est pas interdit", dit-elle encore.

Chaque prise de produit altère les fibres cardiaques du cœur

Dr Xavier Laqueille, responsable du service d'addictologie de l'hôpital Sainte-Anne à Paris

En Ile-de-France, un laboratoire très particulier est capable de trouver en un temps record les nouvelles molécules mises sur le marché par les trafiquants de drogues de synthèse, qui se servent à l'origine de substances à usage pharmaceutique pour les détourner et les transformer en drogue. Sans les machines installées dans ce lieu, qui coutent parfois un demi-million d'euros l'unité, le trafic ne connaitrait pas de limite. "Si la substance est nouvelle, on va mettre d'une semaine à un mois pour pouvoir lui donner un nom et vérifier si elle est ou non classée stupéfiante. On transmet ensuite toutes les données à tous les laboratoires européens pour qu'ils puissent à leur tour facilement identifier ces nouvelles substances", détaille Frédéric Barozzi, responsable scientifique du laboratoire des douanes. 

Et c'est une véritable course de vitesse, quand on sait que chaque semaine, une nouvelle substance rentre sur le marché européen, bien souvent élaborée dans des laboratoires clandestins en Chine. Ces drogues inondent le marché français avec des conséquences sur le cœur des consommateurs. C'est ce qui interpelle le docteur Xavier Laqueille, responsable du service d'addictologie de l'hôpital Sainte-Anne à Paris : "Chaque prise de produit altère les fibres cardiaques du cœur et les complications peuvent être des accidents vasculaires-cérébraux, l'hémiplégie et le fauteuil roulant. Le deuxième point, c'est que ce sont des produits puissants, et plus un produit est puissant, plus son potentiel de dépendance est élevé et la dépendance s'installe rapidement et fortement".

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